Liste des rois de France : de Clovis à Louis-Philippe Ier

Basilique de Saint-Denis, où sont enterrés les rois de France

Combien de rois de France avez-vous en tête ? Certainement Louis XIV, Henri IV, François Ier… Mais, rapidement, les Charles, Louis et Henri se télescopent, les Mérovingiens viennent en grappe, avec des Clotaire, Childebert, Childéric et Chilpéric impossibles à distinguer les uns des autres.

Pourtant, des monarques, la France n’en a pas compté tant que ça : un peu plus de 70 au total. C’est à peu près le nombre de pays que la dame et l’homme de la rue peuvent énumérer après une décennie à regarder le Journal TV tous les soirs. Presque pas grand-chose, pour une histoire qui s’étend sur près de quatorze siècles.

Cette longue succession de noms dessine une histoire saissante lorsqu’on s’y penche : des dynasties se succèdent, des familles s’entredéchirent, c’est la vraie vie ! Ou plutôt, c’est une saga de haut-vol qui voit des territoires s’agrandir, des guerres renaître de leurs cendres, des rois glorieux et d’autres qui font de la figuration, tels des Joffrey ou Tommen Baratheon (pour les inconditionnels de Game of Thrones).

Avec cet article, je souhaite vous offrir un contenu que j’aurais adoré lire il y a quelques années :  la liste de tous les rois de France, avec quelques mots sur la place de chacun dans l’histoire de France.

Déroulez pour voir la liste des rois de France

Les 72 rois de France en quelques chiffres

De Clovis Ier à Louis-Philippe Ier, le décompte varie en fonction des critères de comptage des historiens. Ici, j’ai décidé d’inclure les frères qui ont régné en même temps sur une partie du royaume (les co-rois), ainsi que les monarques rivaux ou contestés, et enfin les étoiles filantes, qui n’ont régné que quelques jours. 

En revanche, j’ai écarté les rois de papier, ceux dont le titre n’a été reconnu par aucun gouvernement en exercice. J’ai aussi laissé de côté les héritiers qui ont été sacrés du vivant de leur père, et qui sont morts avant d’avoir régné

Les Mérovingiens : les premiers rois des Francs

Photo d'un bas relief représentant le baptême de Clovis, premier roi mérovingien

Les Mérovingiens tirent leur nom d’un ancêtre semi-légendaire de Clovis, Mérovée, sur qui on dispose de si peu de sources que certains historiens doutent même de son existence. Clovis, lui, est bien réel : il unifie sous sa seule autorité les royaumes francs rivaux, absorbe le royaume gallo-romain de Syagrius à Soissons et écrase les Wisigoths à Vouillé en 507, repoussant leur pouvoir jusqu’aux Pyrénées, avant de faire de Paris sa capitale vers 508. Son baptême à Reims l’allie à l’Église catholique, contre les Wisigoths et les Burgondes qui sont restés ariens. La dynastie s’éteint avec Childéric III, déposé par Pépin le Bref et mort oublié dans un monastère.

Avec les Carolingiens, Charlemagne agrandit et structure le royaume

Sur une miniature, Charlemagne instruit son fils, Louis le Pieu.

C’est justement ce Pépin le Bref qui ouvre la dynastie suivante, les Carolingiens. Il est d’ailleurs le premier monarque français à être sacré. Le nom des Carolingiens vient de Carolus, la forme latine de Charles. C’est le prénom du père de Pépin le Bref, Charles Martel, vainqueur des troupes arabes à Poitiers en 732. C’est aussi celui de son fils Charlemagne, couronné empereur à Rome le jour de Noël de l’an 800. L’empire de Charlemagne se fracture entre ses héritiers et donne naissance à plusieurs royaumes, dont la Francie occidentale, qui deviendra la France.

Les Capétiens  s’installent pour huit siècles

Représentation de Hugues Capet, premier roi capétien

Hugues Capet devient roi en 987, après la mort sans héritier du dernier Carolingien, et il est élu par les grands seigneurs du royaume. Il ne contrôle directement qu’un territoire restreint autour de Paris, Orléans et Senlis, plus petit que celui des grandes principautés féodales. Il fait sacrer son fils Robert de son vivant, un geste décisif qui contribue à installer durablement la transmission héréditaire de la couronne. Les Capétiens directs gardent le pouvoir sans interruption pendant plus de trois siècles et agrandissent progressivement le domaine royal. Philippe Auguste en multiplie considérablement l’étendue face aux possessions anglaises. Saint Louis développe Aigues-Mortes comme grand port royal méditerranéen avant de mourir devant Tunis en 1270, lors de la huitième croisade. 

Les Valois affrontent la guerre de Cent Ans avant d’accompagner la Renaissance

Portrait de François Ier, illustre roi de la dynastie des Valois

Faute d’héritier direct, le trône capétien passe à des cousins, les Valois. Le roi d’Angleterre conteste leur légitimité et revendique la couronne de France, ce qui déclenche la guerre de Cent Ans. Les Anglais écrasent les chevaliers français à Crécy puis à Poitiers, avant qu’une jeune paysanne lorraine, Jeanne d’Arc, ne redonne un élan à la reconquête aux côtés de Charles VII. François Ier accélère ensuite l’influence de la Renaissance italienne en France et fait construire des châteaux comme Chambord. Les guerres de Religion déchirent ensuite le royaume, jusqu’au massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. Un moine catholique, Jacques Clément, assassine Henri III, dernier roi Valois, en 1589. 

Les Bourbons portent la monarchie à son apogée

Portrait de Henri IV dont est issu la dynastie royale des Bourbons

Henri IV devient le premier roi de la dynastie des Bourbons et rétablit la paix civile avec l’édit de Nantes en 1598. Son petit-fils Louis XIV installe la cour à Versailles pour surveiller la noblesse de près et gouverne seul, sans partager le pouvoir. Il mène de nombreuses guerres pendant son règne, qui ruinent les finances du royaume. Il révoque aussi l’édit de Nantes en 1685, et des dizaines de milliers de protestants quittent la France. Les révolutionnaires renversent la monarchie en 1792, et Louis XVI est guillotiné l’année suivante. Après la défaite de Napoléon, Louis XVIII monte sur le trône en 1814 : c’est la Restauration. À sa mort, son frère Charles X lui succède en 1824. Il mène une politique très conservatrice et tente notamment de renforcer l’autorité du roi. En juillet 1830, une révolution le contraint à abdiquer. Charles X est le dernier roi de France.

La maison d’Orléans donne son dernier roi aux Français

Louis-Philippe Ier, roi des Français, prête serment devant les Chambres

Louis-Philippe Ier devient alors roi des Français. Issu de la branche d’Orléans des Bourbons, il règne pendant dix-huit ans, jusqu’à la révolution de 1848 qui entraîne son abdication et met fin à la monarchie française.

Infographie représentant la répartition des prénoms des rois de France

La liste complète des rois de France

LES MÉROVINGIENS (481-751) 

Clovis Ier (481-511)

Il devient roi des Francs saliens à quinze ans, à la mort de son père Childéric Ier. Il unifie sous son autorité les différents royaumes francs en triomphant de ses rivaux. Il se fait baptiser à Reims vers 496 et devient l’allié de l’Église catholique de Rome, à une époque où les royaumes voisin sont essentiellement ariens. Cette alliance religieuse structure la France pour les siècles suivants jusqu’à la fin de la monarchie.

Thierry Ier (511-534)

Fils aîné de Clovis, né d’une première union avant son mariage avec Clotilde, il reçoit l’Austrasie lors du partage du royaume entre les quatre fils de Clovis. En 515, ses troupes repoussent une incursion danoise et tuent au combat le roi Chlochilaïc, un épisode qui inspirera plus tard le personnage d’Hygelac dans l’épopée de Beowulf. En 531, il conquiert la Thuringe avec l’aide de son frère Clotaire : c’est la fin du royaume thuringien, et le territoire franc s’étend désormais loin à l’est du Rhin. Cette alliance avec Clotaire reste fragile. Lors d’une campagne commune, Thierry tente même de le faire assassiner, avant de se raviser au dernier moment. Il meurt en 534, après vingt-trois ans de règne.

Clodomir (511-524)

Deuxième fils de Clovis, il reçoit le royaume d’Orléans lors du même partage de 511. Il meurt au combat contre les Burgondes à la bataille de Vézeronce, laissant de jeunes enfants dont le sort tragique, assassinés par leurs propres oncles pour éviter tout partage supplémentaire du royaume, illustre la brutalité des rivalités familiales mérovingiennes. Son royaume est absorbé par ses frères survivants.

Childebert Ier (511-558)

Troisième fils de Clovis, il reçoit Paris et la région centrale du royaume, la part la plus prestigieuse du partage. Il participe activement aux guerres et aux complots qui opposent ses frères, notamment à l’élimination des fils de Clodomir. Il meurt sans héritier mâle survivant, ce qui permet à son frère Clotaire de récupérer son territoire.

Clotaire Ier (511-561, seul roi à partir de 558) 

Quatrième fils de Clovis, il survit à ses trois frères, morts ou éliminés, et finit par réunifier l’ensemble du royaume franc entre ses seules mains vers la fin de sa vie. Son règne est marqué par la même violence familiale que celui de ses frères : il fait notamment brûler son propre fils Chramne, coupable de s’être révolté contre lui, avec sa femme et ses filles. À sa mort, il repartage à son tour le royaume entre ses quatre fils survivants, reproduisant le schéma qui a marqué toute cette génération.

Caribert Ier (561-567)

Fils aîné de Clotaire Ier, il devient roi de Paris quand le royaume se partage à nouveau entre les quatre frères survivants. Il essaie de faire payer des impôts à la ville de Tours, exemptée depuis le règne de son père, mais l’évêque du coin le fait reculer. Il se marie ensuite deux fois avec les filles d’un artisan de la cour : d’abord Méroflède, puis, une fois celle-ci morte, sa propre sœur Marcowefa. Ce mariage entre beau-frère et belle-sœur passe pour un inceste, et l’Église l’excommunie en 567. Il meurt la même année sans laisser de fils, malgré ses quatre épouses, et ses trois frères se partagent son royaume.

Gontran (561-592)

Autre fils de Clotaire Ier, il reçoit le royaume de Bourgogne, avec Orléans pour capitale, lors du partage de 561. Contrairement à ses frères, il se montre plus prudent et cherche souvent à arbitrer les conflits entre Sigebert et Chilpéric plutôt qu’à y participer activement. Il finit par adopter son neveu Childebert II, fils de Sigebert, faute d’héritier direct, ce qui préserve une certaine stabilité dans son royaume.

Sigebert Ier (561-575)

Fils de Clotaire Ier, il reçoit l’Austrasie à la mort de son père. Il repousse à deux reprises les invasions du peuple avar en Thuringe et agrandit son royaume d’une partie de l’Aquitaine à la mort de son frère Caribert Ier. Il vainc son frère Chilpéric après une longue guerre nourrie par la rivalité entre leurs épouses, Brunehaut et Frédégonde, mais cette dernière le fait assassiner pour l’empêcher de prendre aussi le trône de Neustrie.

Chilpéric Ier (561-584)

Fils de Clotaire Ier, il reçoit la Neustrie et épouse Frédégonde, dont la haine envers Brunehaut structure l’essentiel de son règne. Sa rivalité avec son frère Sigebert puis avec sa veuve Brunehaut se traduit par une succession de guerres et de vengeances croisées entre les deux royaumes francs. Il est lui-même assassiné en 584, sans qu’on sache avec certitude qui a commandité ce meurtre.

Clotaire II (584-629)

Fils de Chilpéric Ier et de Frédégonde, il devient roi à peine né, sous la régence de sa mère qui poursuit sans relâche sa guerre contre Brunehaut. Il réunifie l’ensemble du royaume franc une seconde fois en 613, après avoir fait exécuter Brunehaut dans des conditions particulièrement cruelles, attachée à la queue d’un cheval. Il signe ensuite avec la noblesse un accord, l’édit de Paris, qui limite le pouvoir royal au profit des grands seigneurs, préfigurant l’affaiblissement futur de la dynastie.

Dagobert Ier (629-639)

Fils de Clotaire II, il est souvent réduit à tort à une chanson pour enfants sur sa culotte à l’envers, alors qu’il reste le dernier Mérovingien vraiment actif sur le plan politique. Il centralise l’administration du royaume, favorise les arts et l’orfèvrerie, notamment à travers l’atelier de son conseiller Éloi, futur saint patron des orfèvres. Il fait de la basilique de Saint-Denis la nécropole des rois de France, un lieu où la plupart de ses successeurs seront ensuite enterrés à leur tour.

Clovis II (639-657)

Fils de Dagobert Ier, il monte sur le trône à quatre ans, sous la régence de sa mère Nanthilde puis sous l’autorité de ses maires du palais. En 654, il accorde à l’abbaye de Saint-Denis un privilège qui l’affranchit de l’autorité de l’évêque de Paris, l’un des actes fondateurs du statut particulier de cette abbaye dans le royaume. Il meurt à vingt-deux ans, après des crises que les chroniques de l’époque appellent démence, mais que les historiens actuels attribuent plutôt à une maladie neurologique.

Clotaire III (657-673)

Fils de Clovis II, il monte sur le trône à quatre ou cinq ans, sous la régence de sa mère Bathilde. Ancienne esclave anglo-saxonne devenue reine, celle-ci exerce une influence politique considérable et fait notamment interdire le commerce des esclaves chrétiens. Mais elle ne gouverne pas seule : autour d’elle gravitent plusieurs évêques et le maire du palais Ébroïn, qui prend progressivement de l’importance. En 664, alors que Clotaire approche de sa majorité, Bathilde se retire à l’abbaye de Chelles. Ébroïn devient alors l’homme fort du royaume.

Childéric II (673-675)

Il devient roi de l’ensemble du royaume franc en 673, après la déposition de son frère Thierry III, qu’il fait enfermer à l’abbaye de Saint-Denis pour le mettre à l’abri de ceux qui l’avaient renversé. Assassiné deux ans plus tard avec sa femme enceinte, il ne laisse aucun héritier adulte pour lui succéder. Le royaume retombe alors dans une crise de succession, et c’est ce même Thierry III, autrefois déposé, qui remonte sur le trône.

Thierry III (675-691)

Frère de Childéric II et de Clotaire III, il est déposé du trône dès son accession, puis réinstallé deux ans plus tard après la mort de Childéric II. Sous son règne, en 687, Pépin de Herstal, maire du palais d’Austrasie, écrase les troupes neustriennes à la bataille de Tertry. Il en sort avec le titre de duc et prince des Francs, prend durablement l’ascendant sur la royauté mérovingienne, et prépare ainsi l’avènement des Carolingiens.

Clovis III (691-695)

Fils aîné de Thierry III, il monte sur le trône en 691, entièrement sous la tutelle de Pépin de Herstal, le maire du palais qui gouverne à sa place. Selon une source proche de cette famille, c’est Pépin lui-même qui l’a choisi comme roi. Il garde quand même un vrai rôle de façade : en 693, il réunit à Valenciennes des évêques, des comtes et de grands seigneurs pour rendre la justice. Il confirme aussi à l’abbaye de Saint-Denis le droit de récolter un péage à Marseille. À sa mort, son frère Childebert lui succède.

Childebert III (695-711)

Fils cadet de Thierry III, il succède à son frère Clovis III en 695. Comme lui, il règne sous la coupe de Pépin de Herstal, le maire du palais qui dirige vraiment le royaume, aidé de son fils Grimoald. Pendant ce temps, Pépin soumet les Frisons du duc Radbod sans jamais consulter Childebert. Le roi garde quand même un vrai pouvoir dans un domaine : la justice. Il signe de nombreux jugements, et va jusqu’à condamner Drogon, un autre fils de Pépin de Herstal, à rendre un bien volé à un monastère.

Dagobert III (711-715)

Fils de Childebert III, il monte sur le trône à douze ans et meurt à seize, sous la tutelle des maires du palais qui gouvernent en son nom. À cette époque, le royaume franc reste coupé en deux, l’Austrasie et la Neustrie, chacune dirigée par son propre maire du palais. En 714, ces deux maires meurent la même année : Grimoald II en Neustrie, assassiné, et Pépin de Herstal en Austrasie, de mort naturelle. La veuve de Pépin, Plectrude, prend alors la tête du royaume au nom de deux enfants mineurs, un pouvoir fragile que la Neustrie en révolte et plusieurs régions du sud refusent aussitôt de reconnaître. Dagobert III meurt de maladie en 715, sans que les chroniqueurs rapportent le lieu où on l’enterra.

Chilpéric II (715-721) 

Ancien moine, il est propulsé sur le trône par des rivalités de cour à la mort de Dagobert III, dans un contexte de lutte entre différentes branches de la famille mérovingienne. Il s’allie avec le duc frison Radbod pour renverser Charles Martel, tout juste proclamé maire du palais d’Austrasie après s’être évadé de captivité, mais celui-ci écrase la coalition à l’Amblève en 716 puis à Vinchy en 717. En 719, Chilpéric II est lâché par ses alliés. Ces derniers le livrent à Charles Martel, qui le proclame malgré tout roi de tous les Francs. Ce titre ne change rien au fait que le maire du palais ait définitivement pris les commandes.

Thierry IV (721-737)

À la mort de Chilpéric II, Charles Martel installe Thierry IV sur le trône, encore enfant, et gouverne à sa place sans jamais prendre lui-même le titre de roi. C’est sous ce règne de façade, en 732, que le duc et prince des Francs bat les armées omeyyades à la bataille de Poitiers, une victoire qui arrête l’expansion musulmane vers le nord et renforce durablement son autorité sur l’ensemble du royaume. À la mort de Thierry IV en 737, Charles Martel laisse le trône vacant avant de mourir à son tour en 741. Le pouvoir passe à ses deux fils, Pépin le Bref et Carloman (une période qui porte le nom d’interrègne).

Childéric III (743-751)

Pépin le Bref et Carloman le placent sur ce trône resté vacant sept ans. Il ne prend aucune décision et ne pose aucun acte de gouvernement pendant tout son règne : les chroniques ne le montrent qu’à son arrivée sur le trône, puis à sa déposition. En 751, le pape Zacharie donne son accord pour que Pépin le Bref prenne la couronne à sa place. Pépin le dépose alors, le fait tonsurer et l’enferme à l’abbaye de Saint-Bertin. Avec lui s’achève deux siècles et demi de règne mérovingien.

LES CAROLINGIENS (751-987)

Pépin le Bref (751-768)

Fils de Charles Martel et ancien maire du palais, il fait officiellement déposer le dernier Mérovingien et se fait sacrer roi avec l’appui du pape. Voilà qui légitime religieusement sa prise de pouvoir. En échange de ce soutien, il défend militairement les intérêts territoriaux de la papauté en Italie face aux Lombards. Il fonde ainsi sa propre dynastie, celle des Carolingiens, du nom de son fils Charlemagne.

Charlemagne (768-814)

Fils de Pépin le Bref, il devient roi des Francs puis empereur d’Occident à partir de l’an 800, couronné par le pape lui-même à Rome lors d’une cérémonie restée célèbre. Il agrandit considérablement le territoire jusqu’à couvrir une bonne partie de l’Europe occidentale, réforme l’administration en s’appuyant sur des envoyés royaux chargés de contrôler les provinces, et uniformise l’écriture. Il impulse également un renouveau culturel et scolaire connu sous le nom de renaissance carolingienne, avec des écoles ouvertes dans les monastères et à sa cour d’Aix-la-Chapelle, où il installe sa résidence favorite.

Louis Ier le Pieux (814-840)

Seul héritier survivant de Charlemagne, il hérite d’un empire immense mais difficile à administrer d’un seul bloc. Son règne est marqué par des révoltes répétées de ses propres fils, impatients de se partager l’héritage paternel de son vivant plutôt que d’attendre sa mort. Ces déchirements familiaux affaiblissent durablement l’unité de l’empire, préparant le partage qui suivra sa mort.

Charles II le Chauve (843-877)

Petit-fils de Charlemagne par son père Louis le Pieux, il est un des trois frères qui se partagent l’empire au traité de Verdun en 843, un accord fondateur qui dessine, en creux, les futures frontières de la France et de l’Allemagne. Il reçoit la partie occidentale de l’empire, celle qui deviendra progressivement le royaume de France. Il finit par obtenir également le titre impérial en 875, réunissant brièvement sous son nom une partie de l’héritage de son grand-père.

Louis II le Bègue (877-879)

Fils de Charles II le Chauve, il a déjà gouverné le Maine puis l’Aquitaine du vivant de son père avant de lui succéder en 877. Une partie des grands conteste son accession, et il doit s’engager par écrit à respecter les droits des évêques et des abbés avant d’être couronné à Compiègne. Il refuse ensuite la couronne impériale que lui propose le pape Jean VIII au concile de Troyes, et préfère se concentrer sur son propre royaume. Il meurt l’année suivante, alors qu’il préparait une expédition contre un comte rebelle du sud du royaume.

Louis III (879-882)

Fils de Louis II le Bègue, il règne d’abord conjointement avec son frère Carloman II, se partageant les responsabilités du royaume selon la coutume familiale héritée des générations précédentes. Il remporte une victoire notable contre des envahisseurs vikings à la bataille de Saucourt en 881, un des rares succès militaires de cette période de déclin. Il meurt accidentellement peu après, laissant son frère poursuivre seul le règne commun.

Carloman II (879-884)

Fils de Louis II le Bègue, il règne d’abord avec son frère Louis III, et les deux partagent le royaume : Louis III reçoit la Neustrie et la Francie, Carloman l’Aquitaine et la Bourgogne. Ensemble, ils repoussent les Vikings et affrontent Boson, comte de Vienne, qui s’était proclamé roi de Bourgogne. Après la mort de son frère en 882, il règne seul et obtient le départ des Normands. Il meurt à dix-sept ans : la lance d’un compagnon le blesse accidentellement lors d’une chasse au sanglier, sans laisser d’héritier.

Charles le Gros (885-887)

Descendant de Charlemagne par une branche germanique de la famille, il parvient brièvement à réunifier l’ensemble de l’empire carolingien entre ses mains, un exploit qu’aucun de ses prédécesseurs récents n’avait accompli. Il échoue toutefois à défendre efficacement Paris, assiégée pendant plus d’un an par les Vikings, ce qui ruine son prestige auprès de la noblesse. Il est déposé pour incompétence en 887, un échec qui précipite l’éclatement définitif de l’empire en plusieurs royaumes séparés.

Eudes (888-898)

Il appartient à la famille des Robertiens, du nom de son ancêtre Robert le Fort, et n’a donc aucun lien de sang avec les Carolingiens qu’il remplace temporairement sur le trône. Il est élu roi par les grands seigneurs pour récompenser sa défense héroïque de Paris assiégée par les Vikings, un épisode qui a fait de lui un héros populaire. Son élection, en dehors de la lignée carolingienne habituelle, annonce l’ascension future de sa famille, qui donnera plus tard naissance à la dynastie capétienne.

Charles III le Simple (898-922)

Descendant légitime de Charlemagne, il finit par régner seul après la mort d’Eudes en 898. En 911, il négocie avec le chef viking Rollon le traité de Saint-Clair-sur-Epte, qui donne naissance au duché de Normandie en échange de la paix et de la conversion au christianisme du chef scandinave. Au moment de l’hommage rituel, Rollon refuse de s’agenouiller devant le roi et envoie un de ses hommes lui baiser le pied à sa place : celui-ci le soulève si haut que Charles tombe à la renverse. En 923, un de ses vassaux, Herbert de Vermandois, l’attire dans un guet-apens et le fait enfermer. Il meurt six ans plus tard, en 929, à Péronne, sans qu’on sache avec certitude si sa mort est naturelle ou provoquée par son geôlier.

Robert Ier (922-923)

Frère d’Eudes et donc lui aussi issu de la famille robertienne, il se rebelle ouvertement contre Charles le Simple avec l’appui d’une partie de la noblesse mécontente. Il meurt au combat après un règne d’à peine un an, tué en pleine bataille de Soissons alors qu’il affrontait lui-même son rival carolingien. Sa mort ne met pas fin aux ambitions de sa famille, qui continuera de peser lourdement sur les affaires du royaume dans les décennies suivantes.

Raoul (923-936)

Duc de Bourgogne, il épouse Emma, fille du roi Robert Ier, avant d’être élu à sa place lorsque celui-ci meurt au combat contre Charles le Simple en 923. Il est le seul souverain de toute l’histoire de France à n’appartenir à aucune des trois grandes dynasties, mérovingienne, carolingienne ou capétienne. Il combat sans relâche les Vikings, qu’il bat définitivement en 930, puis les Hongrois, qu’il repousse hors du royaume en 926. Il meurt treize ans plus tard : une infestation de poux généralisée sur tout le corps le ronge jusqu’à la fin.

Louis IV d’Outremer (936-954)

Fils de Charles III le Simple, il grandit en exil en Angleterre après la déposition de son père, d’où son surnom. En 936, le duc Hugues le Grand le fait revenir de Wessex pour remettre un roi carolingien sur le trône, en espérant garder la main sur lui. Une fois couronné, Louis IV s’installe à Paris pour s’éloigner de son protecteur. Il résiste ensuite à un siège contre Laon en 940, puis épouse la sœur du roi de Germanie Otton Ier, pour se donner un allié de poids. Il meurt en 954 d’une chute de cheval lors d’une chasse au loup.

Lothaire (954-986)

Fils de Louis IV d’Outremer, il subit d’abord la tutelle d’Hugues le Grand puis celle de son oncle maternel, avant de s’affranchir de l’influence germanique. En 978, avec Hugues Capet, il mène une expédition surprise en Lotharingie et s’empare du palais impérial d’Aix-la-Chapelle : l’empereur Otton II doit fuir. En représailles, celui-ci ravage le royaume et assiège Paris, que défend Hugues Capet, avant de devoir battre en retraite. Lothaire fait sacrer son fils dès 979 pour assurer sa succession, et meurt en pleine guerre en 986.

Louis V le Fainéant (986-987)

Fils de Lothaire, il devient le dernier roi carolingien après un règne d’à peine un an. Il meurt à la suite d’un accident de chasse, sans laisser d’héritier, dans des circonstances qui alimentent alors des rumeurs d’empoisonnement. Sa mort ouvre la voie à l’élection d’Hugues Capet par l’assemblée des grands seigneurs du royaume, mettant fin à plus de deux siècles de domination carolingienne.

LES CAPÉTIENS DIRECTS (987-1328)

Hugues Capet (987-996)

Descendant des Robertiens par son père Hugues le Grand, il est élu roi par les grands seigneurs du royaume plutôt que de succéder par simple hérédité. Il ne contrôle en réalité qu’un territoire minuscule autour de Paris et d’Orléans, bien plus petit que celui de certains de ses propres vassaux. Sa vraie invention n’est pas la conquête mais la transmission : il fait sacrer son fils de son vivant, verrouillant ainsi l’hérédité de la couronne pour les huit siècles suivants.

Robert II le Pieux (996-1031)

Fils d’Hugues Capet, il épouse en 996 sa cousine Berthe de Bourgogne, un mariage jugé incestueux qui lui vaut d’être excommunié. Il finit par la renvoyer et prend Constance d’Arles pour nouvelle femme. Le roi qui plie devant l’Église ne se prive pourtant pas d’y recourir lui-même à son tour : en 1022, il fait brûler vifs à Orléans une douzaine de chanoines accusés d’hérésie, un supplice qu’aucun roi chrétien n’avait encore infligé avant lui. En 1030, ses deux fils se soulèvent contre lui, poussés par leur propre mère : Henri prend Dreux, Robert prend Beaune et Avallon. Une paix est négociée, mais Robert le Pieux meurt l’année suivante à Melun, terrassé par une fièvre, et ses fils se disputent aussitôt le trône entre eux avant que Robert ne cède et laisse Henri régner seul.

Henri Ier (1031-1060)

Fils de Robert II le Pieux, il doit d’abord mater une rébellion menée par sa propre mère, qui voulait voir son frère cadet Robert prendre sa place sur le trône. Devenu tuteur du jeune duc de Normandie Guillaume, encore enfant, le roi le protège contre des barons rebelles et l’aide à les vaincre en 1047. L’alliance tourne pourtant court. Inquiet de voir son ancien protégé devenir trop puissant, il se retourne contre lui. Le duc le bat deux fois, à Mortemer en 1054 puis à Varaville en 1057. Le roi finit par faire la paix avec lui : Guillaume deviendra roi d’Angleterre neuf ans après la mort d’Henri, en 1060. Son fils Philippe, né de son mariage avec la princesse russe Anne de Kiev, lui succède.

Philippe Ier (1060-1108) 

Fils d’Henri Ier, il agrandit le domaine royal à trois reprises, par la conquête d’abord, puis en rachetant la vicomté de Bourges à un chevalier parti en croisade. Il bat aussi Guillaume le Conquérant près de Dol-de-Bretagne, ce qui empêche le duc d’étendre la Normandie vers la Bretagne. Sur le plan personnel, son règne tourne au scandale : il enlève Bertrade de Montfort, l’épouse du comte d’Anjou, et l’épouse à son tour après avoir enfermé sa propre femme dans un monastère. L’Église l’excommunie, une sanction confirmée au concile de Clermont, celui-là même où le pape lance la première croisade. Philippe, toujours frappé par cette sanction, ne peut y participer. Il meurt en 1108, et demande à ne pas être enterré à Saint-Denis aux côtés de ses ancêtres, en raison, dit-il, de ses propres fautes.

Louis VI le Gros (1108-1137)

Fils de Philippe Ier, il passe son règne à mater les seigneurs pillards qui tiennent les routes autour de Paris, avec l’aide de son conseiller Suger, abbé de Saint-Denis. Il accorde à la ville de Lorris une charte qui allège les corvées et les taxes de ses habitants, un modèle repris ensuite par plus de trois cents autres localités du royaume. On lui prête aussi le pouvoir de guérir les écrouelles par simple toucher : un chroniqueur de l’époque assure l’avoir vu faire, tout en précisant que son père Philippe Ier avait perdu ce don à cause de ses péchés. Son surnom vient de sa corpulence, qui l’empêchera de monter à cheval à la fin de sa vie.

Louis VII le Jeune (1137-1180)

Fils de Louis VI le Gros, il part en croisade et épouse Aliénor d’Aquitaine, un mariage qui aurait apporté à la couronne un immense ensemble de territoires dans le sud-ouest du royaume. L’union est finalement annulée pour cause de consanguinité, et Aliénor se remarie aussitôt avec le futur roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt. Tout ce territoire bascule alors côté anglais, une décision qui explique à elle seule deux siècles de guerres franco-anglaises.

Philippe II Auguste (1180-1223)

Fils de Louis VII, il reprend une bonne partie du terrain perdu sous son père en récupérant la Normandie et une grande partie de l’ouest du royaume aux Plantagenêts. Il double la taille du domaine royal, fait construire une nouvelle enceinte fortifiée autour de Paris ainsi que le donjon du Louvre. Il écrase une coalition anglo-germanique à la bataille de Bouvines en 1214, une victoire qui renforce durablement le prestige de la couronne dans tout le royaume.

Louis VIII le Lion (1223-1226)

Fils de Philippe II Auguste, il ne règne que trois ans, mais poursuit activement la croisade contre les Cathares dans le sud du royaume, entamée par son père. Cette campagne militaire et religieuse prépare l’annexion future du Languedoc au domaine royal, un agrandissement territorial considérable pour la couronne. Il meurt de maladie sur le chemin du retour d’une de ces expéditions militaires.

Louis IX, Saint Louis (1226-1270)

Fils de Louis VIII, il incarne l’idéal du roi juste, rendant lui-même la justice sous un chêne à Vincennes selon la légende, et fait construire la Sainte-Chapelle à Paris pour abriter des reliques rapportées d’Orient. Il part deux fois en croisade, où il finit par mourir de maladie devant les remparts de Tunis, lors de la seconde expédition. Il sera canonisé quelques décennies après sa mort, devenant le seul roi de France jamais fait saint par l’Église.

Philippe III le Hardi (1270-1285)

Fils de Saint Louis, il devient roi en pleine croisade, à la mort de son père devant Tunis. En 1271, le comté de Toulouse lui revient à la mort de son oncle Alphonse de Poitiers, resté sans héritier : c’est le plus grand agrandissement du royaume depuis Philippe Auguste. En 1285, il part en guerre contre l’Aragon pour installer son fils Charles sur ce trône, avec le feu vert du pape. Il prend d’abord Gérone après un long siège, mais sa flotte se fait détruire à la bataille des Formigues, et la dysenterie ravage son armée pendant la retraite. Il meurt à Perpignan, quatre jours après une dernière embuscade qui massacre l’arrière de ses troupes au col de Panissars, le pire désastre militaire de son règne.

Philippe IV le Bel (1285-1314)

Fils de Philippe III, surnommé le roi de Fer, il entre en conflit ouvert avec le pape Boniface VIII au sujet de la taxation du clergé. En 1302, il réunit pour la première fois les États généraux afin de rallier le royaume à sa cause. L’année suivante, ses hommes font le pape prisonnier à Anagni, en Italie, et celui-ci meurt un mois plus tard. Le nouveau pape, un Français élu sous la pression du roi, quitte Rome et installe la papauté à Avignon. En 1307, dans un contexte de difficultés financières, le roi fait arrêter d’un seul coup tous les Templiers de France, un ordre puissant et très riche qui ne relève que du pape. Leur grand maître, Jacques de Molay, finit sur le bûcher en 1314, l’année même de la mort du roi.

Louis X le Hutin (1314-1316)

Fils de Philippe le Bel, il hérite d’un royaume où la noblesse s’est soulevée contre les réformes fiscales du règne précédent. Ce tumulte, qualifié de « hutin » à l’époque, accompagne son avènement. Pour calmer la fronde, il laisse ses opposants faire exécuter le grand chambellan de son père, Enguerrand de Marigny. Ce dernier sera pendu au gibet de Montfaucon en 1315. La même année, il autorise les serfs du domaine royal à racheter leur liberté, au motif que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc ». C’est le premier pas vers l’abolition du servage dans le domaine royal. Il meurt brusquement à Vincennes l’année suivante, après moins de deux ans de règne, en laissant une fille et une épouse enceinte. Pour la première fois depuis Hugues Capet, aucun fils n’est prêt à succéder au roi.

Jean Ier le Posthume (1316)

Né cinq mois après la mort de son père Louis X, il est roi de France dès sa naissance, en novembre 1316. Il meurt cinq jours plus tard. C’est le seul roi de France à avoir régné toute sa vie, et son règne reste le plus court de notre histoire. Sa disparition rouvre aussitôt la crise ouverte par la mort de son père.

Philippe V le Long (1316-1322)

Frère de Louis X, il assure d’abord la régence, puis prend la couronne à la mort du nourrisson Jean Ier, au détriment de sa nièce Jeanne. Pour justifier cette prise de pouvoir, il réunit en 1317 une assemblée qui déclare que « femme ne succède pas au royaume de France ». La loi salique, ce vieux code franc, n’est alors pas encore utilisée pour écarter les femmes du trône : elle est exhumée en 1358, sous Jean II le Bon, pour justifier après coup cette règle. Philippe V meurt en 1322 sans laisser de fils.

Charles IV le Bel (1322-1328)

Frère cadet de Philippe V, il devient roi sans difficulté, la règle posée six ans plus tôt jouant maintenant en sa faveur. Il meurt à son tour sans fils en 1328, dernier des Capétiens directs. En moins de douze ans, les trois fils de Philippe le Bel se sont succédé et sont morts sans héritier mâle. Le roi d’Angleterre Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, réclamera bientôt la couronne en invoquant cette ascendance, ce qui déclenchera la guerre de Cent Ans.

LES VALOIS (1328-1589)

Philippe VI (1328-1350)

Cousin des derniers Capétiens directs, il est préféré au roi d’Angleterre pour la couronne de France par les grands seigneurs, qui refusent l’idée d’un roi étranger. Sa légitimité contestée déclenche la guerre de Cent Ans, qui va traverser six générations de Valois et ravager périodiquement le territoire pendant plus d’un siècle. Il subit une défaite désastreuse à Crécy en 1346 face à l’armée anglaise, un choc qui révèle l’obsolescence de la chevalerie française face aux nouvelles tactiques militaires.

Jean II le Bon (1350-1364)

Fils de Philippe VI, il est fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Poitiers en 1356, un désastre militaire retentissant où la fine fleur de la chevalerie française est capturée ou tuée. Il doit être racheté contre une rançon colossale qui appauvrit durablement le royaume et pousse à une refonte complète du système fiscal pour la financer. Il retourne finalement en captivité volontaire en Angleterre après la fuite d’un de ses fils otages, un acte d’honneur chevaleresque qui frappe les esprits de son époque.

Charles V le Sage (1364-1380) 

Fils de Jean II le Bon, il redresse la situation laissée par son père en confiant l’armée à des chefs compétents, comme le connétable Du Guesclin. Il reconquiert méthodiquement le terrain perdu face aux Anglais, sans jamais chercher lui-même la bataille rangée qui avait coûté si cher à son père. À sa mort, les Anglais ne tiennent plus que cinq ports sur tout le territoire. Grand lecteur, il rassemble à Paris près de mille manuscrits dans une tour du Louvre, la première bibliothèque royale de notre histoire, et l’ancêtre lointain de la Bibliothèque nationale de France.

Charles VI (1380-1422)

Fils de Charles V, son règne bascule dans des crises de folie récurrentes à partir de 1392, qui lui vaudront le surnom de Charles le Fou autant que celui de Charles le Bien-Aimé. Le royaume s’effondre en guerre civile entre grandes familles rivales, Armagnacs et Bourguignons, ce qui laisse le champ libre aux Anglais. Ces derniers écrasent la chevalerie française à Azincourt en 1415, puis occupent Paris. Le roi d’Angleterre est même reconnu héritier du trône de France par le traité de Troyes en 1420, une humiliation sans précédent pour la couronne française.

Charles VII (1422-1461)

Fils de Charles VI, il hérite d’un royaume à moitié occupé, surnommé avec mépris le petit roi de Bourges, jusqu’à ce qu’une jeune paysanne lorraine, Jeanne d’Arc, le convainque de se faire sacrer à Reims en 1429. Cette consécration relance la reconquête du royaume, et une fois Jeanne d’Arc capturée puis brûlée par les Anglais, il poursuit seul cette reconquête pendant vingt ans. Il finit par chasser presque entièrement les Anglais du territoire français en 1453, mettant fin à la guerre de Cent Ans.

Louis XI (1461-1483)

Fils de Charles VII, il termine le travail de consolidation de son père, moins par les armes que par la ruse politique et diplomatique, un art dans lequel il excelle au point de recevoir le surnom d’universelle aragne, l’araignée universelle. Il neutralise méthodiquement le duché de Bourgogne, principal rival intérieur de la couronne, après la mort au combat de son duc Charles le Téméraire en 1477. Ce succès permet un agrandissement territorial considérable du domaine royal en Bourgogne et en Picardie.

Charles VIII (1483-1498)

Fils de Louis XI, il monte sur le trône encore enfant, sous la régence de sa sœur Anne de Beaujeu, une femme habile qui consolide l’héritage paternel. En 1491, il épouse la duchesse Anne de Bretagne, un mariage qui fait entrer le dernier grand duché indépendant dans l’orbite du royaume. Il lance ensuite la France dans les guerres d’Italie en revendiquant le royaume de Naples, une série de campagnes coûteuses qui ramènent surtout, en butin culturel, l’influence de la Renaissance italienne. Il meurt d’un accident stupide, en se cognant la tête contre un linteau de porte trop bas dans son château d’Amboise.

Louis XII (1498-1515)

Cousin de Charles VIII, il lui succède faute d’héritier direct et devient surnommé le père du peuple pour avoir allégé la fiscalité pesant sur les paysans. Il poursuit les campagnes d’Italie entamées par son prédécesseur, avec des succès et des revers alternés en Lombardie et à Naples. Il épouse Mary Tudor en troisièmes noces, une princesse anglaise beaucoup plus jeune que lui, sans laisser d’héritier mâle à sa mort.

François Ier (1515-1547)

Cousin et gendre de Louis XII, François Ier protège les artistes et affronte Charles Quint, d’abord pour le titre d’empereur, puis pour le contrôle de l’Italie. Il fait construire le château de Chambord et installe Léonard de Vinci à sa cour, où l’artiste finira ses jours, près d’Amboise. En 1525, à Pavie, il perd la bataille et il est fait prisonnier par les troupes de Charles Quint, qui le retiennent en Espagne pendant un an. Une fois libéré, il signe en 1539 l’ordonnance de Villers-Cotterêts : le français remplace le latin comme langue de l’administration, et les prêtres doivent désormais tenir des registres de baptêmes. Cette obligation prépare l’état civil moderne, que la Révolution française instaurera deux siècles et demi plus tard.

Henri II (1547-1559)

Fils de François Ier, il poursuit la rivalité de son père avec les Habsbourg tout en consolidant l’administration du royaume. En 1552, il s’empare de Metz, Toul et Verdun, trois villes d’Empire dont Metz résiste ensuite trois mois au siège que Charles Quint mène en personne. Six ans plus tard, il reprend Calais aux Anglais, qui la tenaient depuis deux siècles. Il fait la paix en 1559 par le traité du Cateau-Cambrésis, et meurt quelques mois plus tard, lors du tournoi donné pour célébrer cette paix : un éclat de lance lui traverse l’œil.

François II (1559-1560)

Fils aîné d’Henri II, il est marié très jeune à Marie Stuart, reine d’Écosse, et meurt à peine un an et demie après son accession au trône. Il n’a jamais vraiment régné par lui-même, sous la forte influence de la famille de Guise, oncles de sa jeune épouse, qui gouvernent en réalité à sa place. Sa mort précoce laisse le trône à son frère cadet, encore enfant.

Charles IX (1560-1574)

Frère de François II, il devient roi enfant. Sa mère, Catherine de Médicis, assure la régence puis garde la main sur les affaires même après sa majorité. En 1564, il signe l’édit de Roussillon : le 1er janvier devient le premier jour de l’année dans tout le royaume, une règle encore en vigueur aujourd’hui. En 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy éclate sous son règne, l’un des pires épisodes des guerres de Religion entre catholiques et protestants. Il meurt de tuberculose à vingt-trois ans, sans fils légitime pour lui succéder.

Henri III (1574-1589)

Frère de Charles IX, il est rappelé de Pologne, où il venait d’être élu roi, pour prendre la couronne de France à la mort de son frère. Dernier roi Valois, son règne se déroule dans un climat de guerre civile permanente entre catholiques ligueurs et protestants. Il est assassiné par un moine fanatique en 1589, sans descendance pour lui succéder, ce qui ouvre la voie à son cousin protestant, Henri de Navarre.

LES BOURBONS (1589-1792, puis 1814-1830)

Henri IV (1589-1610)

Cousin éloigné des derniers Valois et chef du camp protestant, il doit se convertir au catholicisme pour accéder au trône, prononçant selon la légende la formule « Paris vaut bien une messe ». Il impose ensuite la coexistence des deux religions avec l’édit de Nantes en 1598, mettant fin à près de quarante ans de guerres de Religion. Il reste dans la mémoire populaire comme le roi qui souhaitait voir chaque paysan mettre la poule au pot le dimanche, avant d’être assassiné en pleine rue à Paris en 1610 par un fanatique catholique.

Louis XIII (1610-1643)

Fils d’Henri IV, il monte sur le trône enfant, sous la régence de sa mère Marie de Médicis, avant de s’imposer progressivement dans les affaires du royaume. Une fois adulte, il s’appuie sur son ministre Richelieu pour affaiblir durablement le pouvoir des grands nobles au profit de l’autorité royale. Il poursuit également la lutte contre les places fortes protestantes, notamment lors du siège de La Rochelle en 1628.

Louis XIV (1643-1715) 

Fils de Louis XIII, surnommé le roi Soleil, il pousse la centralisation à son sommet : il installe la cour à Versailles pour mieux contrôler la noblesse. Avec Colbert, il développe les manufactures, le commerce et la marine pour renforcer la puissance économique du royaume. Il mène de nombreuses guerres, qui étendent le royaume puis finissent par l’épuiser. En 1685, il révoque l’édit de Nantes, et des dizaines de milliers de protestants s’exilent. Il monte sur le trône à quatre ans et meurt à soixante-seize ans, après un règne de soixante-douze ans, le plus long de l’histoire de France.

Louis XV (1715-1774)

Louis XIV a survécu à son fils, à son petit-fils et à son arrière-petit-fils aîné : c’est donc un arrière-petit-fils de cinq ans qui monte sur le trône en 1715. Louis XV hérite d’un royaume prestigieux, mais financièrement épuisé par les guerres du roi Soleil. La guerre de Sept ans éclate en 1756. Concrètement, la France s’engage aux côtés de l’Autriche contre la Prusse, et l’Angleterre profite de ce conflit européen pour s’attaquer aux colonies françaises. La France perd le Canada et l’essentiel des Indes. L’impopularité de Louis XV est telle qu’on fera la fête dans les rues de Paris à sa mort. Le royaume s’agrandit malgré tout pendant son règne, avec la Lorraine et la Corse, acquises par la négociation.

Louis XVI (1774-1792)

Petit-fils de Louis XV, Louis XVI hérite d’un royaume en difficulté. Il ne parvient ni à réformer les finances, ni à calmer la crise qui s’aggrave à la fin des années 1780. Il convoque les États généraux en mai 1789, mais la Révolution lui échappe rapidement. En 1791, il devient roi des Français sous une monarchie constitutionnelle. Sa fuite à Varennes l’affaiblit encore, tandis que Marie-Antoinette, très impopulaire et accusée de favoriser l’Autriche, est soupçonnée de comploter avec les ennemis de la Révolution. La monarchie est abolie en 1792. Jugé pour trahison, Louis XVI est guillotiné en janvier 1793.

Louis XVIII (1814-1815, puis 1815-1824) 

Frère de Louis XVI, il est remis sur le trône par les puissances alliées après la chute de Napoléon, qui exigent une constitution comme condition de son retour. Il refuse celle que lui propose le Sénat, pour ne pas devoir sa couronne au peuple, et octroie la sienne : une Charte qui préserve certains acquis de la Révolution. Son règne est brièvement interrompu par le retour surprise de Napoléon pendant les Cent-Jours en 1815, avant qu’il ne retrouve son trône après la défaite de l’empereur à Waterloo. Il meurt en 1824 et son frère Charles X lui succède.

Charles X, dernier roi de France (1824-1830) 

Autre frère de Louis XVI, Charles X succède à Louis XVIII avec un tempérament bien plus attaché à l’Ancien Régime que celui de son prédécesseur. Son sacre, volontairement archaïsant, en témoigne, mais c’est surtout sa politique de plus en plus autoritaire qui finit par provoquer une révolution. En juillet 1830, les ordonnances de Saint-Cloud suspendent la presse, dissolvent la Chambre et restreignent le droit de vote. Paris se soulève pendant trois jours : ce sont les Trois Glorieuses. Charles X abdique en faveur de son petit-fils Henri, mais les Chambres refusent cette succession et choisissent finalement Louis-Philippe, qui devient roi des Français.

MAISON D’ORLÉANS (1830-1848) 

Louis-Philippe Ier, roi des Français (1830-1848) 

Cousin des Bourbons, issu de la branche d’Orléans, il est porté au pouvoir par la révolution de 1830 et surnommé le roi-citoyen pour son style volontairement plus proche du peuple. Il règne sous une monarchie constitutionnelle plus proche des idées de 1789 que de l’Ancien Régime, mais son gouvernement, dominé par la haute bourgeoisie, finit par lasser une population privée du droit de vote. Une nouvelle révolution le renverse en 1848 et met fin, pour de bon cette fois, à la monarchie française, remplacée par la Deuxième République.

Liste de tous les rois de France : récapitulons !

Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cette liste, retenez les cinq grandes dynasties : 

  • Mérovingiens : 21 rois, dont 10 traditionnellement qualifiés de « rois fainéants »
  • Carolingiens : 15 rois
  • Capétiens directs : 15 rois
  • Valois : 13 rois
  • Bourbons : 5 rois sous l’Ancien Régime, puis Louis XVIII et Charles X sous la Restauration
  • Bourbons-Orléans : Louis-Philippe Ier sous la monarchie de Juillet

Pour les replacer dans le temps, gardez quelques noms comme points de repère : Clovis, Charlemagne, Hugues Capet, François Ier, Henri IV, Louis XIV, Louis XVI et Louis-Philippe. Les autres rois viennent progressivement se placer entre eux.

Mais il y a une autre façon de retenir cette histoire : parcourir les 72 rois un par un. C’est justement l’intérêt de cette liste. Même les règnes les plus courts, les rois les moins connus et les successions compliquées finissent par donner une image plus concrète de cette longue histoire.

Et si vous avez envie de vérifier ce que vous avez retenu, je pourrais préparer un quiz sur les rois de France, avec des questions qui mélangent dates, dynasties, événements et anecdotes. Ce serait l’occasion de voir si Clovis, Charles, Louis et Henri commencent enfin à arrêter de se mélanger.

Ça vous intéresserait ? 

Partagez ce contenu

4 réflexions sur “Liste des rois de France : de Clovis à Louis-Philippe Ier”

  1. Super article très intéressant!! Ça m’a permis de remettre de l’ordre dans une succession de rois souvent difficile à mémoriser… J’ai bien aimé ton approche par dynasties, ça permet de mieux comprendre les grandes étapes de la construction de la France plutôt que de simplement apprendre une liste de noms. Merci pour ces rappels 💯

    1. Merci à toi pour ton retour encourageant ! Les dynasties sont de beaux piliers pour la mémoire, d’autant que chacune a son histoire et son univers, j’ai envie de dire son caractère…

  2. Si on m’avait demandé combien la France avait connu de rois, je n’aurais jamais dit autant ! Merci pour cet incroyable voyage dans le temps, avec des destins si différents pour des personnalités aussi variées. Je suis frappé par la succession incessante des guerres. L’histoire n’est pas un log fleuve tranquille !

    1. Très juste ! A la réflexion, la Charte des Nations Unies vient de fêter ses 80 ans, cela fait donc moins d’un siècle que les attaques d’un Etat contre un autre sont (en théorie) interdites ! Merci pour ton commentaire, Denis 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Retour en haut