La France a connu cinq Républiques depuis 1792 : la Première République (1792-1804), la Deuxième (1848-1852), la Troisième (1870-1940), la Quatrième (1946-1958) et la Cinquième, en vigueur depuis 1958.
Chaque régime correspond à un moment de rupture dans l’histoire politique du pays.
➡️ 1792 : la monarchie est abolie, la Première République est proclamée.
➡️ 1848 : une révolution renverse la monarchie de Juillet, la Deuxième République est instaurée.
➡️ 1870 : Napoléon III est renversé après sa défaite à Sedan, la Troisième République commence.
➡️ 1946 : après la Libération, la République est rétablie sous la forme d’une Quatrième République.
➡️ 1958 : la crise algérienne provoque la fin de la Quatrième République et la naissance de la Cinquième.
1) Quelle est la chronologie des républiques en France ?
| Période | Pourquoi naît-elle ? | Pourquoi disparaît-elle ? | Président(s) à retenir | |
| 1ère Rep. | 1792–1804 | La monarchie est renversée pendant la Révolution | Bonaparte établit l’Empire | Aucun président |
| 2e Rep. | 1848–1852 | La monarchie de Juillet est renversée | Louis-Napoléon Bonaparte devient empereur | Louis-Napoléon Bonaparte |
| 3e Rep. | 1870–1940 | Le Second Empire s’effondre après la défaite de Sedan | Défaite de 1940 et régime de Vichy | 14 présidents, dont deux réélus (Jules Grévy et Albert Lebrun). Parmi les marquants : Adolphe Thiers, Sadi Carnot et Raymond Poincaré. |
| 4e Rep. | 1946–1958 | La République est rétablie après la Libération | Crise algérienne et retour de De Gaulle | Vincent Auriol, puis René Coty |
| 5e Rep | Depuis 1958 | Crise politique et militaire liée à l’Algérie | Aucune : la République se poursuit | 8 présidents à ce jour |
2) Comment les cinq Républiques se sont-elles succédé les unes aux autres ?
Les cinq Républiques ne se sont pas suivies sans interruption : plusieurs autres régimes ont pris place entre elles. Après la Première, elle connaît le Consulat puis le Premier Empire. La monarchie revient ensuite avec la Restauration et la monarchie de Juillet. Après la Deuxième République vient le Second Empire. Après la Troisième, la France passe par le régime de Vichy; avant de rétablir la République.
Autrement dit, les changements de régime sont souvent liés à des crises majeures : révolution, coup d’État, défaite militaire ou guerre. La France a ainsi changé plusieurs fois de Constitution depuis 1789. Elle a aussi connu des périodes où le pouvoir fonctionnait sans nouvelle Constitution.
Cette histoire politique mouvementée masque cependant une forte continuité. Chaque nouveau régime conserve une partie de ce que le précédent a construit. Les institutions, les règles et les administrations évoluent, mais elles ne disparaissent pas à chaque changement de régime. Le Conseil d’État en est un bon exemple : créé en 1799 sous le Consulat, il survit à chaque changement de régime.
Bref, il convient de distinguer la succession des régimes politiques et la continuité de l’État. Entrons à présent dans le vif du sujet !
3) Les 5 Républiques françaises et leurs présidents
Boulevard Poincaré, rue Sadi-Carnot, place Félix-Faure : ces noms balisent nos villes, mais qui sait vraiment ce qu’ont fait ces hommes ? Nous n’entrerons malheureusement pas dans le détail, mais j’ai tenté de cartographier le sujet un minimum.
Première République (1792-1804)
Il n’y a pas eu de président sous ce régime, et le mot lui-même n’existe pas encore dans le vocabulaire politique français. Pendant cette période, le pouvoir change plusieurs fois de forme : la Convention gouverne d’abord directement, avec le Comité de salut public comme organe de crise, dominé par Robespierre jusqu’à sa chute et son exécution en 1794. Le Directoire confie ensuite le pouvoir à cinq Directeurs collégiaux, un système pensé pour éviter qu’un seul homme ne s’impose. Bonaparte le renverse lors du coup d’État des 18 et 19 brumaire, en novembre 1799.
Deuxième République (1848-1852)
Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier, est élu le 10 décembre 1848 au suffrage universel masculin, avec 74% des voix au premier toir. Trois ans plus tard, son coup d’État du 2 décembre 1851 met fin à la République qu’il présidait. Il se fait proclamer empereur un an après, sous le nom de Napoléon III.
Troisième République (1870-1940)
Après la chute du Second Empire, Adolphe Thiers devient chef du pouvoir exécutif en février 1871, puis change son titre pour celui de président de la République française, en août de la même année. Il sera renversé moins de deux ans plus tard.
Suivront treize autres présidents, treize destins contrastés :
- Patrice de Mac Mahon (1873-1879), militaire de carrière, échoue à restaurer la monarchie et démissionne en 1879 après avoir perdu sa majorité parlementaire. C’est à lui que Gambetta lance sa formule restée célèbre : « il lui faut se soumettre ou se démettre ».
- Jules Grévy (1879-1887) fait du Palais de l’Élysée la résidence officielle du chef de l’État. Réélu en 1885, il démissionne deux ans plus tard, emporté par un scandale de trafic de décorations organisé par son propre gendre.
- Sadi Carnot (1887-1894) est assassiné à Lyon en 1894, d’un coup de poignard porté par l’anarchiste italien Sante Geronimo Caserio.
- Jean Casimir-Perier (1894-1895) démissionne au bout de six mois et seize jours, détenant encore aujourd’hui le mandat le plus court de l’histoire de l’Élysée.
- Félix Faure (1895-1899), surnommé le « Président Soleil » en raison de son goût du faste et de l’élégance vestimentaire. Il meurt à l’Élysée dans les bras de sa maîtresse.
- Émile Loubet (1899-1906) est le premier président de la IIIe République à effectuer un septennat complet, dans l’une des présidences les plus stables du régime.
- Armand Fallières (1906-1913), opposant à la peine de mort, gracie systématiquement les condamnés à mort. Très populaire, il renonce pourtant à se représenter : « la place n’est pas mauvaise, mais il n’y a pas d’avancement », ironise-t-il.
- Raymond Poincaré (1913-1920) dirige le pays pendant la Première Guerre mondiale et se rend au front, parfois au péril de sa vie, pour juger du moral des troupes.
- Paul Deschanel (1920) démissionne après sept mois seulement, pour des raisons de santé mentale largement commentées à l’époque. Son prestige littéraire lui vaut, la même année, d’être élu à l’Académie française.
- Alexandre Millerand (1920-1924), premier socialiste (bien qu’indépendant) à entrer dans un gouvernement français, est contraint à la démission par la victoire du Cartel des gauches aux législatives de 1924.
- Gaston Doumergue (1924-1931) préside pendant les années folles, marquées par la prospérité autant que par une forte instabilité ministérielle, onze gouvernements en sept ans.
- Paul Doumer (1931-1932), battu vingt-cinq ans plus tôt par Fallières, est assassiné moins d’un an après son arrivée à l’Élysée par un émigré russe, Paul Gorgulov.
- Albert Lebrun (1932-1940) voit son second septennat interrompu par la guerre : en juillet 1940, il doit céder le pouvoir à Philippe Pétain.
Quatrième République (1946-1958)
Vincent Auriol (1947-1954), premier président du régime, est élu par le Parlement réuni en Congrès. Il ne sollicite pas le renouvellement de son mandat en 1954. René Coty (1954-1959), élu dans les mêmes conditions, nomme Pierre Mendès France président du Conseil en 1954. Son mandat voit la fin de la guerre d’Indochine et le début de la guerre d’Algérie, avant qu’il ne cède ses pouvoirs, en 1959, à celui qu’il nomme lui-même « le plus illustre des Français » : Charles de Gaulle.
Cinquième République (depuis 1958)
Charles de Gaulle (1959-1969), élu d’abord par un collège de 80 000 grands électeurs, instaure en 1962 le suffrage universel direct pour l’élection présidentielle. Il quitte le pouvoir en 1969, après l’échec d’un référendum sur son projet de révision institutionnelle.
- Georges Pompidou (1969-1974) est élu dès le premier tour face à Alain Poher. Il meurt en fonction en 1974, à son domicile parisien, d’un cancer tenu secret jusqu’à la fin.
- Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981) est élu de justesse avec 50,8% des voix face à François Mitterrand. Il fait abaisser la majorité à 18 ans et dépénalise l’avortement.
- François Mitterrand (1981-1995), premier président socialiste de la Ve République, est élu en battant Giscard d’Estaing. Il détient le record de longévité avec deux septennats complets, fait abolir la peine de mort, et meurt quelques mois après avoir quitté l’Élysée, d’un cancer tenu secret pendant plus de dix ans.
- Jacques Chirac (1995-2007) est élu en battant Édouard Balladur puis Lionel Jospin. Il refuse d’engager la France aux côtés des Américains en Irak après 2001, et devient en 2002 le premier président réélu face au Front National au second tour.
- Nicolas Sarkozy (2007-2012), élu face à Ségolène Royal, incarne le style « hyper-président » et doit gérer la crise financière de 2008. Il est battu cinq ans plus tard par François Hollande.
- François Hollande (2012-2017), élu en battant Sarkozy, fait voter le mariage pour tous et affronte les attentats de 2015. Sa popularité s’effondre, ce qui le pousse à devenir le premier président de la Ve République à renoncer lui-même à se représenter.
- Emmanuel Macron (depuis 2017), élu face à Marine Le Pen puis réélu contre elle en 2022, doit gérer les Gilets jaunes et la pandémie de Covid-19. Il devient cette année-là le premier président réélu hors cohabitation depuis l’instauration du quinquennat en 2000.
4) Quels sont les apports et les limites des 5 Républiques françaises ?
| République | Ses apports | Ses limites |
| Première République 1792-1804 |
Elle rompt avec la monarchie et affirme la souveraineté de la nation. La Convention abolit l’esclavage (qui sera rétabli par Napoléon Ier), et installe durablement l’idée républicaine dans la vie politique française. | Elle connaît une forte instabilité politique, les guerres et la violence révolutionnaire. Les luttes entre factions fragilisent les institutions et favorisent la prise de pouvoir de Bonaparte. |
| Deuxième République 1848-1852 |
Elle instaure le suffrage universel masculin, abolit définitivement l’esclavage et affirme de nouveaux droits sociaux, notamment en matière de travail et d’assistance. | Profondes divisions sur les questions politiques et sociales. Louis-Napoléon Bonaparte concentre progressivement le pouvoir et met fin au régime pour basculer vers le Second Empire. |
| Troisième République 1870-1940 |
Elle consolide les principes républicains et développe les libertés publiques, l’école gratuite et laïque, les droits syndicaux et associatifs et la séparation des Églises et de l’État. | Son régime parlementaire entraîne une forte instabilité gouvernementale et des conflits importants (violences coloniales, scandale de Panama, affaire Dreyfus…) La débâcle militaire de 1940 entraîne sa disparition. |
| Quatrième République 1946-1958 |
Elle accompagne la reconstruction du pays, modernise l’économie, développe la protection sociale et participe aux débuts de la construction européenne. | Instabilité et blocages politiques : le PCF, premier parti de France, est renvoyé du gouvernement en 1947 dans le contexte de la guerre froide. La décolonisation, notamment en Indochine et en Algérie, fragilise davantage le régime. |
| Cinquième République depuis 1958 |
Elle renforce l’exécutif et apporte une stabilité institutionnelle durable. L’élection du président au suffrage universel direct renforce sa légitimité. | Elle entraîne une forte concentration du pouvoir autour du président, renforcée par son élection au suffrage universel direct. Le recours au 49.3, la personnalisation du pouvoir et les tensions entre exécutif et Parlement alimentent les critiques du régime. |
5) Quels sont les 4 principes de la République française ?
Le point de départ : l’article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958, qui pose que la France est « une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Ces quatre adjectifs charpentent tout le modèle politique de la France. Décortiquons-les :
- Indivisible : personne, aucun individu ni aucune fraction du peuple, ne peut s’arroger la souveraineté nationale. Elle appartient au peuple, et à lui seul, tout entier. Cette unité garantit que le droit s’applique de la même façon partout sur le territoire, sans exception ni particularisme local ;
- Laïque : ce principe découle directement de la liberté de croyance et de l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Concrètement, il impose la séparation des Églises et de l’État : aucune religion n’est mise sur un piédestal, et chacun reste libre de croire (ou de ne pas croire) comme bon lui semble ;
- Démocratique : cela implique le respect des libertés fondamentales et la désignation des pouvoirs par suffrage universel, c’est-à-dire un vote ouvert à tout citoyen majeur, égal (une personne = une voix) et secret (à l’abri de toute pression extérieure) ;
- Social : ce dernier caractère prolonge le principe d’égalité. Il s’agit ici de renforcer la cohésion collective et d’améliorer concrètement le sort des plus vulnérables.
Bref, le citoyen trouvera, derrière ces quatre mots, tout un projet de société que 230+ ans d’Histoire ont construit, mis à l’épreuve, parfois mis de côté. Et qui ne cesse de se défendre contre des projets concurrents.
6) Pourquoi changer de République ?
Le mot République vient du latin res publica, qui signifie « la chose publique ». Il désigne un régime dans lequel le pouvoir n’appartient pas à un roi et où les affaires de l’État relèvent de la collectivité. Cicéron s’inspire du Politeia de Platon (La République, en français) pour écrire son propre dialogue, De re publica. Le dialogue de Platon traitait de l’organisation et du gouvernement de la cité. Le mot « République » renvoie donc d’abord à une manière d’organiser le pouvoir politique.
Changer de République signifie alors changer en profondeur cette organisation du pouvoir. Dans l’histoire de France, une nouvelle République apparaît après une rupture majeure : révolution en 1792 et en 1848, défaite militaire en 1870, Libération et refondation des institutions après la Seconde Guerre mondiale, crise politique et militaire en 1958.
Une République peut disparaître lorsqu’une crise de régime rend ses institutions incapables de répondre à la situation. Cette crise peut être politique, sociale, institutionnelle ou liée à une guerre. Elle peut aussi apparaître lorsque les institutions ne correspondent plus aux évolutions de la société ou aux attentes des citoyens.
La répartition des pouvoirs peut alors être remise en question. Quelle place donner au président ? Quel rôle accorder au Parlement ? Quels contre-pouvoirs garantir ? Comment permettre aux citoyens de participer davantage aux décisions publiques ? Ces questions peuvent conduire à vouloir refonder les institutions.
Changer de République revient donc à modifier en profondeur les règles du pouvoir politique. Dans l’histoire de France, ce changement intervient toujours après une rupture suffisamment importante pour remettre en cause le régime existant.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Ces cinq Républiques ont profondément marqué l’histoire politique de la France, chacune avec ses avancées, ses crises et ses limites.
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