Sociologues connus : résumé des idées majeures

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Ce que vous allez apprendre

Besoin d’être au clair sur les sociologues connus ? Marre d’entendre cités les noms de Bourdieu ou Weber en réunion, en podcast ou lors d’un débat, sans jamais avoir les détails ? Vous êtes sur le bon article.

Ces auteurs ne sont jamais mentionnés par hasard. Ils offrent une grille de lecture fertile pour aborder des sujets tendus comme la religion, le capitalisme, la famille, les grèves, le travail, l’école ou les inégalités. Ils permettent d’expliquer les paradoxes et autres faits sociaux.

  • Pourquoi certains prénoms deviennent soudain à la mode, puis disparaissent ?
  • Pourquoi des élèves quittent l’école alors que d’autres poursuivent, à résultats égaux ?
  • Pourquoi les règles au travail provoquent du désordre ? 

Voici comment j’ai structuré ce guide pour vous donner les meilleures bases en sociologie :

  • Trois approches structurantes pour comprendre ce qu’est un fait social
  • Huit sociologues à connaître pour éclairer les rapports sociaux dans toute leur complexité
  • Huit concepts bien utiles pour affiner ses idées sans passer par les grandes théories

C’est parti !

Trois façons de penser les faits sociaux

Illustration montrant des silhouettes de différentes couleurs en interaction, représentants les faits sociaux

Nous adoptons parfois des comportements que d’autres partagent aussi, sans que nous comprenions pourquoi. Les sociologues se donnent pour but d’étudier cette question sans psychologisme ni biologisme. Trois cadres d’analyse dominent la sociologie, avec chacun une vision différente, parfois militante, du social.

Le holisme de Durkheim

Étymologiquement, « holisme » vient du grec « holos », qui veut dire « entier, total ». Pour Durkheim et les sociologues holistes, le social nous dépasse : des structures collectives, souvent invisibles, influencent nos manières d’agir, de penser, de sentir.

Cette idée permet de voir des régularités collectives dans des faits tels que le suicide ou la cohésion d’un groupe. Très utile pour analyser les crises du lien social ou les conditions de la stabilité d’un groupe.

Le constructivisme structuraliste de Bourdieu

Pierre Bourdieu, lui, part de la position de l’individu dans un champ social donné. Le constructivisme structuraliste stipule que nos goûts, nos habitudes et nos pratiques ne sont pas seulement imposés par un cadre contraignant.

Ils sont aussi construits à partir de notre position sociale et de nos interactions. C’est une approche très puissante pour expliquer pourquoi et comment les inégalités sociales se reproduisent parfois de génération en génération.

Idem les inégalités culturelles, où les goûts et dégoûts révèlent l’individu plus qu’ils ne l’expriment.

Voir aussi : La culture générale est-elle réservée aux riches ?

L’individualisme méthodologique, introduite en socio par Max Weber

Et si les phénomènes collectifs ne dépendaient ni de cadres fixes, ni de causes extérieures (telles que les classes sociales, les religions etc.) ?

S’ils étaient plutôt le résultat de décisions individuelles qui ont chacune leur logique ? C’est l’approche de sociologues qui mettent l’accent sur les motivations individuelles, comme Weber (avec la sociologie compréhensive), ou plus tard Boudon (avec l’individualisme méthodologique).

Il s’agit ici de montrer comment des choix raisonnables produisent des effets inattendus lorsqu’ils se généralisent. Politiques qui échouent, inégalités domestiques malgré les discours partiaires, filières professionnelles saturées alors qu’elles étaient censées diversifier les parcours : l’individualisme méthodologique analyse ces contradictions non comme des effets de système, mais comme le résultat de logiques individuelles de bonne foi.

Les 5 sociologues à connaître pour affûter sa culture générale

Un homme et une femme débattant sur un sujet culturel, telle que la sociologie

Avertissement : les portraits qui suivent donnent un premier aperçu synthétique mais forcément réducteurs. Pour une description sans raccourcis, rendez-vous ici 😉

Émile Durkheim

1858-1917, France

Holisme sociologique.

Durkheim étudie la société comme une réalité objective qui impose des cadres de pensée et de comportement aux individus. Il montre que même les actes les plus personnels, comme le suicide, obéissent à des régularités collectives.

Max Weber

1864-1920, Allemagne

Sociologie compréhensive.

Weber s’intéresse aux raisons subjectives qui motivent les actions. Il analyse la manière dont les croyances influencent les conduites, notamment à travers son étude des liens entre protestantisme et capitalisme.

Pierre Bourdieu

1930-2002, France

Constructivisme structuraliste

Bourdieu explore les mécanismes sociaux qui rendent les inégalités durables. Il met en lumière l’influence des dispositions acquises (habitus) et la façon dont les goûts reflètent des rapports de domination.

Michel Crozier

1922-2013, France

Sociologie des organisations

Crozier analyse les relations de pouvoir à l’intérieur des structures organisées, en montrant que l’organisation réelle d’une entreprise ne se lit pas dans son organigramme, mais dans les marges de manœuvre des acteurs.

Raymond Boudon

1934-2013, France

Individualisme méthodologique

Raymond Boudon s’attache à comprendre les phénomènes sociaux à partir des justifications que les individus donnent à leurs décisions, selon ce qui leur semble le plus logique ou raisonnable dans leur situation. Il montre que des choix isolés peuvent, une fois généralisés, produire des effets collectifs inattendus.

Infographie montrant les apports des 5 sociologues majeurs à connaitre : Durkheim, Weber, Bourdieu, Crozier et Boudon

Trois auteurs modernes qui renouvellent les outils de la sociologie

Groupe de 5 personnes discutant de sociologie moderne

Ici encore, les descriptions seront utiles pour situer chaque parcours, mais elles sont forcément incomplètes. Vous en saurez davantage en cliquant ici 😉

Norbert Elias

1897–1990, Allemagne/Royaume-Uni

Sociologie historique et processuelle

 Elias insiste sur l’interdépendance entre individus et société. Il montre comment les normes évoluent dans le temps long et orientent les comportements, comme dans sa célèbre étude sur la « civilisation des mœurs ».

Erving Goffman

1922–1982, Canada/États-Unis

Microsociologie de l’interaction

Goffman observe les interactions quotidiennes comme des performances sociales. S’aidant de métaphores théâtrales, il analyse les stratégies par lesquelles chacun gère l’image qu’il donne de lui dans la vie publique.

Howard Becker

Né en 1928, États-Unis

Interactionnisme symbolique

Figure de l’école de Chicago, Becker est connu pour avoir développé la théorie de l’étiquetage. Il montre notamment qu’un comportement devient « déviant » non pas à cause de sa nature, mais parce que d’autres le désignent ainsi et le stigmatisent.

Infographie présentant 3 sociologues contemporains : Elias, Goffman, Becker

Maintenant que le décor est planté et que les principaux noms sont posés, il est temps de les explorer un par un, en commençant par le plus classique : Durkheim. 👇

Émile Durkheim (1858–1917)

Durkheim pose les fondations de la sociologie comme science, en rejetant les explications psychologiques ou morales. (Je l’ai déjà laissé entendre, et la redondance tout au long de cet article est voulue : la répétition est mère de l’apprentissage 😉) 

 Il traite les faits sociaux comme des choses. Sa thèse : la société s’impose à l’individu en modelant nos manières de penser, de sentir, d’agir. Sans que nous en ayons conscience.

Par exemple, cans son best-seller Le Suicide : Étude de sociologie, il montre qu’un acte aussi intime que se donner la mort est en réalité lié à des logiques collectives. Ses conclusions : les protestants, les célibataires ou les personnes isolées se suicident plus. Au-delà du drame personnel, le suicide est un fait social.

Voici ses principaux concepts, que nous verrons plus en détail en fin de section :

  • le fait social, 
  • la solidarité mécanique ou organique,
  • et l’anomie.

Ses recherches s’inscrivent dans une époque marquée par la montée de l’individualisme, le recul de la religion, et l’angoisse d’un monde sans repères partagés. Il voit dans les croyances collectives un ciment social. Même affaiblie, la religion reste selon lui un cadre nécessaire pour structurer la vie en société.

Il a publié notamment De la division du travail social, Les Règles de la méthode sociologique, Le Suicide et Les Formes élémentaires de la vie religieuse.

Un mot sur le contexte : né à la fin du XIXe siècle, Durkheim observe que le déclin du christianisme ne signe pas la fin du religieux, loin de là. L’industrialisation et l’urbanisation massives donnent lieu à une individualisation qui a pour conséquence l’émergence d’un véritable culte de l’individu, avec, comme nouvel objet sacré, l’homme. Son dogme sera l’autonomie de chacun et son rite : le libre examen. Pour Durkheim, aucune société ne survit sans religion, et c’est un point souvent laissé de côté.

Il meurt en 1917, peu après avoir perdu son fils à la guerre. Né à Épinal dans une famille juive et laïque, il est agrégé de philosophie puis professeur à Bordeaux et à la Sorbonne.

DURKHEIM, LES CONCEPTS À RETENIR :

FAIT SOCIAL : Durkheim appelle ainsi toute manière de faire que la société m’impose. Par exemple, dire «bonjour » en entrant dans un magasin ou respecter les horaires décidés par mon entreprise, appliquer des règles que je n’ai pas choisies mais que je suis automatiquement, parce que tout le monde le fait.

SOLIDARITÉ MÉCANIQUE : concerne les sociétés traditionnelles. Dans un petit village rural où tout le monde vit des mêmes activités, suit les mêmes traditions et connaît les mêmes familles, chacun se ressemble, et cette ressemblance suffit à tenir le groupe.

SOLIDARITÉ ORGANIQUE : dans une grande ville ou une entreprise moderne, les gens dépendent les uns des autres parce qu’ils ont des rôles différents et complémentaires : le boulanger, l’enseignant, l’ingénieur. Personne ne se ressemble, mais chacun a besoin du travail des autres pour que tout fonctionne.

ANOMIE : ce concept désigne une situation où les règles sociales perdent leur force : après un bouleversement économique, une crise politique ou un changement brutal, les individus ne savent plus ce qui est permis, attendu, valable. Certains se démoralisent, d’autres s’effondrent.

CONSCIENCE COLLECTIVE : ce que chacun partage avec les autres en matière de valeurs, d’émotions et de normes. Les minutes de silence après un attentat, les commémorations ou les grands rituels sportifs (comme la finale de Coupe du monde) rassemblent des millions de personnes autour des mêmes symboles et émotions.

Nous venons de voir comment la société impose des cadres. Place maintenant à Weber qui, lui, regarde comment les individus agissent à l’intérieur de ces cadres. 👇

Max Weber (1864–1920)

Weber impose une autre manière de faire de la sociologie. Il ne cherche pas uniquement à dégager des régularités comme Durkheim, mais à comprendre le sens que les individus donnent à ce qu’ils font.

Ce que cela veut dire ? Tout simplement qu’une action n’a pas de sens en soi. Voter, prier ou démissionner peuvent être des gestes très différents selon l’intention de celui qui agit, la situation dans laquelle il se trouve, et la réponse qu’il attend des autres.

Les concepts essentiels sont :

  • l’action sociale,
  • la rationalisation
  • la domination,
  • le désenchantement.

Max Weber a fondé la sociologie compréhensive, qui consiste à comprendre le sens que l’acteur donne à son action. Il s’intéresse à la logique propre de chaque comportement, sans y projeter ses propres valeurs. Le sociologue observe, reconstruit et compare les conduites en cherchant à comprendre, non à juger.

Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, il montre que le capitalisme moderne s’est formé parce que le calvinisme[1] valorisait le travail acharné, la discipline et l’usage mesuré de l’argent.

Ces croyants dépensaient peu, travaillaient beaucoup et réinvestissaient leurs salaires. Bref, leur religion a installé des habitudes qui ressemblent à celles de l’entreprise moderne. 

Né en Allemagne dans une famille protestante, il est juriste puis professeur et s’engage dans les débats politiques de son temps, tout en restant avant tout un intellectuel. Il meurt en 1920 sans avoir achevé son œuvre.

WEBER, LES CONCEPTS À RETENIR :

ACTION SOCIALE : pourquoi change-t-on de comportement selon la situation ? Parce que nos actes prennent sens en relation avec les autres. Tenir une porte, adapter son ton au bureau, choisir ses mots devant un supérieur : ce sont des actions orientées vers autrui.

RATIONALISATION : le travail humain s’organise de plus en plus par règles, calculs et procédures. Dans les premiers ateliers industriels, les ouvriers suivent un découpage précis des tâches, des horaires minutés, des contrôles réguliers : l’efficacité devient la norme.

DOMINATION LÉGITIME : tout pouvoir accepté par la société est légitime. Weber distingue trois types de domination : traditionnelle (fondée sur les coutumes), charismatique (liée à la personne du chef) et rationnelle-légale (appuyée sur des règles établies).

DÉSENCHANTEMENT DU MONDE : cette expression fait référence à l’abandon des explications religieuses sur les grandes questions humaines. La science et la technique deviennent les nouvelles références, mais elles produisent un monde froid et vidé de sens.

[1] Courant protestant créé au XVIᵉ siècle par Jean Calvin. La discipline personnelle est valorisée ainsi que le travail rigoureux, la sobriété et l’importance des devoirs terrestres pour assurer son salut

Weber s’intéressait aux motivations individuelles. Bourdieu garde cette idée, mais montre qu’elles sont déterminées par l’origine sociale et les inégalités. 👇

Pierre Bourdieu (1930–2002)

Bourdieu a donné à la sociologie des outils puissants pour comprendre comment les hiérarchies sociales se maintiennent, souvent sous des apparences neutres ou méritocratiques.

À ses yeux, les inégalités ne se résument pas à une question d’argent : elles passent aussi par l’école, la culture, le langage, les goûts, bref, tout ce qui semble “naturel” mais qui est en fait hérité. 

Il articule les structures sociales (qui nous dépassent, cf Durkheim) et les pratiques individuelles (ce que nous faisons, pensons, aimons) grâce à une série de concepts devenus incontournables :

  • l’habitus,
  • le capital culturel,
  • la notion de champ,
  • la violence symbolique.

Bourdieu montre que nos goûts pour la musique, la nourriture ou les loisirs ne sont jamais «purs » : ils expriment une position sociale. Aimer l’opéra ou le rap, pratiquer le ski ou le foot, préférer Proust à Musso ou Bolaño à Musil, tout cela dit quelque chose de notre place dans l’espace social. Ce qu’on croit choisir librement est souvent le produit d’une trajectoire.

Dans La Distinction, il dépiaute les hiérarchies culturelles en montrant qu’elles n’ont rien de «naturel ». Dans La Reproduction, il analyse comment l’école prétend être juste, alors qu’elle renforce les inégalités. Dans Le Sens pratique et Esquisse d’une théorie de la pratique, il affine sa méthode : une sociologie critique, rigoureuse, engagée, qui décrit le monde social dans toute sa brutalité invisible.

Issu d’un milieu populaire du Béarn, Bourdieu passe par l’École normale, devient agrégé de philo, puis sociologue. Il dirige le Centre de sociologie européenne, publie dans des revues militantes comme Actes de la recherche en sciences sociales et s’engage dans les grands débats publics jusqu’à sa mort en 2002. Aujourd’hui encore, on mobilise ses concepts pour analyser l’école, les médias, la politique, la culture, bref le monde social dans toute sa brutalité invisible.

BOURDIEU, LES CONCEPTS À RETENIR :

HABITUS : ce sont des dispositions durables, acquises très tôt, qui orientent nos goûts, nos manières de parler, de juger, d’agir. On croit faire des choix libres, mais ils sont souvent modelés par notre trajectoire sociale.

CHAMP : chaque univers (l’école, les médias, la politique, l’art…) fonctionne selon ses propres règles. Ce sont des espaces où les individus occupent des positions, s’affrontent, cherchent à exister ou à dominer.

CAPITAL CULTUREL : ensemble de ressources (langage, savoirs, diplômes, références…) valorisées par la société. Elles ne sont pas réparties au hasard : on les reçoit plus ou moins selon son milieu.

VIOLENCE SYMBOLIQUE : pouvoir d’imposer une manière de voir ou de juger comme “normale” ou “légitime”, sans même avoir besoin de l’expliquer. L’école, par exemple, valorise certains codes culturels… mais ne dit jamais qu’ils viennent d’un groupe social particulier.

Bourdieu travaille sur les hiérarchies sociales dans la société dans son ensemble. Crozier, lui, zoome sur un monde plus restreint : les organisations. 👇

Michel Crozier (1922–2013)

Crozier s’intéresse à un univers que tout le monde connaît mais que la sociologie a longtemps laissé de côté : les organisations (administrations, entreprises, institutions).

Il montre que ce ne sont pas les règles qui font fonctionner une organisation, mais la façon dont les individus s’adaptent, contournent ou interprètent ces règles. Certains en tirent parti pour gagner du pouvoir.

Et ce ne sont pas toujours ceux qu’on s’imagine.

En d’autres termes, Crozier montre que le vrai pouvoir se niche là où les règles sont muettes, et non dans les organigrammes. Tous grades confondus, certains maîtrisent des ressources décisives mieux que d’autres : une compétence clé, un accès réservé, une information stratégique monopolisée. C’est dans les zones d’incertitude que les jeux d’influence surgissent, à coups de résistances passives, et de petits arrangements. Crozier en fait le cœur de sa méthode, qu’il appelle l’analyse stratégique. Ses concepts centraux :

  • La zone d’incertitude,
  • La stratégie d’acteur,
  • Le pouvoir organisationnel,
  • La compétence technique.

Dans Le Phénomène bureaucratique, il montre comment un simple technicien de maintenance peut devenir acteur central parce qu’il est le seul à pouvoir résoudre les pannes non documentées. C’est loin d’être exceptionnel : dans toute organisation, le pouvoir revient à ceux qui ont la main sur ce que l’organisation n’a pas su anticiper.

Né en 1922, diplômé de HEC puis en droit, Crozier découvre la sociologie aux États‑Unis grâce à une bourse. De retour en France, il rejoint un institut lié au patronat (l’ISST, adossé au CNPF, futur MEDEF), financé par l’aide Marshall. Il entre ensuite au CNRS comme sociologue, conduit plusieurs recherches empiriques sur les bureaucraties, et fonde dans les années 1960 le Centre de sociologie des organisations (CSO). Il meurt en 2013.

CROZIER, LES CONCEPTS À RETENIR :

ZONE D’INCERTITUDE : c’est là que le pouvoir s’installe, quand les règles ne prévoient rien et que certains savent en profiter. Un technicien qui maîtrise seul une procédure cruciale peut ainsi devenir incontournable.

STRATÉGIE D’ACTEUR : chacun cherche à préserver sa liberté d’action en jouant avec les règles ou les autres. Ce salarié qui accepte une corvée pour mieux négocier plus tard en est un bon exemple.

POUVOIR ORGANISATIONNEL : repose sur la maîtrise de ressources que les autres n’ont pas, mais dont ils ont besoin. Compétence technique, accès à une base de données, monopole sur une relation : autant d’avantages qui font pencher la balance.

Là où Crozier observe les jeux de pouvoir dans les règles collectives, Boudon part des raisonnements individuels. Pour lui, ce sont les choix ordinaires qui expliquent les grandes tendances. 👇

Raymond Boudon (1934–2013)

Boudon insiste sur une chose : les individus ont de « bonnes raisons » d’agir comme ils le font, même quand le résultat final paraît absurde ou injuste. Son idée centrale : pas besoin d’invoquer une force sociale invisible pour expliquer un choix.

 Il suffit souvent de regarder le raisonnement local de l’acteur, avec les informations et les contraintes dont il dispose.

Ses concepts clé sont :

  • L’individualisme méthodologique
  • L’effet pervers
  • La rationalité ordinaire

Dans L’Inégalité des chances, il analyse les parcours scolaires : pourquoi des élèves issus de milieux modestes évitent-ils certaines filières longues ? Non par incapacité, dit Boudon, mais parce qu’ils anticipent un risque d’échec. Leur décision est rationnelle, à leur échelle. Sauf qu’en s’additionnant, ces choix individuels entretiennent les inégalités.

Son approche est dite individualiste méthodologique : on part des raisons de l’acteur pour comprendre les effets sociaux. Ce qui l’oppose frontalement à Bourdieu, pour qui ces raisons ne viennent pas des cœurs, mais d’un héritage social : le milieu, l’éducation, les habitudes.

Boudon, lui, refuse les grandes explications générales. Il explique les faits sociaux par des décisions individuelles qui sont prises par des individus autonomes et rationnelles, avec parfois des erreurs de jugement. L’addition de ces décisions produit des différences qui prennent de l’ampleur. Boudon écarte ainsi les analyses sur les hiérarchies sociales et sur les systèmes de domination.

Formé dans les filières d’excellence, (Condorcet, Louis-le-Grand, Normale Sup’, agrégation de philosophie) Raymond Boudon enseigne d’abord à Bordeaux puis à la Sorbonne. Il fonde le GEMASS en 1971, développe de nombreuses collaborations internationales et meurt en 2013.

BOUDON, LES CONCEPTS À RETENIR

INDIVIDUALISME MÉTHODOLOGIQUE : pour comprendre un phénomène social, il faut partir des raisons des individus, pas des structures invisibles. Exemple : si des élèves choisissent une filière courte, ce n’est pas à cause de la reproduction sociale bourdeusienne, mais d’un calcul personnel basé sur leurs chances perçues de réussite.

EFFET PERVERS : Un effet pervers désigne, chez Boudon, un résultat collectif que personne ne voulait. Plusieurs individus prennent chacun une décision logique pour atteindre leur objectif. Ces décisions tiennent debout isolément. Une fois additionnées, elles produisent un résultat qui contredit l’intention de départ.

RATIONALITÉ ORDINAIRE : elle décrit la façon dont chacun décide dans la vie quotidienne. Les acteurs sociaux ne sont pas des experts, ils s’appuient sur ce qu’ils croient vrai. Par exemple, un étudiant va prolonger ses études dans l’idée qu’un diplôme plus élevé améliorera son statut. Cette logique lui paraît solide à son niveau. Mais, répétée à grande échelle, elle dévalorise le diplôme sur le marché du travail.

Avec Boudon, on décortiquait les raisons concrètes qu’un individu a de faire tel ou tel choix, dans un contexte donné. Elias, lui, regarde comment les comportements changent lentement… sur plusieurs siècles. 👇

Norbert Elias (1897–1990)

Individu et société se construisent ensemble au fil du temps : ils ne sont pas dissociables. C’est le point de départ d’Elias : la sociologie ne doit pas analyser les comportements «individuels » sans regarder les relations qui les rendent possibles. Nos gestes les plus ordinaires (se tenir droit, parler à voix basse, cacher ses émotions) sont le produit d’un long travail collectif.

Elias appelle processus de civilisation cette transformation historique de grande ampleur : au fil des siècles, la société exige que les humains maîtrisent de plus en plus leurs pulsions, sous la pression du regard des autres. Dans les premières phases du processus, la société impose les règles de l’extérieur. Au fil du temps, chacun les intériorise, et contrainte devient autocontrainte.

Les actions de chacun s’emboîtent alors les unes dans les autres. Elias appelle configuration cette articulation constante entre les comportements. Dans une société dense, l’interdépendance entre individus (souvent étrangers les uns des autres) oblige à anticiper, à se retenir et à s’ajuster. Même les gestes ordinaires s’inscrivent dans cette configuration, car ils dépendent des réactions possibles autour de soi.

Dans La Société de cour, il montre comment le protocole de cour, particulièrement renforcé sous Louis XIV, définit pour la noblesse des règles strictes sur la façon de se tenir, de parler et de garder ses distances. Impossible de rester dans le jeu sans s’y plier. Ces comportements raffinés, parfois caricaturés comme précieux, diffusent ensuite dans toute la société : c’est la curialisation, un levier clé du processus de civilisation.

Juif allemand, Elias fuit le nazisme, perd sa mère à Auschwitz et écrit Sur le processus de civilisation dans l’exil et la précarité. L’ouvrage passe inaperçu à sa sortie en 1939, mais il devient, trente ans plus tard, un classique. Elias incarne une pensée patiente, lucide, rigoureuse et indifférente aux effets de mode.

ELIAS, LES CONCEPTS À RETENIR

PROCESSUS DE CIVILISATION : c’est la transformation progressive des manières de se comporter, de parler, de gérer ses émotions, sous l’effet de pressions sociales croissantes. Quand un enfant apprend à cacher sa colère, à moduler sa voix ou à différer ses besoins, il reproduit en accéléré ce que la société a mis des siècles à construire.

INTERDÉPENDANCE : chaque individu dépend des autres pour agir. Même un geste aussi banal que se moucher ou choisir une place à table obéit à des équilibres sociaux : on tient compte des regards, des attentes, des réactions possibles.

CONFIGURATION : toute action s’inscrit dans un ensemble mouvant de relations. Lors d’une réunion, par exemple, on n’interrompt pas n’importe qui, on module son ton selon le rang ou l’ambiance : chacun ajuste sa position en fonction des autres.

CURIALISATION : ce mot étrange désigne le processus par lequel les règles de contrôle de soi imposées à la cour du roi se diffusent dans toute la société. Par imitation de la noblesse, mais aussi via l’éducation et la pression sociale, l’ensemble de la société se met à manger proprement, surveiller son langage, éviter de roter, de toucher son corps en public, etc.

Ça va toujours😉 ? Elias montre comment la société pousse à se contrôler. Becker, lui, s’intéresse à ceux qu’on juge comme « hors norme », et ce que cela révèle du regard social. 👇

Howard Becker (1928–2023)

Surtout connu pour son travail sur les déviances, Becker exploite les méthodes originales de l’École de Chicago pour montrer comment différents acteurs sociaux forgent les normes par leurs interactions. Enquêtes, documentations, observation participante, une méthode de terrain qui rend visibles les pratiques ordinaires.

Par quels processus la société en arrive-t-elle à désigner certaines personnes comme « déviantes » ? Plutôt que de voir la déviance comme un écart intrinsèque à la norme, il montre qu’elle résulte d’un processus d’étiquetage.

Ceux qui cohabitent sans être mariés, par exemple, ou celui qui fume un joint, ne deviennent déviantes que si la société le désigne comme tel. Ses principaux concepts d’analyse sont :

  • l’étiquetage
  • la carrière déviante,
  • les entrepreneurs de morale.

Dans son livre le plus célèbre, Outsiders, il suit des fumeurs de marijuana et des musiciens de jazz. Il les observe dans leur milieu, sans les juger, pour comprendre comment naît et se maintient une carrière déviante. Ce regard très concret, sans moralisme, rend ses textes à la fois accessibles et puissants.

Dans Les Mondes de l’art, Becker applique la même logique au monde artistique : une œuvre d’art n’est jamais le fruit d’un seul génie isolé, mais le résultat d’un travail collectif. Il insiste sur la «chaîne de coopération » nécessaire pour produire, exposer, diffuser, évaluer une œuvre.

L’École de Chicago fait de l’enquête de terrain une méthode centrale de la sociologie. Ce courant s’intéresse à la manière dont les individus vivent les règles sociales dans des situations concrètes. En parallèle, il a longtemps joué du piano dans des clubs de jazz, ce qui a influencé son intérêt pour les normes en contexte. Il meurt en 2023, à l’âge de 95 ans, après avoir influencé plusieurs générations de sociologues, notamment en France.

HOWARD BECKER, LES CONCEPTS À RETENIR 

ÉTIQUETAGE : une personne devient déviante non pas à cause de ce qu’elle fait, mais parce qu’on la désigne comme telle. Un même acte (fumer un joint, sécher un cours) peut être vu comme grave ou banal selon le contexte et le regard porté.

CARRIÈRE DÉVIANTE : la déviance s’apprend. Fumer pour la première fois, comprendre comment en tirer plaisir, trouver des fournisseurs, éviter les ennuis… autant d’étapes qui construisent une «carrière ».

ENTREPRENEURS DE MORALE : ce sont ceux qui militent pour que certaines pratiques soient interdites ou mal vues. Ce sont eux qui transforment un comportement en problème public : par exemple, en rendant la marijuana illégale.

MONDE DE L’ART : une œuvre n’existe jamais seule. Elle est le fruit d’une coopération entre artistes, techniciens, critiques, galeristes, institutions… Chaque acteur joue un rôle dans ce que l’on considère comme «de l’art »

INTERACTIONNISME SYMBOLIQUE : courant sociologique qui s’intéresse à la manière dont les individus construisent ensemble le sens de leurs actions dans les interactions ordinaires.

Becker montre comment la société étiquette certains individus comme « déviants ». Goffman, lui, s’intéresse à la scène où ces jugements prennent forme, dans le face-à-face ordinaire. 👇

Erving Goffman (1922–1982)

Nous avons tous l’intuition qu’en société, nous jouons des rôles. Goffman en fait le cœur de sa sociologie. Pour lui, la vie sociale est une mise en scène.

Dans chaque interaction, l’individu se comporte comme un acteur devant un public : il ajuste son comportement pour donner une certaine image de lui-même. Cette approche, qu’il appelle dramaturgique, permet de comprendre comment se construit l’ordre social au quotidien.

 Goffman se concentre surtout sur les règles implicites qui rendent possible la vie en commun : comment on entre dans une pièce, comment on répare une gêne, comment on garde sa place dans une conversation. Ces micro-ajustements, bien que discrets, assurent une forme de stabilité collective. Il appelle cela l’ordre de l’interaction.

Ses principaux concepts sont :

  • l’interaction,
  • la façade,
  • l’ordre de l’interaction,
  • le stigmate.

Goffman construit ses analyses à partir d’observations concrètes, dans des contextes variés : lieux publics, hôpitaux psychiatriques, transports, institutions fermées. Il montre comment les individus gèrent leur image, leurs écarts, les attentes des autres. Comme Becker, Goffman pratique l’enquête de terrain, dans la tradition de l’école de Chicago. Mais son regard reste centré sur la scène de l’interaction.

Dans La Mise en scène de la vie quotidienne, il décrit les stratégies utilisées pour tenir un rôle social cohérent. Dans Asiles, il analyse comment certaines structures comme les hôpitaux psychiatriques organisent la vie de leurs membres jusque dans ses moindres détails. Dans Stigmate, il s’intéresse au vécu des personnes disqualifiées en raison de leur apparence ou de leur statut.

Erving Goffman grandit au Canada, dans une famille juive d’origine ukrainienne. Après des études de sociologie à Toronto, puis à l’Université de Chicago, il mène des enquêtes ethnographiques sur des interactions sociales dans des contextes variés (île isolée, hôpital psychiatrique). Il enseigne ensuite à Berkeley puis à l’Université de Pennsylvanie. Il meurt en 1982 après avoir profondément renouvelé la sociologie.

GOFFMAN, LES CONCEPTS À RETENIR 

INTERACTION : Chez Goffman, c’est l’unité de base du social, à savoir le moment où des individus adaptent leur comportement en fonction des autres. Dire bonjour, relancer une conversation, détourner le regard après une gaffe : autant de micro-gestes qui aident à maintenir une situation stable.

FAÇADE : équipement symbolique qu’on mobilise pour paraître crédible dans un rôle. En plus clair, il s’agit de l’image que l’on donne de soi, le costume qu’on enfile pour jouer un rôle. Elle passe par le langage, les postures, ou encore les vêtements.

ORDRE DE L’INTERACTION : En cas de malaise, il existe un ensemble de règles tacites pour que chacun puisse limiter les dégâts. On évite la gêne ou la rupture en relançant la conversation ou en réagissant avec tact en cas d’erreur.

STIGMATE : c’est ce qui, dans un contexte social donné, disqualifie une personne aux yeux des autres. Par exemple : un handicap visible, un vêtement associé à un groupe méprisé, une manière de parler perçue comme «hors-norme ». Ces marques exposent à des malaises ou des mises à l’écart, simplement parce qu’elles perturbent l’interaction escomptée.

Concepts utiles pour analyser des situations concrètes, et suivre les conversations sans bugger

La colonialité du pouvoir, formulée par Aníbal Quijano dans les années 1990, désigne la manière dont les logiques coloniales continuent d’organiser les hiérarchies sociales, économiques et culturelles bien après la fin des empires coloniaux. Elle permet de comprendre les inégalités actuelles comme le prolongement d’un ordre mondial construit historiquement.

Le terme gentrification, proposé par Ruth Glass en 1964, décrit un phénomène urbain : des quartiers populaires sont transformés par l’arrivée de classes moyennes ou supérieures, ce qui en chasse progressivement les habitants d’origine. Ce concept est central pour analyser les effets sociaux des politiques urbaines.

Le capital érotique, notion introduite par Catherine Hakim en 2010, renvoie à l’ensemble des atouts physiques, de charme ou de présentation que certains individus mobilisent dans des contextes sociaux ou professionnels. Il met en lumière une forme de capital rarement pensée, en particulier dans les rapports de genre.

Le travail émotionnel, théorisé par Arlie Hochschild en 1983, désigne la gestion attendue des émotions dans l’exercice d’un métier, surtout dans les services. Sourire, écouter, rassurer font partie des compétences exigées, bien que rarement reconnues comme telles.

L’intersectionnalité, proposée par Kimberlé Crenshaw en 1989, permet d’analyser la manière dont différentes formes de domination (sexe, race, classe) se combinent dans les trajectoires individuelles. Elle évite de penser chaque oppression séparément et rend compte de leur intrication.

La notion d’invisibilisation, développée par la sociologie féministe à partir des années 1990, désigne le processus par lequel certaines tâches ou personnes sont ignorées, bien qu’essentielles au fonctionnement social. Elle s’applique notamment au travail domestique ou de soin.

La charge mentale, analysée dès les années 1980 par Monique Haicault ou Nicole Brais, désigne le fait d’organiser les tâches du quotidien pour les autres. Ce travail invisible repose généralement sur les femmes et s’ajoute aux tâches elles-mêmes. En 2017, la BD Fallait demander d’Emma a popularisé le concept (incluse aujourd’hui dans Un autre regard 2)

La performativité : pour Judith Butler, ce sont les gestes et les conduites répétées qui finissent par faire exister une identité. Il ne s’agit pas de révéler ce qu’on est, mais de se conformer à des attentes sociales, jusqu’à ce que ça passe pour naturel.

La gouvernementalité, concept développé par Michel Foucault dans les années 1970, désigne les techniques de pouvoir qui incitent les individus à se conduire d’eux-mêmes selon certaines normes. Elle permet de penser des formes de contrôle diffus, non coercitives, mais efficaces.

Enfin, le dispositif, également théorisé par Foucault, renvoie à un ensemble d’éléments hétérogènes (discours, institutions, lois, pratiques) qui, combinés, organisent les comportements. Il ne s’agit pas d’une structure centrale mais d’un agencement fonctionnel de pouvoir.

Conclusion : à quoi sert la sociologie ?

Vous n’avez peut-être pas cherché des noms de sociologues pour démarrer un cursus universitaire. Mais vous avez compris que des bases solides en la matière vous aideraient à participer efficacement à certains débats. Vous entendez certains noms tous les jours, il serait dommage de continuer à les ignorer.

La sociologie aide à comprendre les écarts entre groupes, les règles et la manière dont elles s’installent, comment certains mécanismes se répètent. Elle permet de décrypter le monde qui nous entoure (travail, médias, échanges quotidiens) au-delà des apparences.

Et surtout, la sociologie donne des points d’appui dans les terrains glissants. Les outils construits par Durkheim, Bourdieu, Elias ou Crozier nous aident à penser à partir des faits, et non des réflexes ou des impressions.

Avec les grands sociologues nous pouvons :

  • Sortir des jugements à l’emporte-pièce. Ce n’est pas parce qu’un comportement est fréquent qu’il est naturel, ni parce qu’il est choquant qu’il est déviant.
  • Dévoiler ce qu’il y a de social dans ce qui semble naturel : les rôles, les places, les hiérarchies.
  • Comprendre ce qu’il y a derrière des mots connotés comme mérite, ordre, travail ou égalité.
  • Observer comment certaines idées, certaines règles ou certaines inégalités s’installent dans la vie ordinaire, souvent à notre insu.

L’essentiel à retenir en 3 minutes

Les 3 idées de base à absolument comprendre avant tout (le minimum vital pour briller aux dîners)

Durkheim 👉 le holisme

Les règles sociales nous dépassent, même quand on croit choisir.

  • La société impose des normes.
  • Les comportements collectifs ont leurs propres logiques.
  • Concepts clés : fait social, anomie, solidarité mécanique/organique.

Bourdieu 👉 le constructivisme structuraliste

Nos goûts, nos façons d’agir et nos chances scolaires viennent de notre position sociale.

  • Habitus, capital culturel, champ, violence symbolique.
  • On ne choisit pas vraiment ce qu’on aime, on “hérite” de goûts.

Weber👉 l’individualisme méthodologique (formalisé plus tard par Boudon)

Pour comprendre le social, il faut comprendre le sens que les individus donnent à leurs actions. C’est tout le propos de la sociologie compréhensive.

  • Action sociale, rationalisation, domination légitime, désenchantement.
  • Les choix individuels forment des phénomènes collectifs.

Ces trois approches structurent toute la sociologie moderne.
Si vous les retenez, vous pouvez déjà faire bonne figure en soirée.

Les 5 sociologues incontournables pour ne plus avoir l’air perdu

  1. Émile Durkheim
  • Faits sociaux, solidarité, anomie, religion comme ciment collectif.
  • Méthode ultra-rigoureuse : traiter les faits sociaux comme des choses.
  • Le Suicide démontre que l’intégration sociale influence fortement les suicides.
  1. Max Weber
  • Comprendre l’action par son sens.
  • Rationalisation, bureaucratie, domination légitime.
  • L’Éthique protestante 👉 religion 👉 logique du capitalisme.
  1. Pierre Bourdieu
  • Habitus, champ, capital culturel, reproduction scolaire.
  • Culture et goûts = marqueurs sociaux.
  • La Distinction : les goûts disent d’où tu viens (même si tu essayes de faire illusion).
  1. Howard Becker
  • La déviance est définie par la société, pas par l’acte.
  • Carrière déviante, entrepreneurs de morale.
  • Observation participante, interactionnisme.
  1. Michel Crozier
  • Organisations = jeux de pouvoir.
  • Zone d’incertitude, stratégie d’acteur.
  • Le Phénomène bureaucratique : les règles n’empêchent pas le pouvoir, elles le déplacent.

Les 3 sociologues modernes à connaître pour être percutant en 2026

Norbert Elias

  • Individu + société = relations d’interdépendance.
  • “Processus de civilisation” (maîtrise croissante de soi sur des siècles).
  • Configuration : les relations dictent les comportements.

Erving Goffman

  • Les interactions sont des scènes.
  • Face, façade, cadre, stigmate.
  • L’ordre social se construit par micro-gestes.

Howard Becker

  • Normes et données se construisent dans l’interaction.
  • Étiquetage, carrière déviante, mondes de l’art.
  • Une sociologie de terrain, sans jugement de morale, qui montre comment on devient “hors norme”.

Les concepts contemporains indispensables pour ne pas bugger dans une discussion

Pour aller plus loin (ou réviser en cinq minutes) : voici un résumé des concepts contemporains évoqués plus haut. À garder sous la main pour ne pas bugger en conversation !

Cliquez ici pour (re)voir les définitions complètes 

  1. Colonialité du pouvoir (Aníbal Quijano) : les logiques coloniales persistent après la colonisation.
  2. Gentrification (Ruth Glass) : embourgeoisement des quartiers populaires.
  3. Capital érotique (Catherine Hakim) : avantages liés au charme, à l’apparence.
  4. Travail émotionnel (Arlie Hochschild) : gérer ses émotions pour un métier (hôtesses, soignants…).
  5. Intersectionnalité (Kimberlé Crenshaw) : oppressions qui se combinent.
  6. Invisibilisation (auteur·rice non unique) : tâches essentielles mais non reconnues (ex : travail domestique).
  7. Charge mentale (Monique Haicault, puis popularisée par Emma) : penser à tout, tout le temps (surtout les femmes).
  8. Performativité (Judith Butler) : on “fait” le genre par répétition de gestes.
  9. Gouvernementalité (Michel Foucault) : pouvoir par incitation, pas coercition.
  10. Dispositif (Michel Foucault) : ensemble d’éléments qui orientent les comportements.

Vous avez parcouru les sociologues connus : et maintenant ?

Bravo d’être arrivés jusqu’ici. Pour les plus courageux, tadaaaam, je vous propose un quiz !

Vous adorez ça, d’autant qu’un quiz à chaud permet de vérifier que vous avez retenu l’essentiel. Si une question vous travaille, si une idée vous semble imprécise ou discutable, n’hésitez pas à le signaler en commentaire. Dites-moi aussi si vous avez appris des choses, cela me fait toujours plaisir 🥰. Et à toutes fins utiles, je précise que j’ai découvert la sociologie en écrivant cet article. Vos retours m’aideront à progresser dans les connaissances et la transmission.

À vous de jouer !

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12 réflexions sur “Sociologues connus : résumé des idées majeures”

  1. Waouh, ton article est une vraie pépite 💥
    Tu rends tout ça limpide, sans jargon indigeste et franchement, même en étant plutôt du côté du corps (dans ma pratique pro), j’ai adoré cette plongée dans les fondements du social.
    Merci pour ce super outil de décodage 🌿

    1. Très touchée par ton compliment, Eloise 🙏
      J’ai tenté effectivement de déplier au mieux des auteurs, des théories et des notions aussi complexes que fondamentales ! Merci beaucoup pour ton retour encourageant.

  2. Merci pour cette belle introduction à la sociologie
    Tu réussis à donner aux grands noms, Durkheim, Weber, Bourdieu… — une voix compréhensible et humaine, loin des textes trop théoriques.
    Cette démarche de vulgarisation est précieuse : elle rappelle que comprendre la société, c’est aussi un outil pour mieux vivre ensemble.
    Bravo pour ce travail qui rend la pensée sociologique à la portée de chacun·e

    1. Merci pour ce retour encourageant, Sabine ! J’adore cette vision de la sociologie comme outil pour mieux vivre ensemble 🙂

  3. Jessica

    Super intéressant, merci !
    J’avoue ne pas avoir une culture générale énorme… c’est justement pour ça que j’aime tellement lire ton blog. J’y apprends souvent des choses passionnantes sur des faits (ou comme ici, des personnes) qui enrichissent mes conversations… et qui me permettent de me sentir moins bête 🙈

    1. Cela va sans le dire, mais tes articles montrent ta culture et ton humanisme, ma chère Jessica 😉 Je suis ravie en tout cas que les miens t’apportent du grain à moudre !

  4. Intéressant, bien écrit.
    ça mériterait de prendre du temps pour l’étudier.
    Je n’ai pas ce temps disponible maintenant, mais je garde le lien de ton article dans mes ressources, pour quand je voudrai voir ce sujet d’un peu plus près. 🙂

    1. Tu es ici chez toi ValHeyrie 🙂 Merci d’être passée, et au plaisir !

  5. Merci Eva pour ton article . Ce sujet me replonge avec beaucoup de plaisir dans mes cours d’économie et de sciences sociales au lycée. C’étaient des leçons qui me captivait vraiment, et je retrouve ici la même clarté et le même intérêt. Merci pour ce partage !

    1. Avec plaisir Joëlle. Bravo d’avoir apprécié ces sujets au lycée, je ne peux pas en dire autant 😉

  6. J’ai trouvé ton article absolument incroyable. La façon dont tu as synthétisé les idées des grands sociologues connus est brillante, claire et passionnante. On peut naturellement briller dans un débat grâce à ce genre de contenu, mais ce que j’ai surtout retenu, c’est à quel point cela nous aide à mieux comprendre le monde qui nous entoure, ce qui est infiniment plus important.

    Ton article m’a donné envie de m’intéresser de plus près à beaucoup de ces sociologues et auteurs que je ne connaissais pas toujours, et je te remercie sincèrement pour cet article tellement brillant et inspirant. Vu le super travail réalisé, je sais déjà que je reviendrai le consulter de temps en temps, c’est un vrai article de référence.

    Merci pour ce partage riche et accessible.
    Bravo

    1. Avec grand plaisir ! Venant du Décodeur, cette appréciation me va droit au coeur. J’ai conçu cet article comme un parcours à étages, avec des marches qui conduisent idéalement vers des recherches en autonomie. Trop contente de t’inspirer cette envie !

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