Pourquoi se cultiver ? 9 excellentes raisons de vous y (re)mettre

Vue plongeante d'une femme lisant un livre sur un canapé, avec une tasse de café et une paire de lunettes posées près d'elle

La moitié des Français estime avoir moins de connaissances qu’il y a cinquante ans, selon une enquête Ifop réalisée pour l’Éléphant en 2022.

Bien sûr, cette enquête mesure un sentiment, pas une vérité absolue. Il serait donc hasardeux d’en déduire que les Français sont réellement moins cultivés qu’il y a cinquante ans. Mais ce sentiment montre l’importance que nous accordons à notre niveau de culture.

Pourquoi se cultiver ? Les raisons ne manquent pas. Se cultiver permet de :

  • mieux comprendre ce qui nous entoure,
  • mettre des mots sur ce que l’on pense,
  • faire des rapprochements entre des idées, des époques et des expériences différentes.
  • échanger plus efficacement avec les autres,
  • et réfléchir à ses propres choix.

Mais ces bénéfices restent théoriques si l’on n’a pas soi-même clarifié les motivations profondes qui nous poussent à améliorer notre culture. André Malraux disait que la culture était une conquête, et comme toute conquête, elle est affaire de courage, de persévérance !

Pour continuer à lire, regarder, écouter, chercher et réfléchir, nous avons besoin d’une raison personnelle de le faire. Certains veulent comprendre enfin l’actualité, d’autres mieux converser, être plus créatifs, progresser dans leur métier ou simplement élargir leurs horizons.

Alors, pourquoi vous cultiver ? Découvrez neuf bonnes raisons d’améliorer votre bagage culturel et trouvez celle qui vous donnera envie de consacrer du temps à votre vie culturelle.

1) Pour mieux penser

On ne pense qu’avec les concepts à notre disposition. Et si l’on ne renouvelle pas ces concepts, on finit par revenir aux mêmes raisonnements, aux mêmes arguments. Faute de références à jour, on tourne en rond. Alors comment sortir des sentiers battus ? Tout simplement en augmentant nos connaissances ! Penser juste, c’est être capable de mobiliser des exemples et des points de vue qui nous sortent de nos automatismes.

Nous pouvons ainsi une même situation sous d’autres angles. Un roman sur la jalousie ouvre les yeux sur les mécanismes qui minent une relation à notre insu. L’étude d’une révolution amène à saisir qu’un événement politique possède des causes plus profondes qu’on ne l’imagine. Un film de science-fiction sur l’intelligence artificielle peut aussi faire réfléchir autrement au rapport entre progrès et danger.

Pour dire les choses autrement, les connaissances donnent de précieux points de comparaison. Ce qui permet de mieux comprendre une situation et de prendre de meilleures décisions.

Toutefois, la vanité n’est parfois pas très loin, comme l’a démontré Pierre Bourdieu : on prend vite goût à accumuler des références pour les afficher, en imposer, se distinguer. Ce qui nous transforme en singe savant pénible à fréquenter.

Une connaissance n’a de sens que lorsqu’on peut s’en servir. Lire 1984 de George Orwell amène à réfléchir à la manière dont le langage étaie la pensée ou  dont le pouvoir manipule l’information pour orienter notre vision du monde.  La culture nous donne les armes pour préserver notre liberté d’esprit.

2) Pour établir et maintenir des relations enrichissantes

Deux personnes discutent devant une machine à café

Vous l’avez certainement remarqué : une référence commune reste la plus belle rampe de lancement d’une conversation passionnante. En évoquant le roman que vous êtes en train de lire, vous risquez fort d’engager un brainstorming fébrile sur la psychologie, l’éducation, ou tout autre sujet qui vous tiendra,  votre interlocuteur·ice et vous, en haleine. 

Pour approfondir ce sujet : Comment avoir de la conversation : 9 clés pour améliorer vos échanges

Un jour, alors que je parlais de peinture espagnole, la conversation est venue sur Francisco de Goya, l’un des grands peintres espagnols à cheval entre le XVIIIᵉ et le XIXᵉ siècle. Sa vie a inspiré Les Fantômes de Goya, le film de Milos Forman, le réalisateur d’Amadeus. Nous avons alors parlé de Mozart, puis des films historiques, avant de revenir à Goya et à l’odyssée monumentale que fut sa vie : les Espagnols sortaient à peine des horreurs de l’Inquisition quand les troupes napoléoniennes leur sont tombées dessus, massacrant des civils au nom de la liberté. (C’est le sujet du fameux tableau Le Trois Mai 1808 (El tres de mayo de 1808). De fil en aiguille, nous en sommes venus à parler de politique, d’oppression, de la façon dont les idéaux servent à justifier la violence et, naturellement, des soubresauts de l’actualité brûlante.

Au cours de cette conversation, j’ai appris plus de choses que je n’en ai apportées. La culture des autres est un territoire qui nous enrichit tout en nous rapprochant d’eux.

3) Pour nous ouvrir l’esprit

Nous avons tous grandi avec des idées arrêtées sur ce qui est normal, important ou acceptable. Elles viennent en grande partie de notre entourage et de l’époque dans laquelle nous vivons, sans que nous ayons forcément choisi de les adopter.

Les sciences sont une façon extraordinaire de sortir de ce cadre. Par exemple, en m’intéressant au cerveau, j’ai découvert  une espèce de petit animal attachant qui mène sa propre vie, que nous gagnant à apprendre à connaître pour cesser de le contrarier et mieux tirer parti de ses capacités. Je vous en dis plus dans cet article : Fonctionnement du cerveau, 8 concepts et 5 expériences

Il existe d’autres façons de sortir de notre cadre, notamment en allant vers la culture des autres, vers ce que nous ne connaissons pas ou ne comprenons pas spontanément. La guerre au Soudan vous indiffère ? Vous aimeriez pourtant la comprendre ? Se cultiver consiste aussi à aller au-delà de notre ennui. En  y passant un peu de temps vous découvrirez une histoire fascinante, de la civilisation de Koush, les pyramides de Méroé, en passant par la culture nubienne.

Et nous n’avons pas besoin d’être d’accord avec un mode de vie ou un point de vue pour essayer de le comprenre. C’est l’essence même de la tolérance.

4) Pour avoir plus d’idées

La créativité consiste souvent à rapprocher des connaissances a priori éloignées. C’est particulièrement utile au travail.

Un entrepreneur qui s’intéresse au cinéma peut trouver une manière puissante de raconter son entreprise. Un développeur qui a lu de la philosophie repère plus tôt les problèmes éthiques d’une fonctionnalité, avant qu’ils ne deviennent un scandale ou un retrait de produit. Un commercial qui connaît bien la littérature dispose de meilleures métaphores pour expliquer une situation complexe.

Il s’agit toujours de rapprocher ce qu’on connaît dans un domaine de ce qu’on connaît dans un autre. C’est par ce mécanisme que la culture augmente votre stock de modèles mentaux. Faut-il préciser qu’elle enrichit aussi votre vocabulaire ? Plus vous avez de mots pour distinguer deux choses, plus vous avez de chances de multiplier les angles pour appréhender une situation.

Attention, je ne suis pas en train de dire qu’une meilleure culture générale garantit une promotion ou un meilleur salaire. Mais il n’est pas inutile de saisir les problèmes à la racine, faire des rapprochements, expliquer clairement une idée.

5) Pour élargir son champ de plaisir

La culture rend heureux parce qu’elle multiplie les occasions de joie. Un livre peut nous captiver pendant plusieurs jours, un film nous faire rire ou nous bouleverser, une chanson nous donner envie de danser, une peinture nous émerveiller.

Et le plaisir grandit à mesure qu’on s’initie aux codes d’un art. Une œuvre devient plus passionnante à mesure qu’on en découvre les subtilités, les références et les intentions. Après plusieurs films d’Hitchcock, on découvre l’immense plaisir d’en approfondir l’analyse, puis d’élargir cette découverte à d’autres grands noms du polar, du film noir des années 1940 au thriller contemporain, d’Europe,  d’Amérique et d’Asie.

La magie de la culture, c’est enfin de pouvoir redécouvrir une même œuvre plusieurs fois. Une peinture abstraite qui nous laissait indifférents peut nous fasciner après quelques années, quand on a appris à regarder les formes, les couleurs et leurs rapports. Personnellement, Mozart est pour moi un enchantement qui se renouvelle : plus je l’écoute, plus j’en découvre la richesse et plus je l’apprécie. Et quand on relit un livre à plusieurs années d’intervalle, on trouve des réponses aux questions nouvelles que la vie a inévitablement fait naître. C’est ainsi que Proust ou Rimbaud nous accompagnent sur des décennies, ni tout à fait les mêmes, ni tout a fait autres !

6) Pour rester libre dans ses jugements

Un jeune homme lit un contenu sur son smartphone

Face aux récits dominants, aux narratifs imposés comme on dit aujourd’hui, l’Histoire, la littérature, la philosophie ou les sciences nous aident à prendre du recul.

Une personne qui ne connaît qu’une seule manière de raconter le monde a plus de mal à imaginer qu’il puisse en exister d’autres. Ray Bradbury l’a montré dans Fahrenheit 451. Dans son roman, les livres disparaissent progressivement et avec eux une partie de la mémoire collective : les personnages perdent l’habitude de s’arrêter, de comparer, de réfléchir et de supporter une idée qui dérange. Bradbury imagine même une société où l’on noie les individus sous des informations sans importance, jusqu’à leur donner l’impression de tout savoir sans jamais les conduire à penser vraiment.

Le parallèle avec notre situation actuelle ne vous a certainement pas échappé. Avoir accès à une masse énorme de données nous empêche littéralement de prendre le temps de discriminer le vrai, l’important et le pertinent, du faux et du futile. Ce temps, c’est celui de la culture, qui permet d’évaluer une idée au lieu de l’accueillir sans résistance.

7) Pour devenir plus humain

Vous sentez peut-être, confusément, que votre vie pourrait être plus large que ce qu’elle est. Vous vous sentez à l’étroit avec la culture que vous ont transmise votre environnement et votre éducation. C’est votre jugement, votre sensibilité, votre esprit critique qui demandent à s’exercer.

Se cultiver, c’est décider de penser au-delà de votre bagage d’origine : raisonner au lieu de réagir à chaud, ressentir les choses plus finement au lieu de rester dans le flou, vous faire une opinion informée au lieu de répéter ce que vous avez entendu.

Cette posture a l’avantage d’élargir votre compréhension d’autrui, et c’est justement une promesse forte de la culture générale. Vous connaissez certainement la devise de Montaigne, empruntée à Térence : « rien de ce qui touche l’homme ne m’est étranger. » Une guerre à l’autre bout du monde, une croyance que vous ne partagez pas, un mode de vie que vous découvrez soudain : vous êtes parfaitement câblé·e pour les saisir, et cette ouverture vous épanouira.

Alors, si d’aventure vous sentez un certain manque dans votre vie intérieure, c’est bel est bien votre appétit de culture qui parle. Répondez-y et elle vous nourrira au-delà de vos attentes.

8) Pour apprendre sans devenir pédant

Une femme souriante se cultive en toute décontraction dans son fauteuil

Le sociologue Richard Peterson a démontré que la culture se vit aujourd’hui de façon « omnivore » : elle mélange les registres plutôt que de s’en tenir à deux ou trois domaines. De nos jours, l’être de culture peut à la fois aimer Tarkovski et la série The Office, lire Montaigne et des bandes dessinées, écouter Bach tout en dissertant sur le rap.

Mais ne vous y trompez pas : l’éclectisme est avant tout le signe d’un intérêt sincère pour ce qui passionne autrui, dans un monde de plus en plus diversifié. C’est une manière de résister à l’enfermement dans nos bulles, où les réseaux sociaux nous confinent chaque jour un peu plus : les algorithmes proposent ce qu’on aime déjà, et il devient facile de ne croiser que des gens qui lisent les mêmes livres et rient aux mêmes références.

Sortir son bocal culturel pour s’intéresser à un univers qui n’est pas le nôtre, celui d’un adolescent féru de jeux vidéo, d’un retraité passionné de pétanque ou d’un collègue qui ne jure que par la K-pop, demande un peu plus d’effort, mais c’est un moyen d’assurer la cohésion sociale malgré nos différences.

Bref, pour que la culture omnivore ne soit pas une nouvelle forme de snobisme, il est important de l’ancrer dans le plaisir du lien, sans viser une quelconque supériorité.

Allez plus loin : Comment se cultiver facilement ?

9) Pour exercer ses facultés à l’ère des plateformes et des IA

À partir du XIXe siècle, les machines ont fait disparaître une grande partie des efforts physiques de notre quotidien. Nous sommes devenus plus sédentaires et nous avons commencé à faire du sport pour continuer à faire travailler notre corps. Aujourd’hui, les IA nous mettent dans une situation similaire avec nos facultés cognitives. Elles peuvent faire une foule de choses à  notre place : chercher, trier, calculent, résumer et rédigent à notre place. Nous devons donc absolument continuer à lire, mémoriser et réfléchir pour muscler notre cerveau.

C’est un fait, mais aussi une chance : lire et écrire par nous-mêmes demandent un effort de concentration. Ce sont des activités que nous devrons de plus en plus cultiver pour elles-mêmes, parce qu’elles entretiennent des capacités dont nous avons besoin pour rester autonomes intellectuellement.

Les IA ont déboulé dans nos vies lors que les plateformes numériques avaient commencé à saper le contrôle que nous avions de nos noeurones. Je vous encourage vivement à découvrir le diagnostic que le sociologue Bruno Patino a fait à ce sujet, dans mon article : La Civilisation du poisson rouge, résumé de l’essai

Les notifications, les vidéos courtes et le scroll infini rendaient déjà difficile le maintien d’une attention longue : c’est le triomphe de l’économie de l’attention.

Après une bonne séance de sport, qui n’a jamais aimé cette fatigue qui prouve que le corps a travaillé ? La tête connaît aussi ce plaisir. Une longue lecture, un sujet qui nous passionne ou une idée difficile à comprendre peuvent nous laisser cette agréable sensation d’avoir vraiment fait travailler notre cerveau.

C’est aussi cela, se cultiver : prendre plaisir à s’emparer de sujets sérieux, jusqu’à en récolter les fruits. Les connaissances, idées, images, expériences et réflexions que nous aurons digérées seront autant de ressources que nous pourrons mobiliser en temps voulu.

Nous nous exerçons alors à fonctionner sans une IA qui qui ne fait que regurgiter ses bases de données ou les résultats de Google. Nous pouvons puiser directement dans tout ce que nous avons appris pour élaborer un raisonnement, trouver une solution ou créer des associations inattendues, libératrices.

Pourquoi se cultiver ? À chacun ses raisons profondes

Il n’y a pas une seule bonne raison de se cultiver, mais il y en a sûrement une qui vous parle : mieux penser, mieux comprendre les autres, ne plus vous sentir démuni face à l’actualité, ou simplement redécouvrir le plaisir d’élargir votre zone de confort intellectuel. 

Gardez bien cette raison en tête, laissez votre curiosité vous entraîner d’une référence à l’autre, d’un livre à l’autre, d’un concept à l’autre, et la passion suivra.

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9 réflexions sur “Pourquoi se cultiver ? 9 excellentes raisons de vous y (re)mettre”

  1. Ping : Ce qu’il faut savoir en culture générale pour être à l'aise partout

  2. Jean-Pierre

    Le parallèle entre sport et IA est bien trouvé! On a inventé le sport quand notre quotidien a cessé de suffisamment solliciter notre corps ; faudra-t-il bientôt faire de même avec notre cerveau ? Lire un livre difficile, apprendre quelque chose par cœur ou écrire sans assistance pourraient presque devenir notre « salle de sport » intellectuelle.

    1. C’est un questionnant passionnant ! Ajourd’hui, les sports du cerveau sont vus comme une lubie ou comme réservés aux hauts potentiels en tous genres. Demain ils feront sans doute partie de notre routine de bien-être ! Merci jean-Pierre pour ton commentaire 🙂

  3. Super article qui met très bien en évidence les raisons de se cultiver ! Tu mets des mots sur mon ressenti et je t’en remercie. A l’heure du « scrollage » sur les téléphones, on se rend compte que ces différents points ne sont pas forcément présents. Par contre, pour ma part, mon ouverture sur différentes sources d’informations et de culture me permet, entre autres, de pouvoir échanger avec mes filles de manière très enrichissante. Merci

    1. Je suis ravie d’avoir pu t’aider à voir plus clair dans un monde assez chaotique. Tu as tout à raison sur la nécessité de diversifier nos sources d’informations, c’est une démarche foncièrement culturelle. Et la meilleure des motivations est l’envie de connecter avec les personnes que nous aimons. Toujours heureuse de lire tes commentaires !

  4. J’ai trouvé ton article très intéressant ! Je me reconnais beaucoup dans cette vision de la culture. Pour moi, se cultiver est particulièrement important lorsque je traverse une période creuse. J’ai tendance à faire de la « procrastination intelligente » : lire, écouter, découvrir de nouveaux sujets… plutôt que de rester totalement inactive.
    Mais j’essaie surtout de ne pas me contenter d’accumuler des connaissances. Lorsque je croise un concept qui m’interpelle, j’aime chercher comment le mettre en pratique dans ma vie ou dans mes projets. C’est cette transformation des connaissances en expériences concrètes qui contribue, à mes yeux, à un véritable enrichissement personnel. Merci pour ton article fort intéressant.

    1. Merci à toi Asma pour ton retour très constructif. Lorsque la découverte de nouveaux sujets est un réflexe et que, en plus, on fait l’effort de relier les nouveaux savoirs d’autres pans de notre vie intellectuelle, j’ai envie de dire que la partie est gagnée ;). Transformer ses connaissances en expériences concrètes : c’est exactement ça !

  5. Je suis pleinement en accord avec cet article que j’ai trouvé particulièrement intéressant. Se cultiver, rester curieux et continuer à apprendre sont pour moi essentiels pour mieux comprendre ce qui m’entoure et conserver ma liberté de penser. Merci pour ce bel article 🙏

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