"La culture ne s'hérite pas. Elle se conquiert." — Je suis ravie de vous accueillir sur Mon Bagage Culturel ! Pour commencer, téléchargez votre test : 50 questions pour faire le point sur vos savoirs 🙂
Heureuse de vous revoir sur Mon Bagage Culturel ! Et si vous faisiez le point sur votre culture générale ? Je vous propose un test de 50 questions, pour repérer où vous en êtes… et identifier les prochaines étapes 🔥. Téléchargez-le ici, c’est gratuit:)
Comment Facebook, Youtube, Spotify et les autres plateformes numériques profitent-elles de nos capacités d’attention ? Pourquoi chaque seconde passée devant notre écran est-elle devenue l’Eldorado de la Big Tech ? Dans quelles mesures ce modèle économique abîme-t-il notre rapport au temps, à la connaissance, à la liberté individuelle, à la vie en société ?
Bienvenue dans le résumé de l’essai La civilisation du poisson rouge : Petit traité sur le marché de l’attention de Bruno Patino, publié chez Grasset en 2019.
Le livre a été publié en 2019, avant deux événements planétaires :
- mars 2020 : le COVID-19 qui a aggravé notre dépendance aux écrans
- novembre 2022 : la démocratisation de l’intelligence artificielle générative qui transforme le poisson rouge décrit par Bruno Patino en anémone de mer, de moins en moins capable de penser et de créer par elle-même.
Pour creuser ça : IA consciente : l’IA finira-t-elle par penser par elle-même ?)
Malgré ces deux bouleversements, La civilisation du poisson rouge reste d’actualité. Dans un style percutant, il expose un système qui pèse plus que jamais sur nos usages numériques, sous des formes encore plus puissantes.
Table des matières
Chapitre 1 – 9 secondes
Bruno Patino commence par rappeler que le temps d’attention est devenu un enjeu central dans l’économie numérique. Google le mesure avec précision : en moyenne, nous sommes capables de seulement 8 à 9 secondes d’attention, soit autant qu’un poisson rouge.
Pour capter un public aussi volatil, les plateformes construisent des interfaces qui retiennent l’utilisateur. Pour les faire revenir, elles exploitent nos données personnelles. Et pour sélectionner les contenus les plus efficaces afin de nous garder connectés, elles perfectionnent leurs algorithmes .
Une étude parue dans le Journal of Social and Clinical Psychology (2018) montre qu’au-delà de 30 minutes par jour sur les réseaux sociaux, la santé mentale se dégrade.
Patino avertit : l’attention est devenue une marchandise. Cette logique crée des comportements addictifs et fragilise nos repères sociaux, culturels et cognitifs. La qualité de l’information passe au second plan, remplacée par une économie qui valorise avant tout le temps passé en ligne.
Chapitre 2 – Addictions
Bruno Patino analyse les comportements compulsifs liés à l’usage des écrans et des smartphones. Il décrit comment les utilisateurs réagissent à l’attirance magnétique de leur appareil.
La première de ces envies, la plus importante, la plus constante, consiste […] à déclencher, d’un index fébrile, le parcours initiatique du connecté maladivement inquiet : commencer par les messages, sms ou imessages, vite. Puis basculer sur Twitter (ou Instagram, Tiktok, Facebook…) d’abord la Timeline, ensuite les mentions. »
Les statistiques confirment une augmentation alarmante du temps passé devant les écrans. En 2016, le temps moyen quotidien sur smartphone a doublé dans plusieurs pays : 4h48 au Brésil, 3h en Chine, 2h37 aux États-Unis et 1h32 en France.
Patino s’appuie sur des études en psychologie comportementale pour expliquer les mécanismes de servitude psychologique, notamment l’effet de récompense aléatoire observé dans les jeux de hasard. Les plateformes numériques reprennent ces principes pour transformer l’habitude en addiction.
Cette addiction repose sur plusieurs leviers :
- Une dépendance à la dopamine, déclenchée par des systèmes de récompense aléatoire.
- Des interfaces pensées pour maximiser l’engagement, calquées sur les ressorts des jeux de hasard.
- L’exploitation de nos fragilités psychologiques, pour maintenir la connexion.
- Des symptômes sociaux visibles, comme la nomophobie (peur d’être sans téléphone) et le phubbing (ignorer son entourage pour regarder son écran).
Chapitre 3 – Utopie
Patino revient sur l’état d’esprit des pionniers de la Silicon Valley. Leur conviction était que la technologie apportait un progrès social et politique inévitable. Cette vision repose sur trois idées simples :
la technologie garantit la liberté individuelle,
si des dérives apparaissent, elles viennent d’acteurs malveillants,
les solutions seront toujours technologiques, jamais politiques.
Il cite John Perry Barlow, auteur en 1996 de la Déclaration d’indépendance du cyberespace, un texte qui imaginait un Internet libre, sans contrôle des États. Cette vision libertaire a marqué la construction du Web.
(Pour la Silicon Valley), la technologie est intrinsèquement bonne car elle permet à la liberté de se déployer ; elle peut être pervertie par des groupes malveillants ; et, dans ce cas, les solutions sont forcément technologiques et ne sauraient être politiques
Or, selon Bruno Patino, l’hypercentralisation des plateformes numériques, comme Google et Facebook, contredit la promesse d’un espace ouvert. Ces entreprises dominent l’économie numérique et exploitent les faiblesses psychologiques des utilisateurs pour maximiser leur attention – et leurs profits.
Patino montre que ce décalage entre utopie et réalité crée une tension profonde. Elle entraîne une crise politique, sociale et économique, qui interroge la place du numérique dans nos sociétés.
Chapitre 4 -Repentance
Au fil du temps, les pionniers de la Silicon Valley se retrouvent aujourd’hui à dénoncer les conséquences de leurs inventions. Beaucoup, comme Sean Parker, ex-dirigeant de Facebook, expriment leur inquiétude :
Dieu seul sait ce que nous sommes en train de faire avec le cerveau de nos enfants .
Autre repenti, Tristan Harris, ancien employé de Google, affirme que l’objectif des géants technologiques est de rendre les utilisateurs dépendants en profitant de leur vulnérabilité psychologique.
Face à ces dérives, certains acteurs lancent des initiatives pour une technologie plus humaine, comme le Time Well Spent devenu le Center for Humane Technology. Tim Berners-Lee, créateur du Web, est passé aux aveux :
Nous savons désormais que le Web a échoué. Il devait servir l’humanité, c’est raté. La centralisation accrue du Web a fini par produire un phénomène émergent de grande ampleur qui attaque l’humanité entière.
Mais Patino signale que ceux qui regrettent la domination ces technologies doivent maintenant faire face à deux défis essentiels :
- comprendre les mécanismes d’emprise pour mieux s’en protéger
- inventer des usages numériques qui respectent la liberté individuelle et le bien commun.
- Refuser le fatalisme et lutter pour un réseau mondial tourné vers l’échange et le partage.
Chapitre 5 – La matrice
Ce chapitre commence avec la présentation du Persuasive Technology Lab, de l’université de Stanford, créé en 1998. L’objectif ? Étudier l’impact des outils numériques sur nos comportements. Il a été ainsi démontré que certaines interfaces modifient nos pensées, en agissant directement sur notre attention et nos émotions. Cette science porte un nom : la captologie. Elle observe notamment les adolescents qui sont très sensibles à la compétition et à la validation sociale.
Les algorithmes et les interfaces exploitent trois leviers essentiels :
- la motivation,
- la capacité à agir,
- et les déclencheurs qui provoquent le comportement voulu.
Ces technologies aussi des effets psychologiques connus. L’un des plus puissants est l’effet Zeigarnik : lorsqu’une tâche reste inachevée, elle crée une tension qui pousse à revenir pour la terminer.
Le design d’expérience utilisateur, ou UX Design, sert à rendre un service agréable et engageant. Mais il peut aussi intégrer des dark patterns : des méthodes qui orientent les choix des utilisateurs à leur insu.
Dans le même temps, le numérique permet à des milliards de personnes de diffuser des textes, images instantanément. Le sociologue Hartmut Rosa parle d’accélération sociale : tout va toujours plus vite, à tous les niveaux (rythmes de vie, innovation, vitesse d’exécution des tâches, événements..), et les moments de répit se font chaque jour plus rares.
Pour Bruno Patino, cette ressource précieuse qu’est devenu notre temps libre est exploitée comme une mine à ciel ouvert. Les notifications s’enchaînent, parfois pour signaler qu’il ne se passe rien, uniquement pour retenir l’attention.
Chapitre 6 – L’aiguillage
En 2008, Zuckerberg recrute Sheryl Sandberg, venue de Google, pour organiser la publicité ciblée. Dix ans plus tard, Google et Facebook captent 75 à 80 % des recettes publicitaires en ligne. Chez Facebook, 98 % des revenus viennent de la publicité ciblée.
Selon Bruno Patino, alors que le marché publicitaire classique arrive à saturation, les plateformes ciblent des créneaux du quotidien : trajets, files d’attente, pauses. Ces instants courts deviennent une ressource facile à capter pour les GAFAM qui connaissent le profil et les habitudes de leurs utilisateurs.
Le philosophe et spécialiste des médias Yves Citton a listé les quatre formes d’attention exploitées par les algorithmes. Bruno Patino les présente comme les quatre leviers imparables que publicitaires et plateformes déploient pour monétiser notre temps de cerveau disponible :
L’attention captive : les messages et alertes qui surgissent sans prévenir.
L’attention attractive : les récompenses comme les likes, commentaires et autres marques de validation.
L’attention volontaire : les contenus que l’on choisit de consulter, qu’ils soient sérieux, choquants ou divertissants.
L’attention aversive : la peur de manquer quelque chose, ou FoMO.
En fin de chapitre, Patino évoque le parallèle que l’universitaire américaine Shoshana Zuboff établit entre le capitalisme industriel et le capitalisme numérique. Alors que le premier repose sur l’extraction des ressources naturelles, le second exploite avec la même intensité nos données personnelles et comportementales, sans contrat ni souci du bien commun.
Et parce que la répétition est la mère des études, Patino ferme ce chapitre sur la métaphore de la mine à ciel ouvert : nous sommes des gisements que les outils numériques forent à chacune de nos utilisations.
Chapitre 7 – Un jour sans fin
Patino explique que nos journées ne durent plus 24 heures mais 34. La règle monastique de Saint Benoît prévoyait trois temps distincts : un temps pour le sommeil, un temps pour le travail et un temps pour la vie intellectuelle ou sociale. Cette séparation a disparu. Le modèle économique de l’attention pousse à passer toujours plus de temps devant les écrans.
En 2018, les Américains passaient plus de 12 heures par jour devant un écran, soit la moitié de leur vie éveillée. Patino cite une enquête du Wall Street Journal : l’algorithme de YouTube proposait à chaque étape une vidéo plus intense que la précédente. Dans le domaine politique et social, cette logique mène vite à des contenus extrémistes. Patino parle de “règle des trois clics” : peu importe le sujet de départ, le quatrième clic peut mener à un discours complotiste.
Bruno enchaîne sur l’impatience généralisée des utilisateurs. Cette impatience a bousculé la façon de créer. Sur Facebook, 30 % quittent une vidéo avant la quatrième seconde. Les musiciens doivent capter l’oreille dès les 11 premières secondes pour que l’écoute soit comptée sur Deezer ou Spotify. Netflix prévoit assez de rebondissements pour nous rendre irrémédiablement accro dès le quatrième épisode.
Cette logique touche aussi la lecture. Pour s’adapter aux nouveaux rythmes, certains livres reprennent les codes narratifs des séries : chapitres plus courts, cliffhangers, rythme soutenu. Mais malgré ces ajustements, le temps que les jeunes consacrent à la lecture continue de baisser.
Bruno ferme ce chapitre en disant que l’exploitation de nos données par les plateformes nous prive du temps qui devrait nous servir à désirer, à réfléchir, lire ou construire des projets.
La disruption est ce qui va plus vite que la volonté, individuelle aussi bien que collective, pour reprendre la formule de Bernard Stiegler. Le temps qui nous a été volé est celui du manque, et donc du désir. Celui de l’amour, de l’autre, et de l’absolu.
Chapitre 8 – Trop de réels tuent le réel
Patino amorce ce nouveau chapitre avec un canular en ligne qui se serait produit en 2018 dans un Ikea d’Atlanta. Des flèches disposées dans le magasin auraient piégé les clients dans un labyrinthe. L’histoire a été exagérée, puis relayée massivement sur les réseaux sociaux. Cette histoire renvoie à la façon dont les algorithmes flèchent le parcours des utilisateurs, sans que ces derniers ne s’en aperçoivent.
Sur les plateformes de streaming, les playlists proposées à chaque utilisateur diffusent surtout des titres que cet utilisateur a déjà écoutés, ou très proches de ceux qu’il écoute d’habitude. L’objectif est de maintenir l’auditeur dans un cadre familier, sans surprise. Conséquence : notre horizon se réduit à ce qui nous entoure. De ce fait, les artistes ont du mal à atteindre des publics au-delà de leurs abonnés. Pour vivre une expérience commune, il faut être physiquement au même endroit et écouter la même musique.
Patino élargit le sujet avec la notion de “bulle de filtrage”. Ce concept d’Eli Pariser explique un mécanisme redoutable : la personnalisation des contenus par les algorithmes. Elle enferme chaque utilisateur dans une vision tronquée du monde. Cette idée rejoint la théorie de l’Umwelt (environnement en anglais) de Jakob von Uexküll : dans le règne animal, chaque espèce perçoit la réalité différemment de toutes les autres, en fonction de ses besoins pour survivre. De même, les réseaux sociaux multiplient les réalités séparées et affaiblit la solidarité collective.
Philip K. Dick et Neil Postman avaient anticipé le risque d’une réalité saturée de contenus fabriqués. Patino souligne que ce flux constant est organisé par une économie prédatrice.
Nous sommes les acteurs de notre propre propagande
Enfin, Patino révèle que 40 % des contenus publiés sur Internet est créée par des robots ou des “usines à clics”. Cette activité artificielle gonfle les chiffres d’audience et fragilise l’économie de l’attention. Les spécialistes du cerveau appelle l’inversion le moment où l’activité humaine sera devenue tellement minoritaire que les machines la considérera comme déviante par rapport aux productions des machines.
Le capitalisme de l’attention (…) n’est pas stable. La machine s’est emballée, et commence à produire les signes de son propre effondrement. La fabrique de réalités individuelles a produit un empire du faux.
Le chapitre se ferme sur l’opinion de Max Read, selon qui l’effondrement de ce modèle de prédation humaine est une sortie possible hors du capitalisme de l’attention.
Chapitre 9 – Le kaléidoscope asymétrique
Ce chapitre est particulièrement dense, agréable à lire et passionnant. Bruno Patino convoque Orson Welles et la Guerre des mondes de H.G. Wells, G, Rashomon d’Akira Kurosawa, William Faulkner, X-Files, Au frontières du rèel, ou encore la série Mad Men, pour montrer comment la multiplication des voix :
- fragilise la vérité,
- sape les débats publics,
- et nourrit un empire des croyances.
Sur Internet, un seul message peut se répandre très vite et créer des bulles d’informations fermées. Patino l’appelle le patient zéro. Ces bulles confirment les opinions de chacun et ferment le débat.
Les algorithmes verrouillent nos horizons en personnalisant les contenus à l’extrême, selon les goûts personnels des internautes, sans que ces derniers ne croisent aucun message contraire à leur conviction. C’est pourquoi la Rand Corporation parle de truth decay : plus les voix et les interprétations se multiplient, plus la vérité pâlit.
Bruno Patino s’appuie sur la distinction que Hannah Arendt fait entre la vérité scientifique, stable et démontrable, de la vérité de fait, plus fragile. Il renvoie aussi à Jean-François Fogel, pour qui la vérité politique se construit dans le dialogue. C’est bien ce qu’illustre le film Rashomon, qui présente plusieurs versions crédibles et contradictoires d’un même événement.
Patino introduit ensuite la notion très intéressante d’économie du doute. Il explique que la publication des pseudo-vérités est devenue plus rentable que la diffusion de la vérité. D’abord parce que produire du vraisemblable coûte moins cher que de rechercher la vérité. Ensuite parce que les infos douteuses étant virales, les plateformes les laisse passer au nom de la liberté d’expression.
Le doute questionne, fait réagir, provoque un choc émotionnel, qui pousse plus à l’action numérique qu’à une réflexion posée.
Enfin, ceux qui paient le plus cher dominent le web en sponsorisant leurs contenus, et ne se privent pas de propager des fake news.
De l’économie du doute, Patino passe à sa conséquence directe : l’empire de la croyance. Au sein de cet empire, le public aime être trompé, du moment qu’il est diverti ou conforté dans leurs attentes. Patino prend pour exemple les travaux de Naomi Oreskes et Erik Conway, qui expliquent comment l’industrie du tabac a brouillé la vérité scientifique avec le doute.
Patino consacre ensuite quelques lignes amusantes sur les corrélations absurdes et les associations d’idées fausses qui permettent de « prouver » tout et son contraire. C’est le prix à payer d’un réseau faussement égalitaire, renforcé par les biais cognitifs. Parmi ces biais cognitifs, Patino évoque :
- Le biais de confirmation pousse chacun à chercher ce qu’il veut croire.
- Le biais de représentativité donne l’illusion qu’une idée est vraie partout.
- L’effet Dunning-Kruger explique que les plus ignorants ont souvent la plus grande confiance.
- La loi de Poe, qui montre que la parodie est souvent prise au sérieux, ce qui complique la compréhension encore plus.
Les algorithmes de recommandation connectent les complotistes entre eux.
C’est ainsi que le mouvement QAnon a diffusé des théories conspirationnistes qui, ironie du sort, étaient au départ un canular des opposants de Donald Trump.
Pour finir, Patino évoque la nouvelle de Borges, « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius ». Dans ce récit, une société secrète invente un monde imaginaire qui finit par devenir réel pour ceux qui y croient. Patino montre ainsi comment, à l’ère numérique, chacun construit sa propre vérité et s’imagine que le reste du monde partage cette vérité.
Chapitre 10 – Le combat inégal de l’information
Bruno Patino ouvre ce chapitre sur L’Homme qui tua Liberty Valance, film réalisé par John Ford en 1962. La scène analysée ? Des journalistes décident d’un commun accord de ne pas imprimer la vérité sur le meurtre d’un bandit. Pour Patino, ce choix maintient la légende de la victoire d’un futur sénateur (le droit) contre la force brute et du même coup, de la naissance de l’État de droit aux États-Unis.
This is the West. When the legend becomes fact, print the legend
Selon Patino, cette scène illustre bien le début du règne des médias tranditionnels : avant l’ère du web, ils filtraient les informations et garantissaient leur fiabilité aux yeux du public. Ce gatekeeping était réservé à un petit nombre de professionnels qui, de fait, étaient seuls à décider des sujets dignes d’être traités (l’agenda setting).
Avec les réseaux sociaux, la presse perd ce contrôle. Accusée d’être sous l’influences des politiques et des industriels, son rôle de gatekeeping passe pour de la censure déguisée. Aujourd’hui, l’agenda setting reflète surtout les préoccupations des journalistes.
L’expertise est à présent perçue comme la forme la plus pernicieuse et la plus aboutie de la domination
Marc Lazar
Selon Bruno Patino, en multipliant les sources d’information et d’opinion, l’économie de l’attention crée un brouhaha où tout se mélange : faits, avis, mensonges et enquêtes, difficile de faire le distingo.
Patino identifie plusieurs perturbateurs : les agents de désinformation, les publicités trompeuses, les complotistes, ainsi que les robots qui manipulent les discussions. Et, parce que les fausses infos noient les contenus vérifiés, le monde entre dans une ère de chaos, celle de la post-information.
Le chapitre détaille ensuite quelques mesures contre cet état de fait, comme la suppression des faux comptes ou la modération des contenus dangereux. Mais, selon Patino, les effets sont limités pour une raison simple :
Le chaos éditorial masque, en fait, un ordre économique.
Patino rappelle que le numérique n’a fait qu’amplifier la cacophonie des émissions de radio et les outrances de Fox News qui rendent l’information dite « sérieuse » intrinsèquement inaudible. L’auteur s’attarde à nouveau sur l’algorithme de Facebook et son cocktail mathématique qui hiérarchise les contenus pour chaque profil. Début 2018, Mark Zuckerberg a assumé donner la priorité aux contenus viraux, ceux qui déclenchent des réactions et des partages. Il en résulte deux mondes séparés : celui des médias et celui des réseaux sociaux.
L’arena passionnelle et ouverte à tous les réseaux menace d’assécher l’agora raisonnée des médias journalistiques dans sa capacité à percevoir l’ensemble de ce qui se joue dans la société.
Chapitre 11 – Combattre et guérir
Bruno Patino ouvre ce chapitre en affirmant que l’apocalypse numérique est encore loin. Il met au conditionnel le récit d’une prise de pouvoir par des géants comme Google et Facebook, et leur capacité « volontairement ou non » à influencer des élections et à dialoguer avec les États comme des puissances souveraines.
Puis il évoque les recherches transhumanistes qui sont portées notamment par Ray Kurzweil, directeur de la Singularity University à Google. Les transhumanistes se fondent sur les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) pour permettre aux individus de dépasser la condition humaine en surmontant maladie, vieillesse et… mort.
Juste après, Bruno Patino rappelle le lien entre transhumanisme et Intelligence artificielle, avant de démystifier les machine learning. Pour rappel, son livre a été publié en 2020, où l’IA révolutionnait déjà discrètement l’économie en bousculant les emplois et l’industrie, mais qui montrait des limites. Vous n’êtes pas sans savoir que ces limites ont été largement dépassées ces dernière années. Ce qui donne à ce chapitre un air de naïveté désarmante.
Et Bruno Patino de prendre pour preuve les internautes qui réussissaient à tromper les systèmes de reconnaissance faciale, ou encore une chaîne hôtelière japonaise qui a été obligée de fermer ses établissements tenus par des robots, parce qu’ils fallait trop de ressources humaines pour corriger leurs erreurs.
De ce fait, Patino tourne en dérision les prédictions de Ray Kurzweil ou les avertissements d’Henry Kissinger. Le premier pressent que des super-ordinateurs en réseau dépasseront l’intelligence humaine dès 2045, ce qui entraînera la réalisation de nos dystopies préférées (Terminator, Matrix, I, Robot, Blade runner…). De son côté, Henry Kissinger met en garde contre les risques d’intelligences artificielles autonomes qui pourraient agir contre les valeurs humaines.
Pour un état des lieux sur le robots androïdes : Robots du futur : ils arrivent plus vite que vous ne l’imaginez
Si Patino minimise ces prophéties, c’est pour appuyer un message d’espoir :
Accepter la doxa d’une toute-puissance actuelle des plates-formes, leur reconnaître une capacité à écrire un futur transhumaniste condamne à l’immobilité, et masque le combat à mener
Patino rappelle que ces entreprises qui nous isolent dans nos bulles nous donnent aussi accès à leurs antidotes : l’information, le partage, la démocratie participative. Il appelle ainsi à un nouvel humanisme numérique qui renonce aux fictions transhumanistes pour une vision plus humaine.
Il propose quatre combats et quatre mesures concrètes. Les combats :
- Imposer une régulation réelle, rapide et coordonnée au niveau national et international.
- Limiter la captation de l’attention, notamment le brain hacking et imposer des règles pour réduire les contenus qui exploitent la colère ou l’émotion. Lutter contre le dark design, qui crée des usages addictifs. Séparer la publicité de l’information.
- Modifier le cadre juridique des plateformes et abandonner le modèle américain qui dégage les hébergeurs de toute responsabilité.
- Préserver la liberté numérique via une modération consciente, des règles simples, des zones sans connexion, et la création d’espaces sans technologie, comme certaines écoles.
Et voici ce que Patino appelle les « quatre ordonnances », ou mesures à prendre :
- Sanctuariser : créer des zones sans connexion
- Préserver : instituer de vrais moments de déconnexion
- Expliquer : enseigner le fonctionnement et les méfaits des réseaux sociaux à l’école
- Ralentir : reconquérir des moments de silence, de lecture, d’information et de conversation
Enfin, Patino évoque la conférence de Sheryl Sandberg, alors directrice de Facebook, en janvier 2019 à Munich. Tout en reconnaissant spectaculairement les erreurs de Facebook, et en annonçant des mesures contre la désinformation, elle refuse de remettre en cause son modèle économique fondé sur la publicité ciblée.
Ce modèle est amendable. Mais il faut s’y mettre. De toute urgence.
Patino conclut en proposant une voie possible entre un Internet totalement libre, désordonné, et un Internet surveillé et contrôlé comme une prison. Cette voie, c’est la vie en société. Le livre se termine sur cette phrase :
Mais nous ne pouvons laisser à ces plates-formes le soin de l’organiser seules, si nous souhaitons qu’elle ne soit pas peuplée d’humains au regard hypnotique qui, enchaînés à leurs écrans, ne savent plus regarde vers le haut.
Ce que je retiens de La Civilisation du poisson rouge de Bruno Patino
Comme je l’ai dit en introduction, 5 ans séparent cette chronique de la publication du livre. J’en avais beaucoup (beaucoup) entendu parler avant de le placer enfin au sommet de ma pile à lire. Et je peux dire que je ne suis pas déçue. Bruno Patino a écrit noir sur blanc les intuitions désagréables qui m’ont poussée à créer ce blog. À savoir, la convergence entre la technologie et l’économie numériques (incluant Netflix) pour aspirer mon temps et mon attention. Page après page, j’ai réalisé que l’addiction aux pixels n’est pas un accident, pas plus que l’addiction aux drogues dures. C’est une dépendance qui résulte d’une stratégie pensée par les GAFAM.
Quelques enseignements à retenir :
⚠️ La captologie exploite nos mécanismes mentaux pour nous garder scotchés à nos smartphones.
⚠️ Les données personnelles servent à nous attirer, à nous fidéliser et à nous voler le peu de temps libre que la vie moderne nous concède.
⚠️ Le temps est devenu une ressource rare et précieuse, transformé en produit monétisable.
⚠️Patino alerte sur la destruction progressive de nos repères sociaux, culturels et intellectuels.
⚠️Il n’est pas trop tard pour reprendre le contrôle, au moins à titre individuel, de notre usage du numérique.
Ce que j’en ai pensé
J’ai été effarée par la naïveté de Bruno Patino sur certains points (naïveté qui était la nôtre, à l’époque). La façon dont le livre tempère les mises en garde sur la puissance des GAFAM, ou encore le regard serein qu’il pose sur les « limites » de l’IA ont de quoi inquiéter. Notamment lorsqu’il écirt :
Le rythme de l’évolution des algorithmes ne s’apparente encore nullement à un emballement qui serait hors de contrôle. Avant de remplacer l’humanité, l’I.A. doit réussir à effectuer des tâches complexes et appréhender des problématiques à multiples dimensions.
… je ne peux m’empêcher de me demander jusqu’à quel point nous sommes aujourd’hui naïfs sur notre avenir. Et quelles disruptions encore inimaginables aujourd’hui vont nous cueillir à froid dans 5 ans.
Pourquoi (re)lire La civilisation du poisson rouge en 2025 ?

Depuis toujours, le temps est la seule monnaie que nous dépensons sans consulter notre solde. Bruno Patino nous donne toutes les raisons d’en reprendre le contrôle. La principale raison étant que l’économie de l’attention est une économie prédatrice qui fait main basse sur notre temps libre (mais aussi nos heures de travail dispersées, multitâches…), au mépris de notre bien-être intellectuel, social, et… au détriment de la démocratie.
Avez-vous lu les saisons 2 et 3 ?
Car, oui, Bruno Patino continue son exploration du monde numérique avec Tempête dans le bocal – La nouvelle civilisation du poisson rouge (2022), puis Submersion (2023) Je précise que je ne les ai pas lus ; ce qui suit vient des informations glanées sur Internet.
Tempête dans le bocal décrit comment les plateformes numériques ont encore renforcé leur présence dans nos vies. Patino s’interroge sur ce que cela change dans notre manière de communiquer, de travailler et de nous organiser.
Selon lui, la déconnexion totale n’est pas une solution. Il propose plutôt d’apprendre à résister autrement : changer nos façons de faire, inventer des rituels, déjouer l’IA, et surtout s’accorder du temps hors écran.
Concernant Submersion, je vous laisse avec un extrait de la quatrième de couverture :
Nous habitons le réseau dans l’illusion de la toute-puissance. Nous pensons avoir accès à un choix illimité : musique, films, séries télévisées, livres, actualités et rencontres. Mais le calcul est notre maître ; la fatigue, l’abandon, la fuite et la perte du collectif notre quotidien. L’attente a disparu, et avec elle le manque, et avec lui le désir et le rêve. Nous voici submergés, privés de liberté, réduits à nos données : une vie numérique.
Tout a-t-il été écrit ? Une apocalypse programmée par les créateurs – scénaristes, chercheurs et entrepreneurs ? Si la fin des temps est le produit de notre imaginaire, peut-être pouvons-nous encore en changer le cours.
Je serais intéressée de savoir, si vous l’avez lu, ce que vous en avez pensé. Racontez-moi tout en commentaire !
Quelques mots sur Bruno Patino
Bruno Patino, né en 1965, est vice-président d’ARTE GEIE et président d’ARTE France. Il a précédemment dirigé France Culture, piloté le développement numérique de France Télévisions, et présidé le conseil d’administration de Télérama.
Diplômé de Sciences Po et de l’ESSEC, il détient aussi un master de l’université Johns Hopkins ainsi qu’un doctorat en sciences politiques. Il enseigne à Sciences Po, où il a dirigé l’école de journalisme pendant plus de dix ans.





Il y a vraiment beaucoup de questionnements à avoir au sujet des réseaux sociaux. D’ailleurs, je fais des pauses de quelques jours de temps en temps. Idéalement, j’aimerais m’en retirer… mais ce serait aussi me priver d’une certaine forme de vie sociale. Parce qu’il faut bien se le dire : quand on est entrepreneur·e du web, les contacts humains se font déjà rares. Les réseaux deviennent presque un passage obligé pour rester visible et se faire connaître.
Purée, ton article est vraiment percutant ! Il met bien en lumière le fléau des écrans et toutes les conséquences qui en découlent…. c’est quand même assez inquiétant tout ça. Ça m’a donné très envie de lire ce livre pour creuser le sujet. Merci pour ce partage !
Avec plaisir Asma. Ravie si je t’ai donné envie de lire le livre, il est agréable à lire et plein d’infos édifiantes.
Tu mets le doigt sur un des noeuds du problème ! Au-delà même de l’obligation d’avoir une audience numérique pour les entreprises, les réseaux sociaux jouent bel et bien leur rôle de mise en lien. Je suis persuadée que beaucoup d’entrepreneurs se posent les mêmes questions : il y a peut-être moyen de mutualiser nos réflextions ! Je t’admire de pouvoir déconnecter plusieurs jours, je vais tester à l’occasion 🙏
Merci pour cet article. La réalité que tu décris fait vraiment peur, et en même temps je me rends compte que j’y contribue aussi. Je sais que je perds du temps sur les réseaux, mais c’est difficile de résister… Ton texte me rappelle à quel point il est important de reprendre un peu de contrôle sur tout ça.
Merci Aurélia, pour ta lecture active. Prendre conscience du souci, c’est faire un pas vers sa résolution 😉
Woow, l’humain a la même attention qu’un poisson rouge !
Sérieusement, j’ai envie de pleurer ! Mais je le constate aussi autour de moi.
Il y a une addiction réelle aux réseaux sociaux mais même si certaines personnes en ont conscience, elles ne se résolvent pas à arrêter ou réduire leur consommation.
Pour cette raison, je me fais le fer de lance et protègerai mes filles aussi longtemps que possible. Facebook a commencé lorsque je terminais le lycée… Nous n’avons jamais connu les réseaux sociaux enfants et nous ne connaissons pas encore les conséquences à long terme de leur utilisation (même si l’on a déjà une vague idée).
J’ai écouté une interview très riche d’une ex-agent de la CIA récemment. Elle explique que si tu n’es pas à l’aise à l’idée de laisser ton enfant seul dans Times Square, tu ne dois pas lui laisser un smartphone dans la main, car ça revient à la même chose !
Mais oui, et sans vouloir ajouter à ta tristesse, et pour faire écho à ce que tu dis sur les effets des réseaux sociaux sur les enfants, voici l’addendum du livre de Bruno Patino : « Selon l’Association française du poisson rouge (elle existe), le poisson rouge est fait pour vivre « en bande », entre vingt et trente ans, et peut atteindre 20 centimètres. Le bocal a atrophié l’espèce, en a accéléré la mortalité et détruit la sociabilité »…
Je n’ai pas (encore) lu Bruno Patino. Merci, donc, pour cet article détaillé !
En complément, on peut rappeler cette fameuse citation de Marshall McLuhan, philosophe des médias canadien : « en réalité et en pratique, le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu ou sur la société dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie. » (Understanding Media : The extensions of man (Pour comprendre les médias), 1964).
Il est « amusant » de se dire que la société du spectacle — pour et par tou·te·s — de Debord a rapidement supplanté le quart d’heure de gloire de Warhol.
On a tous conscience de la désinformation ambiante — elle a toujours été là, comme l’illustre le chapitre 10. Mais quiconque est en mal de sensations fortes peut configurer une veille technologique sur quelques mots clés pour découvrir l’abîme qui se dérobe sous nos pieds. C’est vertigineux.
Merci Certaldo pour ton commentaire pour le moins… vertigineux par sa densité et sa pertinence ! Concernant le changement d’échelle, j’ai du coup été voir les stats : plus de 50 millions de Français utilisent les réseaux sociaux, soit trois Français sur quatre. A ce tarif, il est clair que l’événement principal est devenu l’effet des RS sur nous. Et tu me donnes envie de me pencher sur la désinformation comme sujet d’article, à savoir l’océan de contenus trompeurs, manipulés ou extrêmes que les flux RSS pourraient faire remonter avec les bons mots-clés. Même si « envie » n’est pas le bon terme 😂
Je découvre à la lecture de ton passionnant article la règle des 11 premières secondes dont disposent les musiciens pour capter l’oreille des auditeurs. Une fois de plus, la lecture de ton blog offre un trésor de connaissance et de découvertes !
J’essaie, j’essaie 😉 Mille mercis pour ton soutien Denis. J’ai hâte de lire tes conseils pour hacker cette règle qui aurait recalé « Space oddity » de Bowie ou « Là-bas » de Goldman ! D’ailleurs en cherchant ces références, je me suis rendu compte que dans la plupart des chansons, même avant Internet, la voix intervient justement autour de la 11e seconde (genre à la quatrième mesure ?)😮
Merci pour cet article lucide et inquiétant. Nous connaissons hélas tous des « victimes » d’algorithmes, et sans doute en faisons-nous nous-mêmes partie ! Quant à l’indispensable question de la régulation, elle se confronte aux intérêts mercantiles et à la volonté de manipulation d’individus avides de pouvoir… Le poisson a du pain sur la plancha !
Avec plaisir Denis & Aurélie. Difficile, je pense, d’échapper aux algorithmes. La Quadrature du net donne des billes pour mesurer l’étendue du phénomène : https://www.laquadrature.net/demande-ton-score/… et commencer à identifier les instances « David » qui luttent contre Goliath.
Merci pour ce partage est cette analyse. Ce livre est vraiment un signal d’alarme documenté sur un phénomène qui pourrait anéantir l’humanité. C’est aussi un appel précieux et salutaire à se réveiller individuellement et collectivement. Pour résister et pourquoi pas proposer des modèles sociaux alternatifs, basés sur la solidarité et le soutien mutuel pour contribuer positivement au monde et à nos proches.
Merci pour ton commentaire Philippe. Le livre se voulait prophétique et s’est trouvé largement dépassé par le réel, mais il reste d’actualité. Il serait temps maintenant, tu as raison, de réfléchir à des modèles sociaux alternatifs, de rêver pour, au lieu de simplement lutter contre…
Cet article tombe à pique, au moment où je décide de réduire mon temps d’écran et notamment le temps passé sur les réseaux sociaux. Le pire est que même les créateurs reconnaissent l’impact de leurs technologies sur l’être humain.
Je ne connaissais pas ce livre, mais cet article en est un résumé très complet. Merci beaucoup
Bravo pour ta décision Pauline. Comme toi, le chapitre « Repentance » m’a fait tomber de ma chaise : les créateurs placent leurs enfants dans des écoles non connectées et leur interdisent d’utiliser les réseaux sociaux. On ne peut pas être plus clair sur la nocivité de leurs inventions.
Merci pour ce bel article, fidèle et qui fait honneur au livre ! Je suis encore ému par la citation de Bernard Stiegler que vous mettez en avant : Le temps qui nous a été volé est celui du manque, et donc du désir. Celui de l’amour, de l’autre, et de l’absolu.
Personnellement, découvrir les mécanismes de la captologie m’a aidé à les détecter et à prendre avec distance les réseaux sociaux et les bulles cognitives, pour ma santé mentale !
Mon conseil de lecture : « Les ingénieurs du chaos », de Giuliano da Empoli. Qui révèle comment les « spin doctors » de Donald Trump et autres dirigeants d’extrême droite exploitent les mêmes faiblesses cognitives (et méthodes de marketing digital) pour fracturer la société et affaiblir le vivre ensemble. De ce livre est née ma résolution à utiliser ces outils… pour la cause écologique que je défends !
Oh, merci pour cette référence complémentaire, Philippe 🙏 Et aussi pour ton engagement que j’aurai grand plaisir à suivre.
Comme j’ai un cerveau de poisson rouge, je viens de relire cet article sans me rendre compte que je l’avais déjà lu.
Mais comme on est un jour différent, cette lecture me rappelle autre chose !
D’abord, une résonance assourdissante avec cette phrase que je lisais pas plus tard que ce matin :
« Ce n’est pas un hasard si la naissance de la politique moderne est associée aux cafés du XVIIIe siècle et aux usines et mines du XIXe. Et c’est pourquoi le fétiche actuel du “travail à domicile” est si dangereux. »
https://lesakerfrancophone.fr/eloge-des-petites-choses
Enfin, on peut toujours compter sur l’indomptable Ted Gioia pour partager les préoccupations de Bruno Patino, notamment cette publication remarquée où il synthétise les effets de la « Culture de la dopamine »
https://www.honest-broker.com/p/the-world-was-flat-now-its-flattened
Heureusement, la résistance frémit et prépare son bagage… culturel !
Hey merci d’enrichir cette page Certaldo ! Ce que dit Ted Gioia sur la culture fait froid dans le dos ! Et oui, à mon humble niveau je travaille à la résistance… et pourquoi pas à la renaissance 😳