La pensée visuelle : interview de Sophie Griffon-Le Penher, championne du monde de carte mentale

Photo de Sophie Griffon-Le Penher interviewée par Mon Bagage Culturel

Depuis trois ans, je cherche des réponses à une question très ancienne : comment mieux retenir ce que je lis, ce que j’apprends, ce que j’écoute ? Cette recherche m’a fait découvrir la puissance de la pensée visuelle.

J’ai commencé à pratiquer, crayons en main et, pour comprendre ce que je faisais vraiment, j’ai écrit un article sur le sujet. Et puis j’ai décidé d’aller encore plus loin : j’ai contacté la championne du monde de mind-mapping, Sophie Le Penher.

Sophie Le Penher est aussi arbitre internationale de la discipline, et partage sa passion sur un blog et une chaîne YouTube entièrement dédiés à la pensée visuelle. 

Je suis ravie et fière de partager avec vous ce que j’ai retenu de cet échange enrichissant et inspirant. La vidéo complète est disponible en bas de page. Avertissement : après avoir lu cet article et regardé notre échange, vous aurez très envie de prendre vos crayons de couleur.

Si vous êtes pressé, l’essentiel à retenir

Prenez une feuille en format paysage et placez votre sujet au centre. Autour, créez 3 à 5 branches principales, avec un seul mot par branche. Cette contrainte vous oblige à trier et reformuler au moment où vous notez. Ajoutez ensuite des sous-branches pour préciser, toujours avec des mots courts. Utilisez une couleur par branche pour distinguer les ensembles rapidement.

Construire pendant que vous pensez

Deux réflexes vont vous aider. D’abord, décider à l’avance où placer chaque idée. Ensuite, vérifier si elle se relie à une autre branche. Quand un même mot revient plusieurs fois, isolez-le dans une carte dédiée.

Utilisez cet outil dans des situations concrètes

Cette méthode fonctionne dans trois cas simples :

  • suivre une réunion ou un contenu audio en direct
  • résumer un texte en une page
  • clarifier un sujet avant une prise de décision

Dans chaque situation, le principe reste le même : transformer une information en organisation lisible sans effort de relecture.

Allez à l’essentiel

Ne cherchez pas un rendu propre. Mettez le focus sur les mots choisis, leur place et les liens entre eux. Ce travail de tri et de mise en relation vous aide à comprendre et à retenir durablement.

La pensée visuelle, un outil-gigogne pour retenir enfin ce qu’on apprend

Carte heuristique par Sophie Le Penher
Carte heuristique de Sophie Griffon Le Penher

La pensée visuelle regroupe plusieurs outils distincts qui utilisent tous la couleur, le dessin et la spatialisation pour organiser et mémoriser l’information :

  • Le mind mapping, ou carte mentale, qui organise les idées de façon radiale depuis un centre
  • Le sketch noting, qui mêle texte et illustrations dans une prise de notes libre
  • Le carnet vivant, que Sophie Le Penher a développé comme espace personnel pour rassembler ses apprentissages, réflexions et explorations dans différents carnets.

La carte mentale est donc un outil parmi d’autres à l’intérieur de cet univers. Elle obéit à des règles précises que Sophie Le Penher connaît mieux que quiconque. Ces règles sont fécondes dans un cadre compétitif. Dans un usage personnel, autorisez-vous une grande flexibilité, et laissez la magie opérer.

Ce qu’est vraiment une carte mentale

Tony Buzan a formalisé la carte mentale dans les années 70. Ce psychologue anglais a observé que le cerveau ne traite pas l’information de façon linéaire, du haut vers le bas d’une page, mais par associations et par connexions entre des idées qui appartiennent parfois à des domaines très différents. Pour construire son outil, il a fait deux analogies lumineuses : les neurones du cerveau, avec ses connexions organiques et non droites, et la nature, avec ses structures ramifiées, comme les arbres ou les rivières qui ne forment jamais de lignes rigides.

C’est pourquoi les branches d’une map sont idéalement courbes et souples. Elles rayonnent depuis un centre dans toutes les directions, comme un arbre vu du dessus, et non comme une liste qui descend verticalement sur la page.

La structure de base

Voici comment une carte mentale se construit :

  • Le sujet principal se place au centre d’une feuille orientée en format paysage
  • Les branches de premier niveau rayonnent depuis ce centre, chacune portant un mot clé qui correspond à une grande catégorie
  • Les ramifications secondaires se développent depuis ces branches, avec des mots clés plus précis
  • La couleur distingue les catégories entre elles : tout ce qui appartient à la branche rouge reste rouge, quelle que soit sa position sur la carte

Sophie Le Penher partage une astuce simple pour trouver le centre de la feuille : relier les deux extrémités des diagonales du bout du doigt. Le point de rencontre est le centre exact. Ce geste seul suffit à changer la façon d’aborder la page, parce qu’il casse le réflexe de placer le titre en haut à gauche et d’écrire vers le bas.

Et le dessin dans tout ça ?

Sophie Le Penher le dit dès les premières minutes de notre échange : il n’est pas obligatoire. La pensée visuelle repose sur la couleur et l’organisation spatiale des informations, pas sur la qualité graphique. Des logiciels gratuits permettent de démarrer en numérique pour celles et ceux qui redoutent le crayon.

Je vous en parle dans mon article dédié.

Cela dit, Sophie Le Penher défend l’engagement physique de la main sur le papier : c’est lui qui active le canal kinesthésique et renforce la mémorisation.

Le super-pouvoir de la pensée visuelle pour la mémoire

Quand je construis une carte, je prends constamment des décisions structurantes : quel mot retenir, dans quelle branche ranger telle idée, si ce terme ouvre une nouvelle catégorie ou rejoint une catégorie existante. Ces micro-décisions activent plusieurs canaux d’apprentissage en même temps :

  • Le canal visuel, par la couleur et la spatialisation des informations sur la page
  • Le canal kinesthésique, par le geste physique de construction à la main
  • Le canal auditif, si l’information vient d’une conférence ou d’un podcast que je retranscris ensuite sur le papier

Combiner ces canaux ancre l’information bien plus durablement que relire ses notes passivement. Sophie Le Penher le formule très clairement : la carte mentale rend la mémoire plus dynamique, parce qu’elle force le cerveau à traiter activement ce qu’il reçoit.

Le paradoxe de la carte devenue inutile

Sophie Le Penher observe régulièrement le même phénomène chez ses apprenants, un phénomène qui dit toute l’efficacité de la pensée visuelle. Après avoir construit leur carte pour préparer une présentation, ils n’en ont plus besoin le jour J. La carte a fait son travail pendant sa construction. Le cerveau a traité l’information activement, l’a triée, classée, reliée, et cette série d’opérations a suffi à l’enraciner pour de bon dans la mémoire. Construire la carte, c’est déjà apprendre.

Quand les branches se mettent à dialoguer entre elles

Une révélation particulièrement inattendue : il est tout à fait possible relier des mots clés de branches différentes par des flèches, et c’est là que l’outil de pensée visuelle prend toute sa puissance. Ces connexions transversales font circuler l’information d’un thème à l’autre et font dialoguer des idées qui semblaient séparées.

Là où un texte linéaire range l’information dans des chapitres étanches, la carte laisse une idée de la branche rouge entrer en conversation avec une idée de la branche verte. La compréhension s’en approfondit vraiment « est-ce que ça, c’est en lien avec autre chose ? Où sont les connexions entre l’ensemble ? »

Trois usages concrets pour votre quotidien

La carte mentale dépasse largement le cadre scolaire. Sophie Le Penher identifie trois usages principaux, reconnus aux championnats du monde de mind mapping.

La prise de notes en direct

Conférences, podcasts, réunions, cours : l’information arrive à l’oreille et se structure immédiatement sur la feuille par branches colorées. 

Le résumé d’un livre ou d’un article

Sophie Le Penher distingue deux approches selon l’intention de départ.

  • Si vous savez ce que vous cherchez dans un livre, vous préparez votre gabarit de carte en amont et vous ne notez que ce qui répond à votre question.
  • Si vous lisez sans attente précise, vous construisez la carte au fil des découvertes et vous laissez les branches se développer librement.

Dans les deux cas, une feuille remplace plusieurs pages de notes, et l’information devient consultable d’un seul regard. Le bonus : la carte reste ouverte : une information nouvelle s’ajoute facilement sur la branche correspondante des semaines plus tard, ce qu’un texte linéaire ne permet tout simplement pas.

L’exploration créative

Un mot au centre, des idées qui se déploient autour : voilà qui aide à clarifier un projet, préparer une prise de parole ou réfléchir à un problème complexe et gérer l’anxiété. Poser sur le papier ce qui encombre l’esprit libère de l’espace mental, parce que le cerveau n’a plus à retenir ces informations et peut se concentrer sur la réflexion plutôt que sur la rétention.

Par où commencer concrètement

Sophie Le Penher propose une progression en trois étapes, validée avec des adultes et des adolescents, et conçue pour ne pas décourager dès le départ.

Étape 1 : introduire la couleur

Dans une prise de notes habituelle, surligner les mots clés avec plusieurs couleurs différentes. Cette seule action force un tri actif de l’information, parce qu’elle oblige à identifier ce qui compte vraiment avant de surligner.

Étape 2 : placer le sujet au centre

Prendre une feuille en format paysage, placer le titre au centre et disposer des bulles autour avec les idées principales. Des cercles ou des rectangles suffisent amplement. Cette étape change profondément le rapport à la page, parce qu’elle force à penser de façon rayonnante plutôt que descendante.

Étape 3 : expérimenter les conteneurs

Un conteneur, ça peut être une bulle, un bloc ou un encadré qui isole visuellement une idée sur la carte. Certaines personnes préfèrent des cercles, d’autres des rectangles arrondis, d’autres encore des formes organiques. 

Cela ne se fait pas du jour au lendemain, Sophie Le Penher compare cet apprentissage à celui de la conduite. Au début, gérer simultanément la spatialisation, la couleur et les mots clés demande un effort conscient. Avec la pratique, les gestes deviennent automatiques, et la carte se construit naturellement.

Une pratique au service de la connaissance, pas une performance

La première carte mentale de Sophie ne ressemblait en rien aux créations qu’elle expose aujourd’hui sur son blog ou ses murs. Elle a trouvé son style en pratiquant, en cherchant, selon ses propres mots, « jusqu’où aller à la limite de ce que les règles autorisent. » C’est une recherche qui fait partie de l’apprentissage… et cela promet d’être diablement amusant !

Aller encore plus loin avec le carnet vivant

J’ai voulu évoquer dans notre échange un concept qui prolonge naturellement la carte mentale : le carnet vivant, à distinguer du carnet de culture. Sophie Le Penher tient plusieurs carnets simultanément, sans s’enfermer dans un seul.  Le carnet vivant, c’est cette diversité assumée : prises de notes, synthèses de conférences, explorations créatives, préparation de voyages, messages de gratitude, tout cohabite.

Je vous invite à regarder la vidéo pour contempler ces carnets et prendre la mesure de son univers où la créativité soutient la mémoire et la connaissance. Sophie développe aussi sa vision de l’apprentissage chez les adolescents, et la façon dont les outils de la pensée visuelle peuvent redonner confiance à ceux qui ont perdu le goût d’apprendre.

À vos crayons de couleur !

Et vous, déjà adepte de la pensée mentale, ou encore sceptique ? Dites-moi tout en commentaire. Vos retours éclairent ceux qui hésitent.

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1 réflexion sur “La pensée visuelle : interview de Sophie Griffon-Le Penher, championne du monde de carte mentale”

  1. Ton article est vraiment très intéressant 🙂
    J’avais déjà entendu parler de la pensée visuelle, sans jamais vraiment m’y mettre… et là, ta façon d’expliquer rend tout beaucoup plus simple et concret. On comprend enfin comment commencer sans se prendre la tête.
    J’aime beaucoup aussi l’idée de ne pas chercher à faire quelque chose de “parfait”.
    Bref, ça me donne vraiment envie de tester pour de vrai, pas juste dans l’idée. Merci pour ça 😊

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