Les mouvements littéraires du 20ème siècle (en France)

Dans l’article précédent je vous parlais des auteurs du XXe siècle. Mais pour vraiment connaître un paysage littéraire, il faut savoir inscrire les auteurs dans les mouvements qui les ont rassemblés, opposés et propulsés.

Pourquoi connaître les courants littéraires ? Parce que ce sont des outils de lecture puissants. Ils montrent comment les auteurs se répondent, s’opposent et se construisent les uns par rapport aux autres. Ils permettent de replacer les œuvres dans les débats de leur époque.

Ils expliquent aussi pourquoi certains textes paraissent difficiles, fragmentés ou absurdes : il y a toujours une prise de position derrière un choix formel. Une bonne connaissance des mouvements vous fait passer d’un empilement de livres à une carte cohérente. Et vous lisez avec plus de plaisir : vous saissez ce que l’auteur cherche à faire et savourez pleinement les effets qu’il produit.

Cette liste n’a rien d’officiel, rien de canonique. C’est une cartographie personnelle que j’ai construite pour naviguer dans le XXe siècle français. Par ailleurs, j’emploie le mot mouvement au sens large :  groupe structuré, courant esthétique,  sensibilité commune ou simple constellation d’auteurs. J’espère que les puristes me pardonneront. Le plus important pour moi est de vous donner un aperçu clair et relativement complet du paysage littéraire qui nous intéresse.

Les incontournables : 7 mouvements à connaître absolument

Le Surréalisme (années 1920-1950)

André Breton lance son Manifeste du surréalisme en 1924 à Paris. Il n’est pas seul : Louis Aragon, Paul Éluard, Philippe Soupault, Benjamin Péret, Antonin Artaud le rejoignent. Leur projet est radical : libérer les forces psychiques profondes de l’être humain. Écrire à partir de l’inconscient.

Breton voulait dépasser les limites de la raison. Il écrivait : « Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur cessent d’être perçus contradictoirement. »

Les surréalistes ont exploré le rêve et l’hypnose, le fantastique, l’amour charnel. Leurs techniques pour contourner la raison ? L’écriture automatique, le cadavre exquis, le collage.

Beaucoup de surréalistes se sont engagés à gauche, notamment communiste.Breton et d’autres ont condamné l’exploitation des humains, le colonialisme, l’obscurantisme religieux, puis le nazisme et, pour certains, la dictature soviétique. 

La fin des années 1920 voit les premières tensions. Certains adhèrent au Parti Communiste, d’autres refusent. Breton excomunie des membres, ce qui lui vaut l’accusation de dérive autoritaire. Cette tension a nourri la vitalité du mouvement pendant deux décennies.

Après 1945, le mouvement perd de sa force. En 1966, la mort de Breton porte un coup fatal. En 1969, Jean Schuster signe l’acte de décès du surréalisme dans le journal Le Monde.

La Négritude (années 1930-1960)

Dans les années 1930, trois étudiants des colonies se rencontrent à Paris : Aimé Césaire (Martinique), Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et Léon-Gontran Damas (Guyane). Ils prennent conscience de leur condition et refusent l’assimilation culturelle imposée par l’Empire colonial français.

Les sœurs Paulette et Jane Nardal ont joué un rôle crucial dans la mise en place du milieu intellectuel francophone qui a permis le développement de la Négritude, même si elles sont souvent oubliées dans les récits traditionnels.

Ces écrivains ont refusé l’assimilation culturelle qui était imposée par le colonialisme français et ont revendiqué leur identité noire, leur héritage africain, leur culture propre.

Aimé Césaire a forgé le terme Négritude dans son Cahier d’un retour au pays natal (1939). Il définissait la Négritude comme « la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture. »

Le mouvement a eu un impact considérable sur les luttes anticoloniales et sur l’émancipation des peuples noirs. Il a aussi suscité des critiques : certains lui reprochaient d’essentialiser l’identité noire, c’est-à-dire de réduire l’identié des individus à la couleur de leur peau, de créer une mystique raciale inversée. Mais la négritude a permis à des générations d’écrivains noirs de revendiquer leur voix propre.

L’Existentialisme (années 1940-1950)

L’après-guerre en France voit émerger un courant philosophique qui dominera la vie intellectuelle pendant deux décennies. Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Albert Camus (qui refusera toujours cette étiquette) développent leurs travaux dans les années 1940 et 1950, notamment à travers des romans, des pièces de théâtre, des essais philosophiques. En tandem avec les philosophes Maurice Merleau-Ponty, Emmanuel Lévinas et Vladimir Jankélévitch, ils posent un principe radical : l’être humain n’a pas d’essence prédéfinie. Il se construit par ses choix et ses actions. Il n’y a pas de nature humaine fixe donnée par Dieu, par la raison ou par des règles morales.

L’existentialisme sartrien se résume par cette formule célèbre : « l’existence précède l’essence ». Chaque individu surgit dans le monde initialement sans but ni valeurs prédéfinies. Ce n’est qu’à sa mort que son essence se fige. En cela, l’être vivant se distingue de l’objet manufacturé qui, lui, a été conçu pour une fin, et se définit par son essence.

Camus, bien qu’associé aux existentialistes, a toujours préféré parler de philosophie de l’absurde, ce qui le rapproche davantage du théâtre de l’absurde que de l’existentialisme stricto sensu.

L’existentialisme a marqué profondément la culture française d’après-guerre. Il adonné une réponse à l’effondrement des valeurs après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale : face à l’absurde, l’homme reste libre et responsable de ses choix.

Le Nouveau Roman (années 1950-1970)

Le Nouveau Roman est un courant littéraire apparu dans les années 1950, principalement aux Éditions de Minuit. Les principaux représentants sont Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Michel Butor, Claude Simon, Marguerite Duras.

Ces romanciers ont refusé les conventions du roman traditionnel : intrigue linéaire, personnages psychologiques, description réaliste. Ils ont exploré de nouvelles formes narratives : récits fragmentés, descriptions objectives et répétitives, dissolution du personnage, travail sur le temps et la mémoire.

Alain Robbe-Grillet a théorisé le mouvement dans Pour un nouveau roman (1963). Il défendait un roman débarrassé de la psychologie, de l’engagement et du symbolisme. Le roman devait se concentrer sur les choses elles-mêmes, sur le regard, sur la surface des objets. Attention : il n’y a pas de manifeste unique et collectif comme pour le surréalisme, mais plutôt une discussion critique autour de pratiques communes.

Le Nouveau Roman a suscité des débats violents. On l’a accusé de froideur, d’intellectualisme desséché, d’ennui. Mais ces romanciers ont ouvert des possibilités narratives immenses et ont influencé toute la littérature contemporaine.

L’Absurde (années 1940-1960)

Le théâtre de l’absurde désigne un courant dramatique apparu dans les années 1940-1950, principalement représenté par Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Arthur Adamov et Jean Genet. À distinguer de l’existentialisme, même si, comme on l’a vu pour Camus, les deux se chevauchent parfois.

Ces dramaturges ont cassé les conventions théâtrales : terminé, les intrigues cohérentes, personnages psychologiques, dialogues sensés. Leurs pièces montrent des personnages enfermés dans des situations absurdes, incapables de communiquer, prisonniers de rituels vides de sens.

En attendant Godot de Beckett (1953) en est l’exemple le plus célèbre : deux personnages attendent un certain Godot qui ne viendra jamais. Ils parlent sans se comprendre, répètent des gestes mécaniques, tuent le temps dans un décor désolé.

Ce théâtre exprime l’angoisse de l’homme moderne face à un monde sans Dieu, sans sens, sans repères après le marasme moral de la Seconde Guerre mondiale.

L’Oulipo (1960-)

L’Ouvroir de littérature potentielle, généralement désigné par son acronyme Oulipo, est un groupe de recherche littéraire fondé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain et poète Raymond Queneau.

L’Oulipo n’est pas un mouvement révolutionnaire au sens traditionnel, mais un groupe expérimental qui explore des contraintes formelles et mathématiques dans l’écriture. Leur but : découvrir de nouvelles potentialités du langage et moderniser l’expression à travers des jeux d’écriture.

L’Oulipo s’est fondé sur le principe que la contrainte provoque et incite à la recherche de solutions originales. Il faut déjouer les habitudes pour atteindre la nouveauté. Les membres fondateurs se plaisaient à se décrire comme des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ».

L’OuLiPo a défini ce qu’il n’était pas :

  • Ce n’est pas un mouvement littéraire
  • Ce n’est pas un séminaire scientifique
  • Ce n’est pas de la littérature aléatoire
  • Ses recherches sont naïves, artisanales et amusantes

Une fois par mois, les membres se réunissent pour réfléchir autour des notions de « contrainte », de « littérature potentielle », et produire de nouvelles structures destinées à encourager la création.

Parmi les œuvres les plus connues publiées par des oulipiens figurent Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau (un livre de sonnets interchangeables qui génère 10^14 poèmes possibles), La Vie mode d’emploi de Georges Perec (un roman-puzzle construit selon des contraintes mathématiques multiples), et Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino.

Le groupe existe toujours aujourd’hui et continue de produire des œuvres expérimentales.

L’Autofiction (1977-)

L’autofiction ou roman personnel est un genre littéraire au croisement du récit de la vie de l’auteur et du récit fictif. Ce n’est pas un mouvement avec une doctrine, mais une forme narrative qui a profondément influencé la littérature contemporaine.

« Autofiction » a été employé pour la première fois en 1977 par Serge Doubrovsky, critique littéraire et romancier, pour désigner son roman Fils. Un grand nombre d’auteurs d’autofiction ont élevé À la Recherche du temps perdu de Marcel Proust en mythe fondateur de ce genre littéraire.

L’autofiction se définit par un « pacte oxymoronique » : l’auteur, le narrateur et le personnage ont la même identité (comme dans l’autobiographie), mais tout peut être modifié, des noms des personnages aux lieux. La fidélité au réel passe au second plan au profit de la justesse du souvenir ou des objectifs de l’auteur. L’emploi d’une narration à la troisième personne du singulier est possible.

En passant par la fiction, l’auteur dit ce qu’il n’oserait pas avouer directement. Pour Doubrovsky, l’autofiction est une « fiction, d’événements et de faits strictement réels ». C’est l’outil d’une quête identitaire, souvent à travers la psychanalyse.

L’autofiction a connu en France une vogue considérable et reste une forme majeure de la littérature contemporaine, même si d’autres formes émergent (notamment l’exofiction : biographie romancée d’une personne réelle autre que l’auteur).

Parmi les auteurs majeurs d’autofiction : Serge Doubrovsky, Annie Ernaux (Prix Nobel 2022), Hervé Guibert, Marguerite Duras, Violette Leduc, Christine Angot, Chloé Delaume, Guillaume Dustan, Colette, Tove Ditlevsen.

Les mouvements secondaires 

Les 7 mouvements que je vais maintenant vous présenter nous viennent rarement en tête quand on pense au XXe siècle littéraire. Certains sont même contestés comme « mouvements» au sens strict. Mais ils éclairent des zones souvent ignorées du siècle.

Le Dadaïsme (1916-1924)

Le dadaïsme est né pendant la Première Guerre mondiale, d’abord en Suisse (Zurich, 1916), puis s’est développé à Paris et dans d’autres capitales européennes. C’est un mouvement pan-européen, mais sa branche française mérite attention. Ce mouvement a voulu détruire tous les codes de la littérature et de l’art. 

Ce mouvement a voulu détruire tous les codes de la littérature et de l’art. Vous avez bien lu :  détruire. Je vous propose un extrait du poème Froid jaune de Tristan Tzara, qui illustrera mieux le mouvement que mille explications :

nous allons nuages parmi les esquimaux
embellir la convalescence de nos pensées botaniques
sous les crépuscules tordus
ordure verdie vibrante
blanc

Si vous trouvez une cohérence logique et narrative à ce passage, ce n’était pas intentionnel. Une des intentions était de choquer, ridiculiser ce qu’on appelle le sens commun.

En France, parmi les dadaïstes, on retrouve trois figures bien connues : Louis Aragon, André Breton et Philippe Soupault. Dadaïstes avant de fonder le surréalisme, ils ont rejeté l’art traditionnel, disqualifié par les atrictés de la guerre. Ils admiraient Lautréamont, Alfred Jarry et Arthur Rimbaud, trois poètes qui avaient déjà dynamité les conventions.

Le dadaïsme prend fin en 1924 suite à un désaccord entre André Breton et Tristan Tzara. Breton veut structurer le mouvement et lui donner une doctrine. Tzara refuse : toute son approche repose sur le rejet de l’organisation. De cette rupture naît le surréalisme.

La Renaissance littéraire catholique (années 1920-1950)

Loin d’être un mouvement structuré avec un manifeste, la Renaissance littéraire catholique en France est, disons, un regroupement d’auteurs autour de thèmes religieux. Il prend forme dans les années 1910 avec des écrivains catholiques qui écrivent sous le regard de Dieu.

Leur contexte : une France qui s’est largement laïcisée, notamment avec la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905. Ces écrivains veulent participer à une reconquête religieuse du pays par la littérature et la pensée. Ils interviennent au moment où l’Affaire Dreyfus vient de créer une nouvelle figure : l’intellectuel qui intervient dans le débat public par ses écrits.

Ce courant produit des écrivains majeurs : Paul Claudel, François Mauriac, Georges Bernanos, Julien Green. Ils cherchent à exprimer leur foi à travers la littérature sans verser dans la morale religieuse simpliste. Leurs œuvres interrogent le péché, la grâce, le salut, la sainteté avec une profondeur littéraire qui va au-delà du simple témoignage de foi.

La Nouvelle Fiction (années 1980-1990)

En 1992, le critique Jean-Luc Moreau identifie un groupe d’écrivains français qui rejettent à la fois les formalismes littéraires et l’autobiographie. Ils veulent revenir au plaisir du récit, raconter des histoires qui mélangent réel et imaginaire Il les nomme la Nouvelle Fiction.

Les principaux noms : Frédérick Tristan (prix Goncourt 1983), Georges-Olivier Châteaureynaud (prix Renaudot 1982), Hubert Haddad, Marc Petit, Patrick Carré, Jean Levi, François Coupry, Francis Berthelot, Jean-Claude Bologne et Sylvain Jouty. Ces écrivains exagèrent volontairement l’irréel dans leurs récits.

Moreau insiste : il n’y a pas de théorie, pas de programme. Théoriser le mouvement aurait été le trahir. Il n’empêche que leur approche est assez facile à reconnaître. Frédérick Tristan parle de « tricher la fiction » : mélanger vraie et fausse érudition pour que le lecteur ne sache plus ce qui est historique et ce qui est inventé. Ces écrivains puisent dans les mythes et légendes du monde entier.

D’après Jean-Claude Bologne, membre du mouvement, beaucoup d’entre eux sont des érudits facétieux qui brouillent les pistes. Ils sont fascinés par l’Histoire et les mythes, et prennent plaisir à les détourner. 

L’École de Rochefort (1941-1964)

L’École de Rochefort est peu connue du grand public, mais c’est un regroupement significatif dans l’histoire de la poésie française. Créé en 1941, en pleine occupation allemande, ce mouvement s’inscrit d’abord dans une démarche de liberté d’expression individuelle, d’humanisme proche de la nature. Cela en réaction à la « poésie nationale » et traditionnelle prônée par le Gouvernement de Vichy.

René Guy Cadou parle de « Surromantisme » pour qualifier sa poésie mélancolique, pleine d’amour pour sa femme Hélène, les arbres, l’eau, la terre. Dans les années 1950, c’est contre les excès la poésie engagée que le mouvement proteste, à savoir les poètes de la résistance menés par Louis Aragon. 

En résumé, et comme l’a écrit Jean Bouhier, l’École de Rochefort toute forme d’intellectualisme pour une poésie du quotidien, de la simplicité.

Le mouvement reprend de la vigueur après la mort de René Guy Cadou en 1951 : les poètes s’installent à Paris et se réunissent chaque mercredi au restaurant de La Coupole. Au début des années 1960, le retrait de Jean Bouhier achève les « Amis de Rochefort », mais l’esprit du mouvement survit dans le manifeste « Poésie pour vivre – Manifeste de l’homme ordinaire » que Jean Breton et Serge Brindeau publient en 1964.

L’École fantaisiste (1912-1918)

L’École fantaisiste est un regroupement poétique mineur mais qui peut intéresser les férus d’Histoire. Elle a tenté de renouveler la poésie française en 1912, à une époque où Stéphane Mallarmé et les symbolistes dominaient encore. La visée ? Écrire une poésie plus légère, plus accessible, débarrassée du hermétisme symboliste.

Les principaux membres étaient Paul-Jean Toulet, Tristan Derème, Francis Carco, Tristan Klingsor et Jean Pellerin. Ils refusaient deux extrêmes : la poésie trop compliquée des symbolistes d’un côté, et de l’autre le prosaïsme – une poésie plate, trop banale.

La Première Guerre mondiale a mis fin rapidement au mouvement : après le conflit, les Français n’avaient plus d’appétit pour la fantaisie poétique. L’École fantaisiste a néanmoins préparé le terrain pour des génies lunatiques Jacques Prévert, Raymond Queneau et Boris Vian.

Que le mouvement n’ait duré que six ans n’enlève rien à la beauté des poèmes. Lorsque Toulet écrit : « Il y a des pluies de printemps délicieuses où le ciel a l’air de pleurer de joie. » il éveille une part de ma sensibilité. Idem  Carco : « Mieux qu’un jardin paisible aux arbres vermoulus, Je fume les ronciers épais de ma tristesse. » Et vous, que pensez-vous de ces poètes ?

Le Lettrisme (années 1940-1960)

Fondé en 1945 par le Roumain Isidore Isou, le lettrisme radicalise la déconstruction du langage : là où Tzara et ses compagnons détruisaient le sens des mots, Isou décompose les mots eux-mêmes jusqu’à la lettre isolée, jusqu’au son pur. Maurice Lemaître, Gabriel Pomerand, Gil Joseph Wolman et Jean-Louis Brau rejoignent le groupe et produisent les premières œuvres du mouvement.

Les poèmes lettristes ressemblent à des partitions composées de lettres, de signes typographiques, d’onomatopées. Par exemple, le poème « Neiges » (1947) fait entendre la neige qui tombe par des suites de sons comme « Khneï Khneï thnacapata thnacapata ». Le son crée directement la sensation.

En 1950, le mouvement invente l’hypergraphie : un style d’écriture romanesque où le texte en alphabet latin alterne avec des idéogrammes, des hiéroglyphes, des chiffres, des notes de musique, du morse, du braille. La page devient un espace de jeu visuel, on s’approche clairement du rébus ou de la bande dessinée. 

Le lettrisme a influencé l’art contemporain, notamment le mouvement Fluxus, et la poésie sonore. Quant au grand public, il n’a pas été sensible à son radicalisme, c’est le moins qu’on puisse dire. Il a trouvé son public ailleurs : chez les historiens de la littérature et les amateurs d’avant-garde.

Vous pouvez approfondir avec mes deux articles :

Le Post-humanisme (fin XXe siècle)

Plus qu’un mouvement littéraire français, le post-humanisme est un courant philosophique et culturel. Il pose des questions aujourd’hui brûlantes : notre rapport aux technologies, aux modifications génétiques, à l’immortalité, aux frontières entre l’humain, l’animal et la machine. Il s’est surtout développé dans la science-fiction anglo-saxonne.

Pourquoi en parler ici ? Parce qu’en France, Michel Houellebecq et Maurice Dantec ont fait l’événement à la fin du XXe siècle avec leurs visions post-humanistes.  Dans « Les Particules élémentaires », Houellebecq imagine l’extinction de l’humanité, remplacée par des clones. Dantec crée des mutants post-humains dotés de pouvoirs extra-sensoriels. Ces récits demandent : que signifie être humain quand la technologie modifie notre rapport au corps, à la mort, à la conscience ?

Pour aller plus loin, je vous invite à lire ce livre publié sous la direction de Mara Magda Maftei et Dominique Viart :  « Posthumanisme : les formes littéraires d’un nouveau Grand Récit ». Je l’ai moi-même ajouté à ma pile à lire, parce que le post-humanisme soulève des questions essentielles pour le XXIe siècle.

Les mouvements littéraires du 20e siècle : et maintenant ?

Vous avez maintenant 14 mouvements littéraires en tête : sept courants à connaître pour tenir une conversation sans paniquer :

  • surréalisme,
  • négritude,
  • existentialisme,
  • Nouveau Roman,
  • absurde,
  • Oulipo,
  • autofiction.

Et sept mouvements secondaires pour découvrir des pépites absolues et prendre la mesure de l’extraordinaire richesse de la littérature française du 20e :

  • dadaïsme,
  • renaissance catholique,
  • Nouvelle Fiction,
  • école de Rochefort,
  • école fantaisiste,
  • lettrisme, post-humanisme. 

Il m’a vraiment semblé important de dresser ce panorama en complément de mon article sur les auteurs du XXe.

C’est chose faite, et je suis contente d’avoir couvert cinq siècles de la littérature française pour vous. Il me reste le Moyen Âge à vous présenter, et j’ai hâte de m’y mettre.

En attendant, si vous avez aimé cet article, adorerez établir des connexions avec les autres siècles. Bonne exploration 👇

Quel est votre siècle préféré ? Et dans ce siècle, quel auteur ?

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