Améliorer sa culture générale : ce que votre cerveau devrait faire

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On cherche souvent à améliorer sa culture générale en lisant plus, en mémorisant toujours plus. On ajoute des livres, des podcasts, on apprend par cœur. C’est un excellent début, mais pour gagner de l’aisance dans ce qu’on peut dire concrètement, il faut développer quelques facultés spécifiques.

Parce que, ce qui distingue les esprits vraiment cultivés, c’est moins le volume d’informations retenues que la manière dont elles sont mobilisées. Et cela s’apprend, contrairement aux idées reçues. Personne n’est jamais parti de zéro. Mieux : vous utilisez déjà certaines de ces compétences, souvent sans le savoir.

Les chercheurs qui ont travaillé sur la culture, de Pierre Bourdieu à Bernard Lahire, ont montré que la culture repose sur un ensemble de dispositions mentales, des façons précises de traiter l’information. Voici ce que ça donne dans le quotidien :

  • Reliez entre eux des domaines qui n’ont a priori rien à voir
  • Prenez conscience des connaissances que vous n’avez pas     
  • Évaluez les informations avant de les accepter   
  • Changez de point de vue sans perdre le sien        
  • Synthétisez au lieu d’accumuler les informations
  • Anticipez les conséquences des événements de l’actualité       
  • Apprenez à  vous ennuyer en lisant
  • Transformer ses lacunes en boussole        

Reliez des domaines qui n’ont a priori rien à voir

Plusieurs livres et un smartphone posées sur une table pour améliorer sa culture générale en reliant les domaines entre eux

Photo de Courtney Rose sur Unsplash

C’est ce qu’on appelle le transfert cognitif.

Par exemple, en lisant un article sur la crise économique japonaise des années 90, on peut penser spontanément à une situation similaire dans un autre contexte. On peut le relier à un roman qui décrit la même désillusion sociale. Bref, l’information entre en conversation avec le reste des connaissances.

C’est précisément ce que le philosophe Edgar Morin décrit dans Les Sept Savoirs nécessaires à l’éducation du futur (1999) : la culture consiste à relier les connaissances séparées. Pour lui, la vraie intelligence n’est pas spécialisée, mais contextuelle et relationnelle.

Si vous avez déjà eu le réflexe: « ça me dit quelque chose » en lisant un article sur un sujet que vous ne connaissiez, il ne vous reste plus qu’à systématiser !

Prenez conscience des connaissances que vous n’avez pas

Photo de Zulfugar Karimov sur Unsplash

C’est ce qu’on appelle la métacognition, c’est à-dire la capacité à évaluer sa propre pensée. Balaise, non ?

Concrètement, ça veut dire situer précisément là où l’on pèche, où notre raisonnement flanche, là où les données sont douteuses. Et ça permet d’apprendre plus vite et d’éviter de se laisser piéger par ses propres angles morts.

Vous connaissez peut-être la formule de Socrate : « Je sais que je ne sais rien. » C’est moins une posture d’humilité qu’une compétence réelle. Les recherches en psychologie cognitive, notamment celles de David Dunning et Justin Kruger (1999), ont montré que les personnes les moins compétentes dans un domaine surestiment le plus souvent leurs capacités, précisément parce qu’elles manquent de métacognition.

Vous vous êtes peut-être déjà surpris à penser : « Je ne suis pas sûr de bien comprendre ça, il faut que je vérifie. » Eh bien par ce moment de doute lucide, vous avez activé une fonction cognitive précieuse pour améliorer votre bagage culturel.

Pour améliorer sa  culture générale, on évalue avant d’accepter

Une femme se tient le menton, signe qu'elle évélue l'information avant de l'accepter

Vous avez reconnu la faculté reine à développer pour être plus cultivé :  la pensée critique. Quand une information vous parvient, ne l’absorbez pas immédiatement. Demandez-vous d’où elle vient, qui l’a produite, dans quel contexte et avec quels intérêts. Distinguez une corrélation d’une causalité : interdisez-vous les généralisations abusives.

Ce n’est pas un réflexe qu’on acquiert en lisant du soir au matin. Il se développe en lisant autrement, en questionnant ce qu’on lit plutôt qu’en le consommant passivement. C’est ce que le philosophe John Dewey appelait déjà en 1910 dans How We Think la pensée réflexive, une habitude mentale et non un don naturel 👇

Vous mobilisez ce réflexe dès que vous questionnez la source d’une information avant de l’accepter. Résultat ? Vous transformez ce que vous lisez en connaissances fiables et réellement utiles, et vous augmentez votre culture générale.

Changez de point de vue sans perdre le vôtre

Deux personnes échangent en faisant preuve de flexibilité cognitive

Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash

C’est la flexibilité cognitive. En conversation, il s’agit de défendre une position sans pour autant rejeter l’argument opposé. Cette capacité permet d’habiter temporairement un autre point de vue pour mieux l’analyser, puis de revenir au sien avec précision.

Cette compétence est directement liée à ce qu’on appelle l’étendue culturelle. Bernard Lahire a montré dans La Culture des individus (2004) que les esprits les plus cultivés sont ceux dont les pratiques et les goûts sont les plus hétérogènes. Naviguer entre des univers différents entraîne cette souplesse mentale.

Voici le genre de phrase qui illustre cette flexibilité : « Je ne suis pas d’accord avec toi, mais je comprends ton point de vue ». On la prononce spontanément quand on a suffisamment élargi ses centres d’intérêt pour se nourrir de perspectives variées. Vous pourrez ainsi enrichir vos échanges et défendre vos idées avec nuance… comme les esprits cultivés.

Synthétisez là où les autres accumulent

Face à un sujet complexe, apprenez à condenser au lieu d’énumérer. C’est-à-dire ? Identifier l’essentiel, éliminer le superflu et formuler clairement la synthèse. Cela n’a rien d’évident (ce n’est clairement pas ma zone de génie 😇). Mais c’est une compétence qui s’entraîne comme un muscle et c’est même une discipline phare des classes préparatoires françaises : organiser sa pensée sous contrainte de temps plutôt que mémoriser.

Vous le faites peut-être déjà. Par exemple lorsqu’on vous demande : « c’est quoi le film en deux mots ? » et que vous donnez l’idée centrale plutôt que de raconter l’histoire scène par scène. Vous venez de synthétiser. Il ne vous reste plus qu’à répéter l’exercice régulièrement, sur des lectures, des films ou des discussions, pour que cette habitude devienne automatique et que vous puissiez exprimer vos idées avec clarté et impact.

Anticipez les conséquences des événements de l’actualité

C’est la fameuse pensée systémique. Elle consiste à réfléchir à ce qui pourrait se produire après une décision ou un événement. Vous comprenez alors comment les différents acteurs peuvent s’influencer entre eux. Par exemple, face à une décision politique, se demander qui en bénéficie, qui en pâtit et à quel moment les effets se feront sentir.

Chaque fois que vous mobilisez et reliez vos connaissances pour raisonner en chaînes de cause à effet, vous vous donnez les moyens de former un avis plus éclairé sur ce qui se passe.

Apprenez à vous ennuyer ! Et transformez l’expérience en ressource

Un homme devant son ordinateur portable fait l'effort de s'intéresser

Photo de Tim Gouw sur Unsplash

Soyons parfaitement clairs là-dessus : améliorer sa culture générale suppose de développer une tolérance à l’inconfort intellectuel. Quand un sujet résiste et qu’une lecture est ardue, c’est bon signe : accrochez-vous, creusez et revenez à la charge.

Le neuropsychologue Stanislas Dehaene, dans Apprendre (2018), décrit ce mécanisme comme l’un des quatre piliers de l’apprentissage efficace : l’engagement actif. Le cerveau retient durablement ce qui lui a demandé un effort, et cette résistance devient un moteur pour enrichir votre culture..

Moralité : quand vous relisez trois fois le même paragraphe parce que vous tenez à comprendre, vous pratiquez déjà cette compétence.

Pour améliorer sa culture générale, il faut transformer les lacunes en boussole

Photo de Belinda Fewings sur Unsplash

Une compétence contre-intuitive mais précieuse pour passer de vrais caps dans votre culture générale : tirer parti de vos lacunes pour décider où concentrer vos efforts et progresser efficacement. Au lieu de les considérer comme une honte, les esprits cultivés perçoivent leurs carences comme un joyeux point de départ. Ils savent au quotidien quelles compétences renforcer, quelles connaissances approfondir.

Si vous n’êtes pas encore habitué à naviguer avec vos lacunes, prendre le temps de savoir ce qui vous manque peut changer la donne. Pour vous y aider, j’ai conçu un test de 50 questions de culture générale qui fait le point de manière précise et honnête. Vous pouvez le télécharger ci-dessous.

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