Qu’est-ce qu’une personne cultivée ?

Oratrice souriante face à son audience, incarnant la personne cultivée

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Personne cultivée : est-ce que ça vous décrit ? C’est une question qu’on finit tous par se poser un jour. La plupart des gens ont une certaine image en tête : celle d’un puits de science, qui a tout lu, tout vu, imbattable au Trivial Pursuit et à Questions pour un champion. Une image qui décourage avant même d’essayer.

Mais cette image est-elle juste ? La définition précise va probablement vous surprendre !

Être cultivée ne veut pas dire « Je Sais Tout »

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Vous avez sûrement quelqu’un de votre entourage en tête, ou bien des personnages de fiction. Sheldon Cooper de The Big Band Theory est le cerveau sur pattes absolu, avec un niveau que ni vous ni moi n’atteindrons jamais. Ce qu’on oublie souvent, c’est qu’il aspire lui-même à approcher notre niveau sur d’autres plans : les relations, l’empathie, les codes sociaux. Sa différence l’apparente au singe savant, avec un rapport aux connaissances et à la culture très singulier.

Un autre exemple d’érudit déconnecté du réel : le surdoué Will Hunting du film éponyme, interprété par Matt Damon. Will a la science infuse sur le monde qui l’entoure, mais ignore tout de ses blocages intérieurs. Attachant, épatant, il ne comprend pas sa propre vie. Plus grave : son savoir encyclopédique entrave sa résilience, et il faudra l’aide de Sean Maguire (évoqué plus bas dans l’article) pour amorcer sa reconstruction.

Affiche du film "The talented Mr. Ripley"

Tom Ripley est le cas le plus inquiétant. Personnage de fiction créé par Patricia Highsmith en 1955, repris dans plusieurs films, Ripley ne possède ni véritable identité, ni culture. Il s’infiltre dans la vie d’un riche héritier américain, adopte ses goûts, ses manières, son identité, jusqu’à le tuer pour prendre sa place. C’est la version pathologique du « Je-sais-tout », l’imposteur qui se fait prédateur.

Bref, les « Je Sais Tout » ne sont pas cultivés, ils utilisent la culture comme instrument. Que ce soit pour :

  • dominer : ils écrasent, corrigent, coupent la parole
  • (se) fuir : ils se réfugient dans le savoir pour éviter de se confronter aux autres ou à eux-mêmes
  • se légitimer : ils empruntent la culture des autres pour exister aux yeux du monde

Ils traitent la culture comme un stock à engranger, idéalement plus lourd que celui du voisin, mais, attention :  un stock fragile, qui s’effondre à la première déstabilisation. Nous n’avons rien à leur envier.

La question reste entière : qu’est-ce qu’une personne cultivée. Il me semble aujourd’hui que la réponse repose sur trois dimensions : les connaissances, les habitudes et l’attitude générale (ou la posture intellectuelle). C’est parti !

Ce qu’une personne cultivée sait

Une femme ferme les yeux en riant. Elle savoure la pluie qui tombe sur un chemin en forêt, symbolisant la sérénité de certaines personnes cultivées

Photo de Jamie Brown sur Unsplash

Elle sait beaucoup de choses, c’est certain. La personne cultivée s’est aménagé des territoires de connaissance variés, suffisamment pour comprendre les références des autres, pour connecter des sujets entre eux, et ne pas se retrouver exclu des conversations.

Le sociologue Bernard Lahire a montré, dans la Culture des individus (2004), que dans les milieux les plus cultivés, 80 % des individus mélangent des registres très différents : ils fréquentent l’opéra sans bouder les émissions de téléréalité, lisent à la fois Proust et les romans policiers, écoutent Niccolò Paganini et Aya Nakamura.

La personne cultivée est un omnivore : elle pioche partout, selon sa curiosité du moment. Et ce n’est pas moi qui le dis : c’est Philippe Coulangeon, sociologue spécialiste des pratiques culturelles contemporaines, qui a forgé ce concept dans Sociologie des pratiques culturelles (2010).

Bref, être cultivé, c’est avant tout une affaire de curiosité. C’est ce moteur précieux qui produit des savoirs hétéroclites, acquis par plaisir, et qu’on mobilise lorsqu’on en a besoin.

Je vous renvoie au Comte de Monte-Cristo, héros du roman d’Alexandre Dumas : l’abbé Faria fait l’éducation d’Edmond Dantès, il lui enseigne les langues étrangères, l’Histoire, les sciences, la médecine et la philosophie. 
Sorti de prison, Dantès ne fait pas étalage de son savoir. Non, il utilise ses connaissances lorsque la situation l’exige. Il sait choisir l’information utile, et il  adapte son discours à la personne qu’il a en face de lui. Résultat : son entourage constatent ses résultats sans comprendre tout ce qu’il a appris. Au-delà du cas particulier de la vengeance, la culture permet d’atteindre ses objectifs avec précision.

Ce qu’une personne cultivée fait

Un groupe de danseuses étoiles en tutu blanc évoluent sur scène, illustrant l'art du ballet.

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Une personne cultivée se confronte délibérément à ce qui lui est étranger. C’est différent de l’éclectisme qu’on vient de voir : il s’agit cette fois d’une démarche volontaire, d’aller au-delà de notre curiosité naturelle. L’individu cultivé qui n’a jamais mis les pieds dans un musée se construira un programme de visites aux petits oignons. Celui qui a grandi entre Proust et les vernissages découvrira le rap ou apprendra la guitare. La personne cultivée ne reste jamais dans sa zone de confort.

Ce que ça signifier concrètement ? Lire un auteur qui a priori ne nous fait pas envie, explorer des musiques nouvelles (ou anciennes), s’ouvrir à des arts jusque-là mis de côté, le ballet russe, le cirque, l’architecture… Mais aussi apprendre une langue, découvrir de nouveaux pays, faire du bénévolat … Et le faire pour une raison sincère : comprendre, se grandir, se lier à des gens, ou les aider.

Erin Brockovich, rendue célèbre par le film de Steven Soderbergh est secrétaire dans un cabinet d’avocats quand elle tombe sur des dossiers médicaux suspects. Sans aucune formation juridique, elle met en relation des informations que personne d’autre n’avait reliées, construit un raisonnement que les experts n’avaient pas vu, et instruit le plus grand procès collectif de l’histoire américaine. Ce qui la distingue n’est pas ce qu’elle sait, mais la formidable énergie qu’elle met à établir les faits.

Savoir et faire : ces deux dimensions sont importantes, mais ne suffisent pas à définir une personne cultivée. Vous devinez probablement la troisième, la plus importante : le savoir-être, la posture culturelle.

Ce qu’une personne cultivée est

S’il fallait le formuler la posture de la personne cultivée en une phrase, je dirais : accepter d’être transformé·e par ce qu’on apprend. Savoir qu’on ne saura jamais tout tout, et trouver cela stimulant plutôt qu’humiliant. Gaston Bachelard, philosophe des sciences du XXe siècle, a montré qu’un esprit cultivé est un esprit qui se remet en question parce que les certitudes les premières ennemies de la pensée scientifique.

Si vous fréquentez mon blog, vous avez plus d’une fois rencontré la formule de Socrate : « je sais que je ne sais rien. » Plus on se cultive, plus on mesure l’étendue de ce qu’on ignore. Mais attention, l’humilité propre à la personne cultivée n’est pas un but en soi. C’est une conséquence directe de sa curiosité.

Cette posture dépasse le rapport au savoir. Elle concerne aussi la façon d’être avec les autres. En 1886, Tchekhov décrit dans une lettre à son frère Nikolaï ce que sont, selon lui, les personnes cultivées (souvent traduit par « civilisées ») : elles respectent les gens, ne se vantent pas, ne font pas semblant, ne cherchent pas à provoquer la compassion ou l’admiration. La culture, c’est une façon d’être au monde qui permet des échanges de qualité plutôt que des rapports de force intellectuels ou des discussions abstraites, détachées de la vie. Un pont entre les personnes : voilà ce que construit la culture.

Et c’est exactement ce qui sépare Sean Maguire de Will Hunting dans le film évoqué plus haut. Will accumule les données, formules, livres, auteurs, mais aucune expérience ne le transforme. Maguire représente le contraire : une culture immense, utilisée avec humilité, au service de l’autre.

Conclusion : à quoi reconnaît-on une personne cultivée ?

La personne cultivée a découvert quelque chose de précieux : le monde est un livre immense dont chaque page mérite d’être lue avec avidité. Ni singe savant, ni encyclopédiste, c’est un omnivore en mouvement perpétuel. Elle relie des connaissances variées, sort de sa zone de confort par vocation et grandit à chaque nouveau constat d’ignorance, en cherchant toujours le Vrai, le Bon et le Beau.

Vous voulez savoir si vous-même êtes une personne cultivée ? Vous l’aurez compris : pas simple à déterminer ! La culture comprend deux dimensions impossibles à mesurer :

  • le fait de sortir volontairement de sa zone de confort et de se confronter à ce qui vous est étranger
  • l’adoption d’une posture ouverte, curieuse et humble face au monde.

Il reste une dimension plus facile à évaluer (sans jugement !) : vos connaissances. Elles ne disent pas votre « niveau » de culture, mais c’est un repère concret pour vous situer. Pour vous aider, j’ai créé le questionnaire gratuit, juste en bas de cet article, pour vous permettre de faire ce point. Amusez-vous bien ! 👇

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1 réflexion sur “Qu’est-ce qu’une personne cultivée ?”

  1. Grâce te soit rendue, Eva Lee, qui prends chacun de nous là où il est pour l’amener gentiment vers le merveilleux monde de la culture, sans jamais nous prendre de haut ni nous lâcher la main. Tu nous rends meilleurs à chaque article ! Merci ! 🙂

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