Comment être curieux : 6 méthodes implacables pour apprendre à s’intéresser

Gros plan d'une femme vue de dos en train de lire un livre

Vous avez cette belle ambition : acquérir une vraie culture, participer aux conversations culturelles, vous sentir légitime face à l’art. Pouvoir parler d’histoire, de littérature et comprendre le monde qui vous entoure.

Pour y arriver, vous l’avez peut-être compris, il faut lire des livres et des articles de fond. Et pour comprendre, il faut s’intéresser. Vraiment s’intéresser. Si vous êtes ici, c’est parce que vous avez compris que la curiosité n’est pas optionnelle, c’est le moteur.

Voici ce que la science nous apprend : on n’attend pas de devenir intéressé pour apprendre. C’est l’inverse qui fonctionne. On apprend activement, et l’intérêt apparaît pendant et après. Nous verrons que la curiosité active le circuit dopaminergique du cerveau : la dopamine arrive pendant l’effort, pas avant.

Je vous propose six techniques applicables dès aujourd’hui. Toutes validées par la science, elles sont concrètes, gratuites et prennent 15 à 30 minutes par jour maximum.

Comment être curieux ?

Poser 6 questions systématiques sur chaque sujet difficile

Un livre ouvert avec des points d'interrogations, symbolisant les 6 questions à se poser face aux sujets complexes

C’est magique : poser des questions sur un sujet permet de passer d’une position passive (je subis un sujet qui ne m’intéresse pas) à une position active (j’enquête sur le sujet). C’est un changement de posture qui nous permet de reprendre le contrôle de notre apprentissage. C’est d’ailleurs une capacité innée, souvenez-vous : enfants, nous posions une à trois questions par minute à la maison. À l’école, ce rythme s’effondre : les recherches montrent que les enseignants posent trente fois plus de questions que leurs élèves [1]. La bonne nouvelle, c’est que l’art du questionnement peut se réapprendre à tout âge.

Cet art porte un nom : la questiologie, qui a été conceptualisée par Frédéric Falisse, un scientifique touche-à-tout. Falisse l’a présentée au TEDx Panthéon-Sorbonne. Il a identifié six questions à se poser devant un sujet qui nous résiste :

  1. Quoi : qu’est-ce que c’est ? Je définis le sujet avec précision.
  2. Pourquoi : pourquoi c’est fait de cette façon ? Je cherche les raisons historiques, techniques qui expliquent la forme actuelle.
  3. Quand : à quel moment cela a-t-il été créé ? Je situe le sujet dans le temps.
  4. Qui : qui l’a inventé ? J’identifie les personnes derrière le sujet.
  5. Où : D’où ça vient ? Je trace les origines.
  6. Comment ça marche ? Je décortique le mécanisme.

 J’ai voulu comprendre le sujet des Kurdes qui reviennent souvent dans l’actualité, sans que je sache qui ils sont. Ce que j’ai fait :

Je tape dans Google : kurdes c’est quoi. Je lis 3 résultats différents (Wikipedia, articles de presse). Je note en une phrase ce que j’ai compris

Je tape ma deuxième question : pourquoi les Kurdes n’ont pas d’État. Je cherche les raisons historiques. Je note les dates clés et les noms de traités qui reviennent.

Ensuite, je creuse à la recherche d’un  « quand»  : traité de Sèvres traité de Lausanne Kurdistan. Je vois apparaître 1920 et 1923. 

Je passe au  « Qui »  : QUI a créé les frontières du Moyen-Orient ? Je trouve Sykes-Picot, diplomates britanniques et français. Je note ces noms.

Maintenant, mon  « D’où ça vient » : Kurdes avant Empire ottoman. Je découvre que les Kurdes existent depuis longtemps. Je note d’où ils viennent culturellement.

Je creuse ensuite :  « qui sont PKK Peshmerga »  et je comprends comment les Kurdes s’organisent politiquement. Je note les organisations principales.

Je peux maintenant résumer : la question Kurde, c’est le problème d’un peuple de 30-40 millions de personnes réparti entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie, qui n’a pas d’État propre. Après la Première Guerre mondiale, les puissances européennes ont redessiné les frontières du Moyen-Orient. Le traité de Sèvres (1920) promettait un Kurdistan indépendant, mais le traité de Lausanne (1923) l’a annulé. Depuis 100 ans, le conflit fonctionne par cycles : organisation politique, répression, renforcement du nationalisme kurde.

Google et Wikipédia sont vos meilleurs amis, à utiliser sans culpabilité. Pour chaque question, lancez une recherche ciblée, lisez deux ou trois articles, et vous voilà en chemin pour une nouvelle identité : « Je suis une personne curieuse. » 

Trouver un lien avec ce qu’on connaît déjà

Plusieurs épingles reliées entre elle par des ficelles, qui symbolisent l'art d'établir des ponts entre nos connaissances pour être curieux

Nous avons tous accumulé des milliers de connexions neuronales liées à nos passions. Ces connexions représentent un capital cognitif disponible. Je peux utiliser ce capital pour investir dans de nouveaux sujets.

Todd Kashdan, professeur de psychologie à George Mason University, a publié en 2018 une étude sur les cinq dimensions de la curiosité [2]. L’une de ces dimensions est l’aptitude à faire des connexions entre des domaines apparemment séparés. Cette capacité se travaille.

Comment mobiliser ce capital cognitif ? Tout simplement en cherchant des ponts entre mon sujet et une de mes passions.

Pour commencer, je cherche une situation que je connais déjà. Nous sommes d’accord que la Bourse consiste à acheter et vendre des actions. Qu’est-ce qui ressemble le plus à cette activité dans la vraie vie ? Un supermarché  ! On y commercialise des produits et, la particularité intéressante ici, c’est la façon dont les prix sont fixés.

Au supermarché : les prix sont calculés selon les coûts de production, la marge du magasin et les prix pratiqués par les concurrents. On obtient alors un prix stable, affiché sur l’étiquette. À la Bourse, je découvre que les prix se fixent autrement : c’est une négociation en temps réel. Le prix d’une action change à chaque instant, selon le nombre d’acheteurs et de vendeurs présents. Il fluctue aussi en fonction des nouvelles et rumeurs sur l’entreprise, l’économie ou la politique. Chaque information peut faire bouger la balance : un bon chiffre d’affaires, une réforme annoncée, une crise internationale… tout influence le prix.

Pour aller plus loin, dites-vous que ceux qui s’intéressent à un sujet ne sont pas plus intelligents que vous. Ils voient simplement des éléments marquants qui m’échappent encore. Plutôt que de me demander si le sujet vous séduit, cherchez ce qui peut éveiller votre curiosité, et avancez question par question

S’engager activement sans attendre d’être intéressé

Une personne écrit sur un carnet de la main droite, pendant que la main gauche pianote sur un ordinateur portable, symbolisant l'engagement pour activer la curiosité

Vous pensez peut-être qu’il faut d’abord être intéressé, puis explorer le sujet et récolter les connaissances. Rien de plus faux ! Les neurosciences montrent que c’est tout l’inverse : l’action précède l’envie. C’est la posture active, voire proactive, qui permet au cerveau de s’ajuster, et c’est après, pas avant, que l’intérêt apparaît. Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, a montré grâce à l’imagerie cérébrale que l’exposition passive à des contenus culturels produit moins d’apprentissage et presque aucun intérêt durable que le fait d’être attentif, de sélectionner les informations, de questionner (encore une fois !)

Comment s’y prendre concrètement ? Commencez par traiter le sujet comme s’il était important, même s’il vous laisse de marbre au départ. Lancez-vous dans l’exploration avec l’énergie que vous mettriez si le sujet vous passionnait déjà. Vous verrez : les résultats de cet effort conscient ne se font pas attendre.

Une action complémentaire efficace consiste à expliquer le sujet à quelqu’un d’autre. Imaginez que cette personne a vraiment besoin de comprendre pour une raison qui lui tient à cœur. Le simple fait de formuler des explications oblige votre cerveau à organiser les informations et à combler les trous dans votre compréhension. Cet effort génère de l’engagement, et l’engagement crée l’intérêt.

Vous pouvez aussi transformer le sujet en défi personnel. Il ne s’agit pas d’aimer chaque détail, mais de chercher à maîtriser le sujet par effort intellectuel. Dehaene a justement montré que rendre l’apprentissage un peu plus difficile améliore la mémorisation : l’effort cognitif est un moteur essentiel de l’apprentissage.

Alors très important : avant de vous pencher sur votre sujet complexe ou « inintéressant », prenez quelques minutes pour vous mettre dans une posture d’exploration active plutôt que de simple consommation passive. La façon dont vous commencez compte énormément : si vous vous impliquez, votre cerveau suit.

Utiliser ses erreurs pour apprendre

Gros plan sur un puzzle avec une pièce manquante, illustrant l'intérêt d'utiliser ses erreurs pour être curieux et apprendre

La curiosité se déclenche quand nous nous arrêtons sur ce que nous ne savons pas. Cet inconfort qui nous pousse à chercher des réponses. George Loewenstein, économiste comportemental à Carnegie Mellon, a théorisé en 1994 le concept d’information gap [3]  : sentir qu’il nous manque quelque chose motive la recherche d’informations pour combler ce vide. 

Le neuroscientifique Matthias Gruber a montré en 2014 que lorsque cette curiosité s’éveille, le circuit dopaminergique du cerveau s’active, ce qui met le cerveau dans un état favorable à l’exploration et à l’intérêt. Autrement dit, si on les apprivoise, l’incompréhension et la surprise sont des moteurs naturels pour s’intéresser au sujet [4]

Comment appliquer tout ça: imaginez que vous devez lire un texte historique ou culturel difficile. Au départ, certaines phrases sont du Chinois. Que faire ? C’est très simple : identifiez exactement ce qui vous échappe et notez une question précise pour chaque bloc de texte. Par exemple : « Que veut dire ce mot ? » ou « Pourquoi cet événement arrive-t-il ? » Chaque question devient une information à chercher pour progresser. C’est une méthode appliquée par les étudiants des grandes écoles et des chercheurs. Chaque correction rend votre compréhension plus solide.

Ensuite, essayez d’expliquer ce que vous comprenez déjà, sans regarder les réponses. Là, vous allez faire des erreurs et peut-être être surpris par des détails inattendus.

C’est précisément là que vous devenez curieux·se. Au lieu de corriger vaguement, revenez exactement à l’endroit où ça bloque. Cherchez pourquoi vous vous êtes trompé·e. Quelle information vous manquait ? Quelle confusion avez-vous faite ?

En exploitant le « manque » dont parle Loewenstein, vous ne traversez plus le flou : vous identifiez un vide précis et vous le comblez.

Créer une routine de 21 jours pour se familiariser avec un sujet

Une femme lit le journal en buvant une tasse de café pendant que ses cheveux sèchent, exemple d'une routine pour devenir curieux

Certains sujets nous bloquent. On peut se dire : « Je veux comprendre, je dois m’y mettre », mais on n’y arrive pas. C’est normal : notre cerveau résiste à ce qui est nouveau, inconnu. La solution n’est pas de se forcer coûte que coûte, mais de créer une habitude. En y revenant chaque jour, en restant patient avec soi-même, le sujet devient familier.

Les recherches en psychologie comportementale montrent que les premiers changements dans le cerveau peuvent apparaître au bout de deux semaines. Vous connaissez le mythe des 21 jours pour installer une routine : il nous vient du chirurgien plasticien Maxwell Maltz. Dans les années 1960, il a remarqué que ses patients mettaient environ trois semaines pour s’habituer à leur nouveau visage. Il a donc fixé à 21 jours le seuil minimal pour qu’une nouvelle habitude commence à être acceptée par le cerveau [5].

À vous de jouer : choisissez un horaire fixe chaque jour pour travailler sur un sujet difficile. Même heure, chaque jour, pendant au moins 21 jours. Limitez chaque session à 15‑30 minutes pour avancer sans vous décourager.

Cette pratique fonctionne mieux si vous vous fixez un objectif précis pour chaque session et que vous l’écrivez. Cela peut sembler fastidieux, mais ça change la donne. Une étude menée par Gail Matthews à la Dominican University auprès de 267 professionnels montre que ceux qui écrivent leurs objectifs réussissent dans 76 % des cas, contre 43 % pour ceux qui ne le font pas [6].

Définissez un objectif clair pour votre session, par exemple : « lire et résumer 3 articles sur le sujet X » ou « réviser 10 mots de vocabulaire culturel et noter leurs définitions ». Écrivez-le sur papier avant de commencer. Faire ça transforme l’action en quelque chose de concret : vous savez exactement ce que vous faites et vous pouvez vérifier si c’est fait à la fin de la session.

Utiliser l’obligation sociale : travailler mes sujets à l’avance

Un homme consulte une pile de livres pour cerner un sujet difficile

Parfois, on est totalement hermétique à un sujet de conversation, mais on ne peut pas y couper. Je vous donne un exemple : mettons qu’à votre travail, il soit toujours question de films japonais, ou que vos repas de famille tournent toujours autour du jardinage et de la permaculture. Si ces domaines vous sont étrangers, le décalage entre les autres et vous crée une distance qui, à la longue, produit un vrai malaise.

Est-ce une fatalité ? Bien sûr que non. C’est même une belle opportunité ! Devoir se cultiver pour suivre les conversations est un bon moteur. Si on surmonte l’envie de fuir et que, peu à peu, on retient quelques éléments, on commence à comprendre, et sans qu’on le force, le cerveau se met en mode « curiosité ».

Alors, comment profiter de cette obligation pour augmenter votre bagage culturel ? La première chose à faire, c’est de vous préparer en amont. Lire un article, regarder une vidéo, noter quelques points importants. L’idée, c’est de sortir de l’inconnu pour prendre vos premières marques avant la conversation fatidique.

Une fois dans la discussion, écoutez ce que les autres disent et reliez-le à ce que vous avez préparé. C’est comme ça que le cerveau commence à assembler les pièces et que l’intérêt se met en marche, naturellement. Ne restez pas silencieux si quelque chose vous échappe. Posez des questions, demandez des précisions, bref : intéressez-vous 😉

Et surtout, comprenez bien ce que vous faites : sans chercher à aimer le sujet, vous vous donnez les moyens de ne plus le subir. Ce n’est pas la même chose. À partir du moment où vous avez deux ou trois repères en tête, la conversation devient possible. Elle devient un terrain d’entraînement. Et c’est souvent ainsi que naît une vraie culture : pas par passion spontanée, mais parce qu’on a accepté de travailler un sujet avant qu’il nous travaille.

Ma conclusion : comment être curieux et s’intéresser à n’importe quel sujet ?

Je pense que c’est clair maintenant : nous ne devenons pas curieux en attendant que la curiosité nous tombe dessus. Loin d’être un trait de personnalité fixe, la curiosité est en fait un état mental qu’on développe par ses actions : à l’école, en Fac, dans notre milieu… ou par nous-mêmes.

Dans cet article, nous avons vu six techniques pour passer à l’action :

  1. poser des questions sur ce que vous ne comprenez pas,
  2. utiliser vos erreurs et surprises pour apprendre,
  3. vous emparer du sujet même s’il ne vous intéresse pas au départ,
  4. chercher des liens avec ce que vous connaissez déjà,
  5. créer une routine de 21+ jours pour vous familiariser avec un sujet,
  6. profiter des situations sociales pour vous cultiver.

Chacune de ces méthodes met votre cerveau en mouvement et vous permet de comprendre, retenir et progresser.

Alors certes, ça demande un effort. Mais, comme le rappelle Stanislas Dehaene, c’est en travaillant que l’apprentissage se met en branle, simplement parce votre cerveau trouve de l’intérêt pour le sujet.

On commence dès aujourd’hui ? Prenez un sujet qui vous bloque et appliquez une technique parmi les six que nous avons passées en revue. Faites-le pendant 21 jours, et observez les résultats sans vous mettre la pression. Vous allez constater que votre curiosité se développe, et que vous prenez plaisir à aborder des thématiques et des questions qui vous semblaient inaccessibles.

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