Changement climatique : la cause de l’accélération

Cet été, les incendies ravagent déjà la France plus qu’en 2025. À l’échelle mondiale, l’OMM donne 86 % de chances qu’une année entre 2026 et 2030 batte le record de chaleur. Si vous lisez cet article, c’est que vous souhaitez comprendre la mécanique globale du phénomène.

La communauté scientifique sait précisément d’où vient le changement climatique. Il résulte de l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, émis par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, mais aussi par l’agriculture intensive et certaines activités industrielles. Ces gaz gardent la chaleur près du sol.

Depuis 1850, la température moyenne mondiale a grimpé d’environ 1,4 °C, et de 1,9 °C en France. Ce demi-degré de plus explique en partie le retour plus fréquent des vagues de chaleur, des sécheresses et des pluies extrêmes. Je vais tâcher de poser les bases pour comprendre l’effet de serre, les gaz responsables, les secteurs émetteurs, et la preuve scientifique du rôle humain.

Le mécanisme en une image

De la vapeur s'échappe du couvercle d'une casserole pleine d'eau bouillante

 L’effet de serre est souvent présenté comme un problème. En réalité, il est d’abord une chance. Sans les gaz naturellement présents dans l’atmosphère, comme la vapeur d’eau, le dioxyde de carbone ou le méthane, la Terre serait une planète glacée, avec une température moyenne d’environ -18 °C, contre +15 °C aujourd’hui. Ces gaz fonctionnent comme une couche protectrice qui retient une partie de la chaleur envoyée par le Soleil et rend la vie possible.

Depuis près de deux siècles, les activités humaines ajoutent chaque année d’importantes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, ce qui épaissit cette couche. La combustion du charbon, du pétrole et du gaz, mais aussi certaines pratiques agricoles et industrielles, renforcent progressivement ce phénomène naturel. Davantage de chaleur reste piégée près de la surface de la Terre, au lieu d’être renvoyée vers l’espace.

Roland Séférian, chercheur à Météo-France, utilise une image pour l’expliquer. Imaginez une casserole d’eau sur le feu, ouverte, où la chaleur s’échappe facilement. Si vous posez un couvercle, la température augmente en dessous, tandis qu’au-dessus, l’air devient plus froid. Les gaz à effet de serre jouent ce rôle-là, ils forment un couvercle qui limite l’évacuation de la chaleur.

Deux indices confirment ce déséquilibre. La basse atmosphère, celle dans laquelle nous vivons, se réchauffe progressivement, tandis que la stratosphère, située plus haut, se refroidit. Si le Soleil était responsable de ce réchauffement, les deux couches se réchaufferaient ensemble. Cette évolution opposée est une signature caractéristique d’un effet de serre renforcé par les émissions humaines.

De quels gaz parle-ton ?

Depuis 1850, les concentrations des principaux gaz à effet de serre ont fortement augmenté, le dioxyde de carbone (CO₂) de 51 %, le méthane (CH₄) de 165 %, le protoxyde d’azote (N₂O) de 25 %. Cette accumulation est directement liée au développement des énergies fossiles, à l’intensification de l’agriculture et à certaines activités industrielles.

Le dioxyde de carbone est de loin le plus important. À lui seul, il est responsable d’environ deux tiers du réchauffement climatique. Sa principale origine est connue, la combustion du charbon, du pétrole et du gaz utilisés pour produire de l’énergie, se déplacer ou faire fonctionner de nombreuses activités économiques.

Le méthane est présent en quantité beaucoup plus faible, mais il possède un pouvoir de réchauffement bien supérieur. Pour une même masse émise, il réchauffe l’atmosphère environ 28 fois plus que le CO₂, même s’il ne persiste qu’une dizaine d’années en moyenne dans l’atmosphère. Il provient notamment de l’élevage, des rizières, des décharges et des fuites liées à l’exploitation des hydrocarbures. Sa durée de vie courte en fait un levier rapide. Roland Séférian souligne que réduire ses émissions produirait des bénéfices importants à court terme.

Le protoxyde d’azote, moins connu du grand public, est particulièrement puissant, avec un pouvoir de réchauffement environ 300 fois supérieur à celui du CO₂. Il est principalement émis par l’agriculture, à travers les engrais azotés et certaines pratiques d’élevage. D’autres composés industriels, comme les halocarbures utilisés dans la réfrigération ou comme solvants, s’y ajoutent, avec des émissions plus limitées mais une capacité à retenir la chaleur tout aussi élevée.

Quels secteurs sont en cause ?

Du gaz à effet de serre s'échappe des cheminées industrielles

Les émissions de gaz à effet de serre varient d’un pays à l’autre, selon la manière dont chacun produit son énergie. Car, oui, à l’échelle mondiale, la production d’énergie domine le classement des secteurs émetteurs. Produire de l’électricité à partir du charbon, ou utiliser massivement le pétrole et le gaz pour les transports et l’industrie, génère une grande partie des émissions mondiales.

La situation française diffère nettement. La production d’électricité y repose largement sur le nucléaire, complété par l’hydraulique, l’éolien et le solaire, si bien qu’elle ne représente qu’environ 10 % des émissions nationales, beaucoup moins que dans de nombreux autres pays.

Les principaux secteurs émetteurs français sont ailleurs. Le transport arrive en tête, avec 31 % des émissions, portées par les déplacements en voiture, en poids lourds et en avion. L’agriculture suit, avec 19 % des émissions, provenant moins du CO₂ que du méthane et du protoxyde d’azote liés à l’élevage et aux engrais. L’industrie manufacturière et la construction complètent, avec 18 % des émissions, la fabrication de matériaux, la production industrielle et les chantiers consommant une énergie considérable. Ces secteurs concentrent plus de la moitié des émissions françaises.

Les émissions officiellement comptabilisées en France ne correspondent pourtant pas toujours à notre empreinte carbone réelle. Une partie importante des biens que nous consommons est fabriquée à l’étranger, notamment en Asie, et les émissions liées à leur fabrication sont comptabilisées dans le pays producteur, alors même que ces produits sont destinés au marché français. Une partie de notre impact climatique est donc déplacée hors de nos frontières.

Quelques organismes de référence sur le climat

Un chiffre sur le climat devient viral en quelques heures, souvent sans sa source. Voici les organismes qui font autorité, pour savoir à qui se fier avant de partager un chiffre.

Le GIEC, la référence mondiale : créé en 1988, il rassemble 195 pays et publie un rapport majeur tous les cinq à sept ans. Le dernier, sorti en 2023, fait la synthèse de milliers d’études scientifiques.

Le Haut Conseil pour le Climat évalue l’action de la France. Ce groupe d’experts indépendant vérifie chaque année si le pays tient ses objectifs de réduction des émissions, et le dit clairement quand ce n’est pas le cas.

L’ADEME, l’Agence de la transition écologique, produit les données de référence sur les leviers de décarbonation en France, utilisées aussi bien par les pouvoirs publics que par les entreprises.

Le Citepa mesure chaque année les émissions françaises, secteur par secteur. Ses chiffres servent de base à la plupart des bilans carbone publiés en France.

Bon Pote, fondé par Thomas Wagner, vulgarise ces travaux scientifiques pour le grand public, sans publicité ni actionnaire. Le site vérifie ses sources et les cite, ce qui en fait une référence fiable pour comprendre un sujet complexe sans se noyer dans le jargon.

L’homme est-il vraiment responsable du changement climatique ?

Des scientifiques débattent autour d'une table

Les scientifiques disposent de méthodes solides pour mesurer la part de responsabilité des activités humaines dans le réchauffement de la planète. Cette discipline s’appelle la science de l’attribution, développée après la canicule européenne de 2003.

Son principe repose sur une comparaison entre deux mondes virtuels. Le premier correspond au climat que nous connaissons aujourd’hui, avec les émissions de gaz à effet de serre produites par les activités humaines. Le second représente une planète identique, mais sans ces émissions supplémentaires.

En comparant ces deux scénarios, les scientifiques mesurent à quel point le réchauffement a augmenté la probabilité ou l’intensité d’un événement extrême, vague de chaleur, sécheresse ou pluies intenses. Cette méthode est aujourd’hui utilisée par Météo-France et par de nombreuses équipes de recherche dans le monde.

Elle répond notamment à une idée reçue très répandue, « le climat a toujours changé, donc ce que nous vivons aujourd’hui est naturel ». Il est vrai que le climat de la Terre a connu de nombreuses variations, les périodes glaciaires ou les changements liés à l’activité solaire en témoignent. Mais les observations actuelles montrent une différence essentielle, la vitesse et l’ampleur du réchauffement observé depuis deux siècles sont sans précédent dans l’histoire récente du climat.

Les données montrent clairement que les concentrations de gaz à effet de serre augmentent en même temps que l’utilisation massive des énergies fossiles depuis l’industrialisation. Les mesures atmosphériques et les modèles climatiques convergent vers la même conclusion, et ce faisceau de preuves explique pourquoi le rôle des activités humaines fait aujourd’hui l’objet d’un consensus scientifique.

Pourquoi la France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale ?

La hausse mondiale d’environ 1,4 °C ne se répartit pas de façon égale sur la planète, en France, le réchauffement atteint déjà environ 1,9 °C depuis l’ère préindustrielle. Cette différence s’explique d’abord par un phénomène physique connu, les continents se réchauffent plus vite que les océans, car l’eau absorbe et redistribue une grande partie de la chaleur reçue alors que les terres montent plus rapidement en température. Comme la France est située sur un continent, elle bénéficie moins de cet effet régulateur que les régions fortement influencées par les océans.

La position géographique du pays renforce ce phénomène. La France se trouve entre deux zones particulièrement sensibles, l’Arctique, qui se réchauffe beaucoup plus vite que le reste du monde, et l’Afrique du Nord, dont les masses d’air chaud peuvent favoriser des épisodes de chaleur plus intenses lorsque les conditions météorologiques s’y prêtent. La hausse des températures y est donc plus rapide que la moyenne mondiale.

Les forêts, les sols et les océans absorbent aujourd’hui environ la moitié des émissions de CO₂ d’origine humaine, et sans eux, le réchauffement serait encore plus rapide (on parle de puits de carbone). Mais cette capacité d’absorption diminue progressivement, les sécheresses, les incendies, la déforestation et les attaques d’insectes fragilisent les forêts, tandis que les océans, en se réchauffant, deviennent eux aussi moins efficaces pour absorber le dioxyde de carbone.

Plus ces puits perdent en efficacité, plus la quantité de CO₂ qui reste dans l’atmosphère augmente.

Réchauffement, changement , dérèglement climatique : pourquoi ce débat sur les mots ?

Ces trois expressions sont souvent utilisées comme des synonymes, alors qu’elles ne recouvrent pas la même idée. Le terme réchauffement climatique décrit directement le phénomène principal, l’augmentation de la température moyenne de la planète. L’expression changement climatique, privilégiée par le GIEC, est plus large : elle englobe le réchauffement et toutes les conséquences qui en découlent, modification des précipitations, évolution des saisons, multiplication des événements extrêmes.

Le terme dérèglement climatique, très présent dans le débat public, est en revanche moins utilisé par la communauté scientifique. Le Haut Conseil pour le climat pointe une raison précise : cette expression peut laisser penser que le climat aurait auparavant été parfaitement « réglé ».

Or le climat a toujours varié, sous l’effet de cycles naturels comme l’activité solaire ou les éruptions volcaniques, bien avant l’activité humaine. Ce qui change aujourd’hui, ce n’est donc pas le passage d’un état stable à un état perturbé, c’est, une fois encore, la vitesse et l’ampleur de cette variation, provoquées cette fois par l’homme.

Quelles sont les causes du changement climatique ? Ma conclusion

Les causes du changement climatique sont aujourd’hui bien identifiées. L’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre, principalement liée à la combustion des énergies fossiles, à l’agriculture intensive et à certaines activités industrielles, renforce l’effet de serre naturel et entraîne un réchauffement rapide de la planète.

Deux leviers complémentaires permettent de limiter les conséquences futures : réduire les émissions de gaz à effet de serre en poursuivant la décarbonation des activités humaines, et adapter les territoires aux changements déjà engagés. L’idée qui met l’ensemble des scientifiques d’accord étant que chaque dixième de degré compte. Plus les émissions diminuent rapidement, plus il est possible de limiter l’intensité des impacts à venir sur les écosystèmes, les infrastructures et les sociétés.

Quel point de cet article vous a le plus surpris ? Dites-le en commentaire, et si un point vous a laissée sceptique, dites-le aussi, cet article est là aussi pour faire réfléchir !

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