Photo : George Milton
Vous arrivez à un dîner. Vos amis débattent de Proust, de la Nouvelle Vague, d’une expo au Centre Pompidou. Vous faites comme si vous suiviez, mais intérieurement, vous cherchez une sortie de secours.
Vous avez peut-être déjà essayé de vous cultiver, en commençant une liste de classiques à lire, en prenant un abonnement à une revue culturelle, en mettant des podcasts dans votre file d’attente. Et trois semaines plus tard, vous avez tout arrêté. Il existe une méthode qui fonctionne vraiment, et qui ne vous demande pas de vous enfermer chez vous pour emmagasiner du savoir.
Pourquoi les méthodes classiques n’ont pas marché
Photo : Gustavo Fring
La plupart des adultes qui se sentent dépassés dans les conversations culturelles commettent la même erreur. Ils partent en mode panique et construisent une belle une liste de livres à lire d’urgence, un abonnement à une revue, des podcasts sur des sujets ambitieux. Trois semaines plus tard, ils sont passés à autre chose.
La cause est méthodologique, tout comme la solution.
L’apprentissage culturel fonctionne différemment d’un rattrapage scolaire. Parce que vous n’avez pas d’examen à passer dans six mois, vous pouvez apprendre ce qui vous attire, dans l’ordre qui respecte la façon dont le cerveau mémorise. Pour y arriver, votre méthode doit être sélective et s’ancrer dans votre quotidien
Le principe de base : vous n’avez pas besoin de tout savoir
Photo : Ekaterina Bolovtsova
La culture générale n’a pas à être encyclopédique. Elle se compose de références suffisamment connues pour apparaître dans 80 % des conversations cultivées.
En littérature : une vingtaine d’auteurs, et deux cents serait trop. En cinéma : 15 films du canon, et non l’histoire complète du 7e art. En philosophie : 5 grands noms, quelques idées centrales, aucun traité entier.
Vous avez peut-être reconnu la loi de Pareto appliquée à la culture générale : 20 % des références couvrent 80 % des discussions. L’objectif ? Que, d’ici quelques mois, vous puissiez avoir des conversations où vous vous sentez à l’aise.
Les 5 étapes pour apprendre la culture générale malgré un emploi du temps chargé
Photo : Olly
Étape 1 : repérer vos lacunes
Avant d’apprendre, vous devez savoir quoi apprendre. Le moyen le plus rapide d’y arriver sera de faire plusieurs quiz de culture générale. La bonne nouvelle ? Le web en est plein.
Tapez « quiz culture générale » dans Google et choisissez-en trois ou quatre sérieux, avec des questions variées couvrant la littérature, le cinéma, l’histoire et la philosophie. Répondez honnêtement, sans chercher les réponses.
Après quelques quiz, vous devriez avoir une idée très claire de vos angles morts : vos domaines à travailler.
Si vous voulez aller plus loin dans cette réflexion avant de vous lancer, cet article peut vous aider : Ce qu’il faut savoir en culture générale.
Une fois que vous avez une idée de vos lacunes, n’hésitez pas à faire les quiz de Mon Bagage Culturel pour affiner le diagnostic.
Étape 2 : s’immerger dans le nouveau domaine
Vous avez choisi un domaine : bienvenue dans la partie la plus plaisante de la méthode ! Dans un premier temps, vous allez vous immerger dans ce sujet, sans pression et sans objectif précis.
Pour cela, direction YouTube : créez une playlist des vidéos de plus de 4 minutes qui traitent de votre sujet. Vous pouvez tout aussi bien noter sur une page Word les liens vers chaque vidéo que vous avez sélectionnée.
Et voilà ! Votre mini-série est lancée, vous n’avez plus qu’à la regarder à vos moments perdus ou mieux : en remplacement de la télévision, des réseaux sociaux ou de quelques épisodes de votre série du moment.
Étape 3 : se doter d’un deuxième cerveau
Avant de commencer le premier épisode de votre mini-série culturelle personnalisée, prenez une décision qui changera votre vie : procurez-vous un carnet. Pas forcément le carnet que tout le monde recommande, ni le plus cher, non, celui que vous aurez plaisir à manipuler. Ce carnet va devenir votre deuxième cerveau : vous y noterez vos découvertes et vos réflexions, vos questions aussi, au fur et à mesure de vos lectures et des contenus que vous consommerez pour vous cultiver.
Pourquoi un carnet ? Parce que sans lui, vous continuerez à regarder des vidéos sans retenir grand-chose. Avec lui, rien de ce que vous lisez ou regardez ne se perd. Et c’est cet apprentissage, semaine après semaine, qui finit par faire une vraie culture générale.
Vous préférez le numérique ? Une application de prise de notes fait très bien l’affaire. Les plus utilisées sont OneNote, Notion et Evernote, qui fonctionnent sur tous vos appareils. Si vous êtes sur iPhone ou Mac, Apple Notes est déjà installée. Idem Samsung Notes sur Android.
Notre cerveau retient mieux ce qu’il voit que ce qu’il lit. C’est pourquoi schéma ou une carte mentale vaut souvent plus qu’une page de notes linéaires. Si vous n’avez jamais utilisé cet outil, ces deux articles vous expliquent comment faire.
Étape 4 : lire, croiser, noter
Vous avez visionné votre mini-série, bravo !
Vous connaissez le sujet un peu mieux, même si vous n’en avez pas forcément conscience. C’est le moment d’entrer dans le vif du sujet avec les articles et autres contenus écrits.
Commencez par Wikipedia pour une vue d’ensemble fiable sur presque n’importe quel sujet. Lisez ensuite deux ou trois articles sérieux sur la même question. Ce croisement des sources est capital : il vous permet de vérifier ce que vous avez appris pendant la semaine d’immersion, et de ne garder que ce qui est fiable.
Avant d’ouvrir votre carnet, certains auront peut-être besoin de noter dans un brouillon les points essentiels du sujet. Il n’y en aura jamais plus de 3 ou 4. Ne recopiez pas, ne faites pas de copier-coller : reformuler par écrit avec vos propres mots, c’est ce qui fait qu’on retient. Les chercheurs en sciences cognitives l’ont démontré, et les étudiants de prépa l’apprennent dès la première semaine.
Après ce brouillon, vous pouvez ouvrir votre carnet et développer chaque point. Commencez toujours par noter en haut de page la date, les sources que vous avez consultées et l’auteur si vous en avez un.
Ensuite, organisez vos notes. Dans l’ordre chronologique si vous travaillez un sujet historique. Du plus important au moins important si c’est de la philosophie ou de la politique. Du plus grand au plus petit si c’est de la géographie.
Il est hautement recommandé de codifier par couleurs pour vous retrouver : une couleur pour les lieux, une autre pour les personnages, une autre encore pour les mots que vous ne connaissiez pas avant.
Et si l’envie vous prend d’ajouter une frise chronologique, un schéma ou un petit dessin, faites-le. Il n’y a pas de mauvaise façon de tenir ce carnet.
Besoin d’inspiration ?
Vous vous demandez peut-être à quoi ressemble un carnet de culture, comment le tenir, comment le remplir ? YouTube regorge de créateurs qui partagent leur carnet en ligne, avec des approches et des styles très différents. J’ai sélectionné les meilleurs contenus sur ce sujet et constitué une playlist pour vous : c’est l’occasion de voir à quoi ressemble une vraie playlist culturelle, avant de construire la vôtre.
Étape 5 : consolider en expliquant ce qu’on vient d’apprendre
Votre carnet est rempli, vos notes sont prises. Essayez maintenant d’expliquer ce que vous avez appris ! Vous pouvez le faire à voix haute ou par écrit, comme si vous le présentiez à quelqu’un qui n’en sait rien. C’est un moment hyper-formateur, qui vous révèlera où vous en êtes dans l’assimilation de votre nouveau domaine.
Et ce n’est pas une astuce que je tire de mon chapeau ! C’est le physicien Richard Feynman qui avait fait de cette idée une règle : si vous ne pouvez pas expliquer quelque chose clairement, c’est que vous ne l’avez pas vraiment compris.
Plusieurs façons de le faire, selon ce qui vous convient. L’expliquer par mail ou à l’oral à un·e amie·e. Ou bien parler seul, à vous-même ou à votre plus belle plante. Ou encore vous filmer ou mieux, mille fois mieux : à vos abonnés sur les réseaux sociaux !
Aujourd’hui vous avez aussi cette chance incroyable de pouvoir demander à une IA de lui demander de vous challenger.
Choisissez l’option qui vous vient le plus naturellement. L’important est de passer du statut de consommateur de contenus à celui de personne cultivée.
Pourquoi cette méthode pour apprendre la culture générale va marcher pour vous
Photo : Luis Sevilla
Le psychologue Richard Mayer a passé trente ans à étudier comment le cerveau apprend. Il a publié sa conclusion dans Multimedia Learning (Cambridge University Press, 2009) : le cerveau traite l’information par plusieurs canaux distincts, dont les principaux : auditifs et visuels. Quand on les sollicite l’un après l’autre comme avec le carnet, l’information s’ancre durablement. C’est le principe sur lequel s’appuie cette méthode : les vidéos et les podcasts d’abord pour s’imprégner, les articles ensuite pour vérifier et approfondir, le carnet pour fixer. Chaque étape prépare la suivante.
Dans quelques semaines, vous aurez avancé sur deux ou trois domaines. Vous ne saurez pas tout, loin de là. Mais vous aurez développé quelque chose de fort précieux : la posture d’apprenant·e. Vous saurez comment aborder un sujet que vous ne connaissez pas, quelles questions poser quand une conversation vous échappe, et où aller creuser une fois rentré chez vous. Sur les domaines que vous aurez travaillés, vous parlerez avec les mots justes… et passion !
À vous de jouer !
Vous avez la méthode :
- des quiz pour savoir par où commencer,
- des vidéos pour découvrir un sujet,
- un carnet pour garder ce que vous apprenez,
- des articles pour approfondir,
- et quelqu’un à qui expliquer ce que vous avez compris.
Lancez-vous !
Vous voulez un quiz fiable pour repérer vos lacunes ? J’ai conçu 50 questions juste en dessous de cet article, avec des réponses détaillées et un plan d’action personnalisé selon votre niveau : le complément idéal pour démarrer cette méthode sur des bases solides.



J’ai trouvé cette méthode vraiment ludique et efficace ! Commencer par des quiz et des vidéos pour aborder la culture générale de manière légère, puis approfondir avec des textes plus denses, c’est une excellente façon d’apprendre sans se décourager. L’idée d’utiliser un carnet comme aide-mémoire est aussi très astucieuse : cela permet de structurer ses connaissances et de les ancrer. Et enfin, partager et en discuter avec d’autres, c’est la cerise sur le gâteau pour vérifier qu’on a bien assimilé. Une approche motivante et concrète !
Très bonnes méthodes, simples et déculpabilisantes. Je réalise que j’applique déjà l’idée du carnet comme “deuxième cerveau”, sans l’appeler ainsi : dès qu’une idée, une référence ou une question m’intéresse, je la note pour y revenir plus tard. J’avais pris cette habitude jeune, après la recommandation d’un écrivain, surtout pour les lectures pratiques ou d’apprentissage. Finalement, c’est exactement ça : transformer une curiosité du moment en apprentissage concret.